REPONSE A MWALIMU DJEUKAM TCHAMENI. LA VÉRITÉ HISTORIQUE FACE AU PIÈGE DE LA MÉMOIRE SÉLECTIVE ET DU POPULISME
TRIBUNE SOCIOÉCONOMIQUE ET POLITIQUE
Auteur : Joseph Marie Eloundou (Président du Mouvement Souverainiste des Peuples - MSP, Journaliste Économique, Consultant Senior).
Note d'analyse stratégique : macroéconomie, souveraineté et gouvernance
Date : 25 octobre 2026
Contexte : Un an jour pour jour après l'avènement du 24 octobre 2025, face à la tribune intitulée "Je plaide coupable" prononcée par Mwalimu Djeukam Tchameni depuis la Prison Principale de Kondengui.
Introduction : Le tournant de la dernière présidentielle et le piège de l'anachronisme
La dernière élection présidentielle s’est déroulée au Cameroun en octobre 2025. Contre toute attente, Issa Tchiroma Bakari — tribun du régime et à la limite griot de Paul Biya — soutenu par une coalition fabriquée à la va-vite par Anicet Ekane (de regrettée mémoire), président contesté du MANIDEM, et Djeukam Tchameni, activiste devant l’éternel, va créer la surprise. Cette candidature va sérieusement challenger Paul Biya, qui se tire d’affaire avec un peu plus de 53 %.
On se serait attendu à ce que, à une période où le pouvoir de Paul Biya était menacé, l'équipe de TCHIROMA entrât en négociation pour déclencher une réelle transition, en réclamant par exemple un poste de Premier ministre aux pouvoirs étendus. Ils se sont plutôt murés dans des revendications électoralistes stériles, appelant leurs partisans à descendre dans la rue, donnant au gouvernement la perche de l'ordre public pour sévir. Ce qui a finalement abouti à une véritable tragédie : Anicet Ekane, incarcéré, succombe à ses problèmes respiratoires ; son compagnon d’infortune DJEUKAM Tchameni, incarcéré également à la prison centrale de KONDENGUI, attend d’être jugé par le Tribunal Militaire. C’est de là-bas qu’il a publié un texte à travers lequel il « plaide coupable » et demande à être condamné à perpétuité.
Bien sûr que nous compatissons et souhaitons que le Chef de l’Etat fasse libérer tout ce monde afin que nous lancions le second round du Grand Dialogue National.
Le Contenu.
Dans le document qui circule dans les réseaux sociaux, notre compatriote nous décrit son élogieux parcours académique, tandis que cet itinéraire de brillant intellectuel n’a servi qu'un activisme stérile et improductif. Dans le but d’éclairer une opinion prise en otage par des acteurs voulant redorer leur blason - profitant de l’ignorance généralisée – nous, bénéficiant de la légitimité du temps, ayant vécu les évolutions des quatre dernières décennies, apportons une réponse intellectuelle et patriotique et posons des questions de portée historique auxquelles nous espérons que notre compatriote saura répondre.
De la superbe rhétorique au piège de l’anachronisme politique.
Cher Mwalimu,
J'ai lu votre texte, publié depuis les geôles de Kondengui, avec toute l'attention et le respect que commande votre parcours. Votre plaidoirie est, sur le plan formel, une pièce d'anthologie. Elle emprunte à la grande tradition des procès politiques, ceux où l'accusé, refusant de mendier sa liberté, retourne le prétoire en tribunal de l'Histoire. De Socrate à Nelson Mandela, en passant par notre Um Nyobè national, l'exercice est noble.
Mais à l'heure où notre pays émerge progressivement des eaux tumultueuses d'une crise post-électorale profonde qui a failli diviser le pays ; qu'un désir de changement d'homme et de régime se fait de plus en plus pressant, sans oublier une crise globale qui menace l'équilibre général du Cameroun, la posture ne suffit plus. L'Histoire ne s'écrit pas seulement avec de belles phrases et des bravades cathodiques ou carcérales ; elle exige la lucidité stratégique.
