MÉMORANDUM DE MAURICE KAMTO À L'UNION AFRICAINE : LE MAUVAIS COMBAT, AU MAUVAIS GUICHET.

J'ai pris connaissance avec toute l'attention requise du mémorandum adressé par le Professeur Maurice Kamto à l'Union Africaine, daté du 20 avril 2026 et rendu public le 19 octobre dernier.
Dans ce document, le Président du MRC dénonce la Loi n°2026/002 du 14 avril 2026 instituant un Vice-Président nommé, chargé d'achever le mandat présidentiel en cas de vacance du pouvoir. Y voyant un « changement anticonstitutionnel de gouvernement », il sollicite de l'UA des sanctions contre le Cameroun sur le fondement de l'article 4(p) de son Acte constitutif.
Si le débat juridique soulevé par le Professeur Kamto mérite réflexion, la démarche choisie interpelle vivement la conscience souverainiste. Si le fondement juridique demeure discutable, la stratégie politique, elle, constitue une erreur de perspective majeure.
1. Sur le fond juridique : une qualification disproportionnée.
S'agit-il véritablement d'un « coup d'État constitutionnel » ?
En droit constitutionnel comparé, le coup d'État constitutionnel désigne la rupture illégale des mécanismes démocratiques ou la suppression pure et simple des échéances électorales pour se maintenir au pouvoir. Or, la loi contestée vise à garantir la continuité administrative de l'État en cas de vacance soudaine. Des nations démocratiques de grande tradition — à l'instar des États-Unis, du Nigeria, du Ghana ou du Kenya — disposent de mécanismes similaires où le Vice-Président va au terme du mandat.
La question de la légitimité : Le débat opposant un Vice-Président désigné à un Vice-Président élu sur un ticket est parfaitement légitime. Cependant, ce différend relève exclusivement de la compétence du Conseil Constitutionnel et de la volonté du peuple camerounais. L'article 64 de notre Loi fondamentale sanctuarise les principes démocratiques : c'est au juge national qu'il appartient d'en apprécier le respect, non aux instances d'Addis-Abeba.
Le calendrier électoral : Quant aux prorogations des mandats parlementaires observées depuis 2024, elles peuvent faire l'objet de critiques politiques fondées. Néanmoins, ayant été adoptées par la représentation nationale conformément aux dispositions légales, elles relèvent du débat démocratique interne et ne sauraient entrer dans le champ des changements anticonstitutionnels au sens de la Charte africaine de la démocratie.
2. Sur l'éthique souverainiste : le principe de non-ingérence et la dignité nationale
C'est ici que se situe notre désaccord fondamental.
Le Professeur Maurice Kamto est un juriste de renommée internationale. Il n'ignore pas que l'Union Africaine réserve ses sanctions aux ruptures brutales par les armes, aux mercenariats ou aux pronunciamientos militaires, et non aux révisions constitutionnelles votées par des parlements souverains.
Solliciter l'intervention ou les sanctions de l'UA, de l'ONU, de l'Union Européenne, de la France, des États-Unis ou de la Suisse — comme le préconise son mémorandum — revient à faire l'aveu d'une incapacité nationale à résoudre nos propres contradictions.
Inviter la communauté internationale à punir notre pays, c'est abdiquer notre souveraineté sur l'autel des arbitrages extérieurs.
L'expérience contemporaine de l'Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger) démontre que la dignité des peuples africains passe par le refus des tutelles infantilisantes. Alors que la dynamique continentale s'oriente vers la réappropriation de notre destin, solliciter le bras armé de la diplomatie étrangère constitue un anachronisme stratégique.
On peut s'opposer fermement à la gouvernance de M. Paul Biya. On peut contester la Loi n°2026/002. On peut saisir le Conseil Constitutionnel, mobiliser le peuple et mener le combat dans les urnes. Mais la défense de la patrie impose une ligne rouge : les différends intérieurs se règlent entre Camerounais.
3. Le véritable enjeu souverainiste : réinterroger la finalité du pouvoir.
Une véritable grille d'analyse souverainiste aurait conduit à interroger la loi n°2026/002 sous l'angle de nos défis stratégiques :
Renforcement de l'autonomie populaire : Cette réforme accroît-elle l'emprise du peuple souverain sur son destin ?
Capacité de résistance stratégique : Le mécanisme proposé garantit-il la défense de notre souveraineté monétaire (face au FCFA), économique et culturelle face aux pressions hégémoniques ?
Pérennité de l'État-nation : Ce dispositif sert-il l'émergence d'un État puissant et protecteur, ou prépare-t-il une transition accommodante pour les intérêts extérieurs ?
Voilà le véritable chantier intellectuel et politique auquel l'opposition et la société civile devraient convier les Camerounais. En déplaçant le débat vers des arènes internationales toujours promptes à exercer des pressions asymétriques, nous fragilisons collectivement la nation.
Conclusion : L'appel au rassemblement national
C'est avec tout le respect dû à son rang et à son parcours que j'adresse ce message à mon frère, le Professeur Maurice Kamto : si l'intention de protéger la démocratie est louable, le guichet sollicité n'est pas le bon.
Retirez ce mémorandum d'Addis-Abeba, de Genève et de Washington. Rapatriez ce débat à Yaoundé, devant le Conseil Constitutionnel, devant le Parlement et, en dernier ressort, devant le peuple camerounais souverain.
La justice internationale et l'arbitrage extérieur ne remplaceront jamais le verdict des urnes et la maturité d'un peuple. Le Cameroun a conquis son indépendance en 1960 ; il doit désormais parachever sa souveraineté. Et une nation vraiment souveraine ne demande jamais à l'étranger de trancher ses querelles de famille.
Par Joseph Marie Eloundou
Acteur Social Africain — Mouvement Souverainiste des Peuples (Pour un Pôle de Puissance Africain)
Fait à Yaoundé, le 21 octobre 2026
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