Guinée-Bissau : Quand les urnes se taisent et que les armes parlent, le Président aux arrêts.

La Guinée-Bissau est une nouvelle fois plongée dans une crise politique d'une ampleur inédite. Le 26 novembre 2025, un coup d'État militaire a bouleversé l'équilibre institutionnel, alors que les résultats des élections présidentielles et législatives n'avaient pas encore été proclamés. Des tirs nourris ont été retenus dans la capitale Bissau, provoquant la panique parmi les habitants et marquant le début d'un basculement brutal du pouvoir.

Umaro Sissoco Embalo Président sortant aux arrêts.
À la tête de cette prise de contrôle se trouve le général de brigade Denis N'Canha, chef de la garde présidentielle, qui s'est imposé comme l'homme fort du moment. Sous son commandement, les forces armées ont arrêté le président sortant Umaro Sissoco Embaló ainsi que les principaux candidats en lice pour l'élection présidentielle en cours. Cette décision radicale a paralysé le processus électoral et accentué les tensions déjà vives autour de la concurrence politique.
Depuis son indépendance, la Guinée-Bissau est connue une succession de coups d'État et de gouvernements fragiles, faisant de ce pays d'Afrique de l'Ouest un symbole de vulnérabilité institutionnelle. Malgré les efforts de la communauté internationale pour renforcer la gouvernance et la transparence, les rapports de force entre élites militaires et politiques continuent de dominer la scène nationale. La mise à l'écart simultanée du président et des candidats illustre la volonté des militaires de verrouiller l'ensemble du champ politique.
Les internationales se multiplient. L'Union africaine, la CEDEAO et les Nations Unies ont exprimé leur inquiétude, appelant au respect des processus démocratiques et à la libération immédiate des arrêtés responsables. Sur le terrain, la situation reste confuse, avec une présence militaire renforcée dans les rues de Bissau et une population partagée entre résignation et colère. Les réseaux sociaux, malgré les restrictions, relaient des témoignages sur les arrestations arbitraires et les intimidations.
Dans ce climat tendu, les enjeux régionaux prennent une dimension cruciale. La Guinée-Bissau, carrefour stratégique entre pays lusophones et francophones, joue un rôle important dans les équilibres géopolitiques de la sous-région. La crise actuelle pourrait avoir des répercussions sur les flux migratoires, les échanges commerciaux et la coopération sécuritaire, notamment dans la lutte contre le trafic de drogue et les réseaux criminels transnationaux.
Alors que les regards se tournent vers les chancelleries africaines et européennes, la société civile guinéenne tente de se mobiliser pour préserver les acquis démocratiques et éviter une dérive autoritaire. Des voix s'élèvent pour réclamer un dialogue inclusif, une médiation internationale et une refondation des institutions. L'avenir de la Guinée-Bissau dépendra désormais de la capacité des acteurs nationaux à surmonter les divisions et à reconstruire un pacte républicain fondé sur la justice, la transparence et la participation citoyenne.
Gontran Eloundou
Analyste politique
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