
Cameroun: Issa Tchiroma peut-il porter l'opposition à l'élection présidentielle de 2025 ?
Le Président du FSNC est l'un des acteurs majeurs de cette période préélectorale. Acteur majeur certes, mais qui suscite tant d'interrogation auprès de l'électorat camerounais. Cet ancien ténor du PNUD a pourtant réussi à capitaliser une forte sympathie auprès de l'opinion publique,
lors de son passage au sein du gouvernement du Président Paul Biya. Il occupe les fonctions en tant ministre des Transports, et peu après en tant que ministre de la Communication porte-parole du gouvernement, poste qu'il aura marqué par un talent d'orateur exceptionnel. Bien qu'il ait juré fidélité au Président Paul Biya, la démission du gouvernement d'Issa Tchiroma raisonne comme un acte de trahison pour un parti de l'opinion publique. Si l'on observe d'un côté la « trahison » vis-à-vis du Président Paul Biya, et de l'autre son ambition en tant qu'opposant, l'ancien ministre de l'emploi et de la formation professionnelle aurait une mission aux objectifs inavoués ? Quels sont les avantages et les inconvénients du produit politique du FSNC ? Issa Tchiroma est-il sincère dans sa démarche ?
Issa Tchiroma Bakary, né entre 1946-1949 à Garoua, il est un ingénieur ferroviaire, homme d'État camerounais et ancien ministre de l'Emploi et de la Formation professionnelle. Il est député, ministre des Transports du 27 novembre 1992 au 19 septembre 1996, puis ministre de la Communication à partir du 30 juin 2009. Il fait à nouveau parti du gouvernement Philémon Yang, du 31 mars 2015 au 4 janvier 2019. À la suite du remaniement survenu le 4 janvier 2019, il est nommé ministre de l'Emploi et de la Formation professionnelle dans le gouvernement Dion Nguté. Il est président du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC), parti politique minoritaire, soutien du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le parti au pouvoir.
Le 24 juin 2025, Issa Tchiroma Bakary démissionne du gouvernement et, officialise sa candidature à l'élection présidentielle camerounaise de 2025. On le sait, le parcours de tout homme politique, l'objectif ultime est le fauteuil Présidentiel. Plusieurs raisons auraient pu motiver Issa Tchiroma, à prendre la décision de quitter le gouvernement afin, de se présenter comme candidat à l'élection présidentielle.
Son âge : l'âge comme source de motivation, né entre 1946 et 1949 (76 ou 79 ans) l'âge peut convaincre le président d'un parti de la majorité présidentielle à se démarquer, afin de se donner pour défi, pour objectif ultime l'élection présidentielle. Si l'âge n'est pas la seule motivation, l'on peut aussi parler de l'alliance désuète qui l'uni avec le RDPC.
L'alliance avec le RDPC fragile : lorsque l'âge d'un chef d'Etat commence à préoccuper ses alliés, ont pour protection la magistrature suprême. Le RDPC ne donne pas de gage de stabilité du fait des grandes incertitudes autour de la succession. Il est bon pour le président du Front pour le Salut National du Cameroun (FSNC) de se prémunir en trouvant une position d'éligibilité et peut être de faire prévaloir d'une éventuelle immunité.
L'expérience : après plus d'une décennie dans la haute administration et au sommet de l'Etat, Issa Tchiroma sait ce qu'est prendre des décisions et conduire des projets. Son passage au ministère de l'Emploi et de la Formation Professionnelle (MINEFOP) est des plus importants pour un homme politique qui souhaite pour son peuple le plein emploi. La question de l'emploi étant au cœur des préoccupations sociales, il sait peut-être ce qu'il faut faire pour parvenir à résorber le chômage. La question des budgets pour la création des emplois, le financement des banques en faveur de l'auto-emploi etc… sont d'éventuelles sujets que pourraient maitriser Issa Tchiroma. Un avantage de poids lorsque l'on sait que ce dernier y à passer plus de 5 ans.
Et s'il était un agent double :
Pour beaucoup de détracteurs, Issa Tchiroma serait un agent envoyé par le pouvoir. Beaucoup de doute de sa sincérité vu les louanges par lui faites envers le régime, surtout envers le Président Biya. Mais au-delà de cet aspect l'on accuse Issa Tchiroma de vouloir affaiblir l'opposition en détournant l'électorat du grand nord à la faveur du candidat du RDPC.
Mais les faits ne semblent pas confirmer cette position d'infiltré du pouvoir de la part d'Issa Tchiroma. Depuis sa démission, Monsieur Tchiroma est la victime de coups donnés par le pouvoir en place. D'abord, en lui faisant perdre les membres influents de son parti à savoir des élus (députés et sénateurs), qui ont décidé sous l'impulsion du pouvoir en place de créer un nouveau mouvement politique, appelé le Parti Républicain (PR). Par la suite, quand ce dernier a voulu se rendre à Dakar pour se recueillir sur la tombe du premier Président de la République Hamadou Ahidjo il s'est vu servir une interdiction de sortie du territoire, et par la suite a reçu les invectives de la part de la fille du défunt Président. Chose qui démontre que le Président du FSNC ne serait plus dans les bonnes grâce du pouvoir.
Cette période pré-électorale, est le temps des questions pour des Camerounais au sujet de leur avenir. Et Issa Tchiroma en tant qu'acteur politique vient avec un profil spécifique dont l'atout majeur est sa grande expérience en matière politique. Est-il réellement porteur d'un projet idéologique et suffisamment républicain pour oublier ses tendances à l'ethnocentrisme dont il ne semble pas se départir. Lui qui s'impose comme l'une des voix du grand nord pour cette élection à venir.
Gontran ELOUNDOU
Analyste politique.
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