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Economie

Yaoundé 3ème et Yaoundé 6ème   : les poubelles envahissent les routes.

Notre photo d’illustration a été prise au quartier OBILI à son carrefour principal. Ce tas d’ordure qui déborde sur la chaussée à ceci de symbolique qu’il est devant le mur de la garde Présidentiel, au pied d’une multitude de panneaux publicitaires. Cette image n’est pas un cas exceptionnel. Dans les quartiers de Yaoundé 6ème et 3ème, le spectacle est désolant. À Biyem-Assi, Nsimeyong, Obili, Effoulan ou encore Mendong, les rues sont jonchées de poubelles au point de bloquer la circulation à certains endroits. Les tas d’ordures s’accumulent, dégageant une odeur pestilentielle qui indispose les riverains et met en péril la santé publique. Les piétons se faufilent entre les déchets, les automobilistes contournent les amas de détritus, et les commerçants voient leurs étals envahis par les mouches. Ce décor chaotique est devenu le quotidien des habitants, qui dénoncent l’abandon de leur commune. Les poubelles débordent, les sacs plastiques se déchirent, les restes alimentaires pourrissent au soleil. Dans certains carrefours, les ordures forment de véritables barricades. La capitale politique du Cameroun, censée refléter l’image d’un État organisé, offre ici le visage d’une cité laissée à elle-même.

Nsimeyong Déscente Victor Hugo

 HYSACAM et la rupture de service

Traditionnellement, c’est la société HYSACAM qui assure le ramassage des ordures dans Yaoundé. Mais depuis plusieurs mois, l’entreprise ne s’occupe plus des communes de Yaoundé 3 (Efoulan) et Yaoundé 6 (Biyem-Assi). La raison est simple : pour que HYSACAM intervienne, il faut que la commune règle les prestations. Or, faute de paiement, le service a été suspendu. Les habitants, eux, ne comprennent pas ces subtilités administratives. Ils voient seulement que les camions ne passent plus, que les bacs à ordures débordent et que les quartiers se transforment en décharges à ciel ouvert. Certains accusent la mairie de négligence, d’autres pointent du doigt l’État qui laisse perdurer une situation insoutenable. Dans les rues, les citoyens ironisent : « On nous parle de modernisation, mais nous vivons dans les poubelles ».

 Une entreprise fantôme et des frontières oubliées

Pour pallier l’absence de HYSACAM, une autre entreprise avait été mandatée pour assurer le ramassage dans Yaoundé 6. Mais depuis quelques mois, elle a disparu sans explication. Résultat : les déchets s’accumulent, surtout aux frontières des arrondissements. C’est là que le problème est le plus visible, car les zones de recouvrement entre communes deviennent des no man’s land administratifs. Personne ne veut assumer la responsabilité, et les ordures s’entassent. Les habitants de Mendong et Nsimeyong racontent que les camions ne passent plus depuis des semaines. Les marchés produisent chaque jour des tonnes de déchets organiques qui finissent sur la chaussée. Les enfants jouent à proximité des tas de détritus, exposés aux risques sanitaires. Les rats prolifèrent, les odeurs deviennent insupportables, et les habitants se sentent abandonnés.

Un problème de gouvernance urbaine

Au-delà de l’image choquante des rues envahies par les poubelles, c’est la gouvernance urbaine qui est en cause. Le ramassage des ordures, service public essentiel, dépend de contrats opaques et de paiements irréguliers. Les communes, incapables de garantir la continuité du service, exposent leurs populations à des risques sanitaires majeurs. Les habitants de Yaoundé 6ème interpellent les autorités : qui doit assumer la responsabilité de la propreté de la ville? Les mairies? L’État? Les entreprises privées? En attendant une réponse, les citoyens vivent dans un environnement dégradé, où les déchets deviennent partie intégrante du paysage. Cette situation illustre le paradoxe dune capitale qui se veut moderne mais qui peine à gérer ses ordures. Le reportage met en lumière une urgence : rétablir un service de collecte fiable, avant que la crise sanitaire ne saggrave.

Gontran Eloundou

 

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