En affirmant plaider coupable « d'excellence académique », « d’entrepreneuriat » et « de patriotisme », vous faites un pied de nez magistral à vos juges militaires. Vous défiez l'institution. C’est de bonne guerre. Mais en vous plaçant ainsi sur le terrain de la morale politique et de la biographie militante, vous éludez la question centrale que l'heure impose à notre génération : nous sommes-nous trompés de combat et d'adversaires pendant trente-cinq ans ?
1. Le paradoxe de l'intellectuel : Quand le génie de la RAMSES s'égare dans les urnes de la Françafrique.
Posons-nous tout de même quelques interrogations de fond : cette invention dispose-t-elle d'un brevet international ? Le fait de ne l'avoir pas implémentée et protégée au Cameroun l'a-t-elle définitivement ensevelie ? N'a-t-elle pas pu trouver une autre terre d'accueil si la volonté de bâtir l'industrie technologique primait sur l'agit-prop politique ?
Dès lors, la question qui brûle les lèvres de tout observateur souverainiste conséquent est la suivante : pourquoi le brillant concepteur de RAMSES a-t-il abandonné la forge de la souveraineté technologique pour s'embourber dans les combines électoralistes de la Ve République ?
En 2025, cofonder l'Union pour le Changement pour porter la candidature consensuelle d'un ancien haut commis de l'État, porte-parole zélé du système pendant une décennie, relève de la contradiction historique. Croire sérieusement que l'alternance des personnes au sommet de l'État — sans toucher aux fondamentaux de la dépendance monétaire (le FCFA), sans démonter les accords de tutelle, sans briser les chaînes de l'extraversion économique — pouvait accoucher d'un Cameroun nouveau, c'est confondre le changement de gardien avec l'abolition de la prison.: on ne renverse pas un système en jouant selon les règles qu'il a écrites pour se perpétuer.
2. INTELAR : RAMSES ou Quartier-Général de la paralysie populaire ?
Mais poussons la rigueur historique jusqu'au bout, car on ne saurait éluder certaines questions masquées par la tentation du populisme.
On nous a vendu l'histoire exclusive de RAMSES, l'ordinateur tropicalisé. Mais dans ce même siège d'INTELAR à Douala, c'est là qu'avaient été conçus les CARTONS ROUGES à Paul Biya, que l'on revendait de force ou distribuait comme des laissez-passer — de 500 à 1 000 FCFA, et atteignant parfois les 100 000 FCFA et plus — à tous ceux qui voulaient traverser vos barrières de feu, les pneus brûlés à Deido, Akwa, Bepanda, avant de s'étendre sur l'ensemble du pays.
• Un père de famille voulait-il aller travailler pour nourrir ses enfants ? Il payait le carton rouge.
• Une mère de famille devait-elle se rendre à l'hôpital ? Elle payait le carton rouge.
• Un citoyen voulait-il simplement traverser sa propre ville ? Il payait le carton rouge.
Alors, la question souverainiste s'impose : Qu'incarnait véritablement INTELAR ? Était-ce la forge du micro-ordinateur RAMSES destiné à propulser l'Afrique dans le XXIe siècle, ou était-ce le QG d'une opération de racket populaire qui a asphyxié le poumon économique du Cameroun ? On ne bâtit pas l'indépendance technologique d'une nation en transformant un pôle d'innovation en laboratoire de blocage social.
3. Du financement FOGAPE à la dérive des combats
La vérité historique exige aussi que l'on rappelle l'origine des fonds. Les informations et archives de l'époque attestent que la structure INTELAR avait bénéficié d'un soutien substantiel de la FOGAPE (entre 200 et 300 millions de FCFA), accordé sous la recommandation du pouvoir central suite à vos démarches.
Comment un projet financé par les deniers publics pour doter le pays d'une technologie souveraine s'est-il retrouvé au service de la paralysie des villes et du ciblage d'entreprises nationales (à l'instar de la SITABAC de James Onobiono), tout en épargnant d'autres intérêts ?
En transformant ce qui devait être une réussite industrielle en levier d'insurrection politique électoraliste, vous vous êtes trompés d'adversaire dès 1991 :
• Vous avez combattu l'outil de production au lieu de construire la puissance économique.
