
Cameroun: élection présidentielle 2025 Paul Biya perd réellement le nord ?
Rien ne va plus dans la Région du grand Nord Cameroun, les activités politiques laissent raisonner un signal d'alarme assourdissant. Le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) parti au pouvoir est attaqué de tous les côtés. Le Président Paul Biya qui a toujours su compter sur cet important vivier électoral, voit arriver une vague importante d'opposition politique à la veille de l'élection présidentielle d'octobre 2025. Le Président Paul Biya, est-il encore capable de mobiliser dans les trois régions qui constituent le grand Nord au Cameroun ?
La répartition de l'électorat au Cameroun montre une proportion d'électeurs par régions suffisamment déséquilibrée. Sur plus 8,2 millions d'inscrits sur la liste électorale, on reconnaît que le grand Nord possède à peu près 40 % des électeurs régulièrement inscrits. Ces régions, traditionnellement considérées comme les viviers électoraux du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) et du président Paul Biya, suscitent des inquiétudes auprès des caciques du parti au pouvoir. Ces inquiétudes viennent du fait que le parti du président de la République ait connu les défections majeures de ses alliés traditionnels. Avec les départs d'Issa Tchiroma, et de Bello Bouba Maïgari, il y a de réelles raisons pour le parti au pouvoir de se demander comment rallier son électorat traditionnel lors de la prochaine élection présidentielle.
Issa Tchiroma et le Front pour le Salut National du Cameroun (FSNC), ont de par sa démission du gouvernement a voulu réduire la majorité présidentielle dans le Conseil municipal des collectivités territoriales décentralisées et aussi, au sein du parlement. Cette démission a été contrariée par la réaction d'autres élus, qui ont décidé de faire fausse route à leur leader en réaffirmant leur loyauté à la majorité présidentielle. Cette division au sein des hautes instances du front pour le salut national du Cameroun n'a pour autant pas entamé la popularité d'Issa Tchiroma qui de son côté préfère renouer des alliances avec d'autres dirigeants politiques et aussi auprès des militants et des sympathisants du parti.
L'on a vu il y a peu, une rencontre entre le leader originaire de Garoua et Maurice Kamto l'ex-futur candidat à la présidentielle du MANIDEM et ancien président du MRC déchu par Election Cameroun (ELECAM) et par le Conseil constitutionnel. Sa séparation aussi d'avec sa secrétaire générale Jeanne Nsoga pour tribalisme sont également des signaux forts qui montrent qu'Issa Tchiroma Bakary veut s'imposer comme un homme politique neutre capable de se départir d'étiquette tribale qui pèse généralement sur tous les hommes politiques désireux de briguer le mandat présidentiel.
Par ailleurs, dans son fief de la région du Nord Cameroun, les différentes réunions organisées par son parti politique sont de plus en plus courues par des milliers de militants qui expriment pour la plupart leur déception vis-à-vis de leur ancien partenaire politique et allié du RDPC. Déception du fait des écarts de développement qui existent entre les villes des régions septentrionales et celles du Sud. Les électeurs du Nord semblent être résignés et ne veulent plus donner leur voix au parti au pouvoir accusant le président Paul Biya de tous leurs maux.
Bello Bouba Maïgari n'est pas en reste : sa démission en tant que Ministre du tourisme fait que ces deux anciens ponts du régime peuvent profondément diviser l'électorat souvent fortement acquis au RDPC. Bien qu'à l'intérieur du PNUD, certains cadres du parti bénéficiant de postes de responsabilité dans la haute administration camerounaise n'étaient pas voulus suivre leur leader dans son mouvement de démission. Cela n'empêche que ceux-ci appartiennent toujours au parti tout en gardant leur fonction au sein de la haute administration.
Sur le terrain politique, le divorce semble consommer. l'Union des populations du Cameroun (PNUD) reçoit les foudres du pouvoir. Les effets de ce divorce perçus il y a quelques jours par les troubles, orchestrés par le sous-préfet de Meïganga un arrondissement appartenant à la Région de l'Adamaoua. L'intervention du « chef de terre » dans cet arrondissement avait pour objectif d'interrompre la marche de la caravane du PNUD. Monsieur MENBENGA YAYA s'est interposé à l'aide du véhicule de fonction, sur le chemin qui suivait cette caravane. La réaction de militants ne s'est pas fait attendre, ceux-ci ont décidé de déplacer le véhicule afin de poursuivre leur chemin vers le lieu du meeting. Était-ce là un ordre de la hiérarchie ? On ne le saura peut-être jamais.
La réaction des militants du PNUD est proportionnelle à la capacité de mobilisation dont a fait preuve l'ancien Premier ministre Bello Bouba Maïgari. Dans l'Adamaoua, dans le nord et dans l'Extrême-nord du Cameroun Bello Bouba, bénéficie toujours d'une certaine popularité. Malheureusement, l'on peut tout de même constater que les deux ponts du régime démissionnaires, risquent fortement d'émietter ce vivier électoral, s'ils ne trouvent pas un consensus autour d'une candidature unique et d'un mot d'ordre de vote afin de battre le président Paul Biya. Peut-on affirmer que Paul Biya a-t-il réellement perdu le grand Nord Cameroun ? Ses deux anciens alliés, sont-ils capables de mobiliser suffisamment et de manœuvrer afin de battre le Président Paul Biya dans son ancien bastion ?
Gontran ELOUNDOU
Analyste politique
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