Cameroun: L’émission politique "équinoxe soir" menacé de censure.

La convocation d’Équinoxe TV et de ses responsables par le Conseil National de la Communication relance avec force le débat sur la liberté de la presse au Cameroun.
L’affaire qui implique le journaliste Serge Alain Otou, le directeur général Séverin Tchoumkeu et l’émission politique Équinoxe Soir s’inscrit dans un contexte où les médias indépendants sont régulièrement confrontés à des pressions institutionnelles. Le motif avancé par le CNC repose sur le fait que le modérateur n’aurait pas recadré un panéliste d’opposition jugé trop critique. Cette justification, qui paraît technique, est interprétée par de nombreux observateurs comme une tentative de museler une voix médiatique influente, révélant les tensions persistantes entre pouvoir politique et liberté d’expression.
La Constitution camerounaise, dans son article 19, garantit pourtant le droit à l’information et la liberté de communication. De plus, la loi de 1990 sur la liberté de la presse, bien qu’encadrée par des dispositions restrictives, consacre le principe de pluralisme médiatique et reconnaît aux journalistes le droit d’exercer sans entraves. Ces textes, en théorie, devraient protéger les organes de presse contre toute forme de censure arbitraire. Or, la pratique montre que les institutions de régulation, comme le CNC, utilisent leur pouvoir de sanction pour rappeler à l’ordre les médias jugés trop critiques, ce qui fragilise l’indépendance éditoriale et alimente la perception d’un contrôle politique.
L’épisode Équinoxe Soir illustre parfaitement cette contradiction. D’un côté, l’État affirme son attachement aux libertés fondamentales et au respect des lois qui encadrent la communication sociale. De l’autre, les convocations et suspensions répétées de journalistes et de programmes rappellent que l’espace médiatique demeure sous surveillance. Cette tension permanente pose la question de la place des médias dans le jeu politique camerounais. Sont-ils des acteurs libres capables de porter la voix des citoyens et de stimuler le débat démocratique, ou des instruments tolérés tant qu’ils ne franchissent pas certaines lignes rouges fixées par les autorités ?
Au-delà du cas particulier d’Équinoxe TV, c’est l’ensemble du paysage médiatique qui se trouve interpellé. Les sanctions récentes contre plusieurs chaînes et radios montrent que la régulation s’exerce souvent de manière sélective, ce qui nourrit un climat de méfiance. Les journalistes, conscients des risques, doivent composer avec une autocensure implicite qui limite la portée de leurs analyses. Pourtant, dans une société où les élections et les grandes décisions politiques suscitent des débats passionnés, la presse joue un rôle essentiel de médiation et de transparence. Restreindre son action revient à priver les citoyens d’un outil fondamental de participation démocratique.
La convocation d’hier ne se réduit donc pas à un simple différend administratif. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large où la liberté de la presse est constamment mise à l’épreuve. Elle rappelle que les textes juridiques, aussi protecteurs soient-ils, ne suffisent pas si leur application reste tributaire de considérations politiques. Pour que le pluralisme médiatique soit effectif, il faudrait que les institutions de régulation garantissent une équité réelle et que les journalistes puissent exercer leur métier sans craindre de représailles.
En définitive, l’affaire Équinoxe Soir agit comme un révélateur. Elle met en lumière les contradictions d’un système qui proclame la liberté d’expression tout en la restreignant dans la pratique. Elle invite à repenser le rôle du CNC, non pas comme un instrument de contrôle, mais comme un garant impartial de l’équilibre médiatique. Car seule une presse libre et indépendante peut contribuer à renforcer la démocratie et à consolider la confiance des citoyens dans les institutions.
Gontran Eloundou
Analyste politique
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