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CAMEROUN: SOSUCAM, CHRONIQUE D’UNE TRISTE FAILLITE PREVISIBLE OU L’ÉCHEC DU PARADIGME DES PRIVATISATIONS

Il y a deux ans, alors qu’un mouvement d’humeur ébranlait les plantations de la SOSUCAM, J’avais lancé un cri d’alarme prophétique sur les antennes de la CRTV. Plus qu’une simple revendication salariale, j’y dénonçais un modèle à bout de souffle : celui d’une exploitation préindustrielle où trois mille manœuvres, armés de machettes, représentaient non seulement un vestige technique d’un autre âge, mais aussi un baril de poudre sécuritaire au cœur de la nation. Aujourd’hui, l’annonce de la faillite de la société vient confirmer ce diagnostic : le refus de la modernité technologique et l'abandon de la souveraineté industrielle conduisent inévitablement au chaos social. Analyse d'une débâcle qui impose une refondation.


L’annonce de la fermeture de la SOSUCAM (Société Sucrière du Cameroun) ne doit pas être lue comme un simple accident industriel. C’est le point final d’une trajectoire amorcée dans les années 90, lorsque, sous la pression des bailleurs de fonds, l’État sacrifiait la CAMSUCO sur l’autel d’une privatisation sans transfert technologique. Trente ans plus tard, le constat est sans appel : le paradigme libéral de l'ajustement a échoué à bâtir une industrie sucrière résiliente, la figeant dans un archaïsme productif incompatible avec les défis du XXIe siècle.

1. Du risque sécuritaire à l'impasse technologique.
L’image de milliers d’hommes armés de machettes dans les champs de canne n’est pas seulement le symbole d’une exploitation pénible ; elle est le marqueur d’une vulnérabilité stratégique. Comme je l’indiquais lors de mon intervention médiatique, concentrer une telle masse de main-d’œuvre non qualifiée dans des conditions archaïques expose l'entreprise — et la région — à une insécurité permanente.
Le défi microéconomique : Là où les standards internationaux imposent des automates de plantation et de récolte, garantissant sécurité et rendement, la SOSUCAM est restée prisonnière d’un modèle extensif. En privilégiant le maintien d'un coût social bas plutôt que l'investissement massif dans la robotisation, la société a perdu la bataille de la productivité.


2. Le refus de la diversification : Un crime contre l'agro-industrie.
Une industrie sucrière moderne au XXIe siècle est avant tout un complexe énergétique et chimique. L’absence de valorisation des sous-produits (éthanol pour les biocarburants, mélasse pour l’industrie, biomasse pour la cogénération électrique) a privé la société de sources de revenus diversifiées. En se cantonnant au sucre de table, la SOSUCAM s'est condamnée à la fragilité face aux fluctuations des cours mondiaux.


3. La schizophrénie de l’État et l’enjeu macroéconomique.
Au plan macroéconomique, la faillite révèle l'incohérence de notre politique commerciale. Le besoin national est de 300 000 tonnes. Laisser ce segment vital s'effondrer, c'est accepter un creusement massif de notre balance commerciale et une dépendance dangereuse aux agréments d’importation. La souveraineté alimentaire ne peut s'accommoder d'un État spectateur de sa propre désindustrialisation.

4. La Multipolarité : Vers une reprise souveraine
Dans le cadre de la multipolarisation actuelle, le Cameroun doit sortir du dogme de la privatisation unipolaire.
L’opportunité : L’heure est venue pour l’État de reprendre le contrôle de cette industrie via un financement local et des partenariats Sud-Sud (Brésil, Inde), leaders mondiaux maîtrisant les technologies de pointe.
La finalité : Transformer ces plaines en pôles d'exportation vers la ZLECAF, substituant la machette par l'automate et la précarité par la puissance industrielle.
Conclusion : Pour une citoyenneté de destin
La chute de la SOSUCAM est le symptôme d'un modèle de "comptoir" qui a fait son temps. Pour consolider notre État-Nation, nous devons réclamer une industrie qui respecte l'homme par la machine et qui assure au Cameroun les moyens de son indépendance. Reprendre le sucre, c'est affirmer que notre destin économique nous appartient.

Par Joseph Marie Eloundou 
Consultant économique. 
Analyste stratégique.

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