• Vous avez fait payer au peuple de Douala et d’une grande partie du pays, le prix fort des Villes Mortes, confondant faillite stratégique et révolution démocratique.
Et quand l'affaire des cassettes vidéo de Guérandi Mbara — le putschiste exilé à Ouagadougou qui vous aurait remis une cassette appelant à la révolution armée, cassette que vous transportiez et dont le destinataire à Edéa vous a dénoncé — éclate en 1988, vous êtes arrêté. Vous prétendez ignorer le contenu de la cassette, comme vous prétendez ignorer le contenu des cartons rouges fabriqués dans votre entreprise.
4. L'ère des martyrs est révolue : Le Cameroun n'a plus besoin de sacrifices stériles.
Trente-cinq ans plus tard, la tragédie se répète sous une autre forme.
En 2025, le brillant docteur en Intelligence Artificielle que vous êtes devenu abandonne à nouveau la souveraineté numérique (le projet d'une École Panafricaine d'IA, un RAMSES 2.0) pour coprésider l'Union pour le Changement 2025 et porter la candidature d'un ancien porte-parole du gouvernement.
Vous écrivez, stoïque depuis Kondengui : « Condamnez-moi à perpétuité. Condamnez-moi à voir ce Cameroun que j'appelle de tous mes vœux. »
Mwalimu, permettez au patriote, à l'observateur rigoureux, au compagnon de route et ancien détenu de 40 jours à Kondengui en 1991 que je suis, de marquer ici un désaccord net et fraternel. L'ère des martyrs et des prophètes sacrifiés sur l'autel de la politique politicienne est révolue.
Notre pays n’a plus besoin de grands aînés qui s'offrent en holocauste dans des procès en sorcellerie pour purger des peines à vie, pendant que la jeunesse continue de croupir dans le désœuvrement, sans boussole industrielle ni numérique. Votre place n'est pas sur une paillasse à Kondengui à ressasser les souvenirs de 1979 avec le CERCA ou vos pérégrinations avec les Black Panthers.
Votre véritable tribunal, ce n'est pas le Tribunal Militaire de Yaoundé — une instance aux ordres qui ne comprend rien à votre trajectoire. Votre véritable tribunal, c'est la jeunesse camerounaise, celle qui n'a pas d'ordinateurs, pas d'emplois, et qui subit de plein fouet l'échec de nos élites à bâtir une économie endogène porteuse de prospérité.
Conclusion : La véritable plaidoirie de culpabilité
Ayant traversé les âges de notre tumultueuse vie politique, économique et intellectuelle — comme journaliste, consultant et acteur de terrain —, je refuse que notre histoire commune soit réduite à une suite de duels stériles.
Mwalimu, nous ne demandons pas votre condamnation, et nous réaffirmons que le Tribunal Militaire n'a aucune légitimité morale à juger votre trajectoire. Mais si vous voulez que l'Histoire vous acquitte véritablement, ne lui servez pas une version héroïque amputée de ses ombres.
Si vous devez plaider coupable, plaidez coupable :
1. D'avoir reçu des millions de la FOGAPE sur recommandation et de n'avoir pas su pérenniser l'outil de production.
2. D'avoir transformé le siège d'INTELAR en imprimerie de Cartons Rouges vendus de force pour paralyser l'économie populaire à Douala.
3. D'avoir fait une boucle de 35 ans pour repasser par les mêmes impasses stratégiques en 2025 au lieu d'achever la révolution numérique et technologique.
Sortez du carcan de la victimisation. Exigez non pas qu'on pleure sur votre sort à KONDENGUI, mais que la jeunesse africaine reprenne le flambeau de la vraie souveraineté : celle de la monnaie, de la technologie, de l'industrie et de la pensée endogène.
C'est à cette condition seule que votre sacrifice aura un sens, et que le Cameroun trouvera le chemin de sa véritable Prospérité et de sa souveraineté.
Le Cameroun, c'est le Cameroun. Et à Douala comme à Yaoundé, les faits restent.
Joseph Marie Eloundou
Président du Mouvement Souverainiste des Peuples (MSP)
Journaliste Économique, Consultant Senior
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