Entreprise para-publique, historique et fonction dans l'économie camerounaise.

Les entreprises parapubliques au Cameroun trouvent leur origine dans la période post-indépendance, lorsque l'État cherchait à impulser le développement économique tout en gardant un contrôle stratégique sur certains secteurs. Juridiquement, elles sont définies comme des sociétés d'économie mixte, où l'État détient une partie significative du capital, souvent majoritaire, aux côtés d'investisseurs privés. Leur création s'inscrit dans une logique de modernisation et de diversification de l'économie nationale, tout en garantissant la réalisation des objectifs d'intérêt public. Le cadre juridique repose sur des textes adoptés dans les années 1960 et 1970, qui ont progressivement précisé leur statut, leur mode de gouvernance et leur rôle dans l'économie nationale. Ces entreprises incarnent une volonté de concilier efficacité économique et mission sociale, dans un contexte où l'État devait rester un acteur central du développement.
Capital mixte
Une entreprise parapublique se distingue par la composition de son capital, partagé entre l'État et des investisseurs privés. Cette structure permet à l'État de garder un contrôle stratégique sur des secteurs jugés sensibles, tout en mobilisant des ressources financières et techniques du privé. Le capital mixte favorise une synergie entre la logique de rentabilité et la mission de service public. Au Cameroun, cette caractéristique a permis de créer des sociétés dans les domaines de l'énergie, des transports et des télécommunications. Toutefois, la répartition du capital reste souvent asymétrique, l'État conservant une position dominante pour garantir la souveraineté économique.
Mission d'intérêt public
Les entreprises parapubliques ne perdurent pas uniquement un objectif de profit. Elles sont investies d'une mission d'intérêt général, comme l'accès aux services essentiels, la régulation des prix ou la promotion du développement régional. Cette orientation leur confère une dimension sociale et politique, qui dépasse la simple logique marchande. Au Cameroun, elles ont joué un rôle majeur dans la construction d'infrastructures et la fourniture de services de base. Cependant, cette mission peut parfois entrer en tension avec les impératifs de rentabilité, créant des dilemmes de gestion.
Autonomie de gestion
Bien que liées à l'État, les entreprises parapubliques disposent d'une autonomie de gestion. Elles sont organisées comme des sociétés commerciales, avec des conseils d'administration et des directions générales. Cette autonomie vise à leur permettre de fonctionner avec plus de flexibilité et d'efficacité que les administrations publiques classiques. Toutefois, dans la pratique camerounaise, cette autonomie est souvent limitée par des interférences politiques et des contraintes bureaucratiques. Cela réduit leur capacité à s'adapter rapidement aux évolutions du marché.
Secteurs stratégiques
Les entreprises parapubliques interviennent principalement dans des secteurs jugés stratégiques pour la souveraineté nationale. Il s'agit notamment de l'énergie, des télécommunications, des transports et de l'agriculture. Leur présence dans ces domaines garantit à l'État un contrôle sur des leviers essentiels du développement. Au Cameroun, des sociétés comme la SONEL (énergie) ou la CAMTEL (télécommunications) illustrent cette logique. Ce choix sectoriel traduit la volonté de protéger des ressources vitales contre une privatisation totale.
Partenariat institutionnel
L'entreprise parapublique est une forme de partenariat institutionnel entre l'État et le secteur privé. Elle incarne une coopération où chacun apporte ses atouts : l'État, la légitimité et la stabilité ; le privé, l'efficacité et l'innovation. Ce modèle vise à concilier les exigences de gouvernance publique avec la dynamique du marché. Au Cameroun, ce partenariat a permis de mobiliser des financements internationaux et de renforcer la crédibilité des projets économiques. Toutefois, il reste fragile face aux risques de corruption et de mauvaise gouvernance.
Les entreprises parapubliques au Cameroun sont le fruit d'une histoire juridique et économique marquée par la volonté de l'État de rester un acteur central du développement tout en s'ouvrant au secteur privé. Elles se caractérisent par un capital mixte, une mission d'intérêt public, une autonomie de gestion, une présence dans des secteurs stratégiques et un partenariat institutionnel. Ces caractéristiques en font des instruments hybrides, à la croisée des logiques publiques et privées. Leur efficacité dépend cependant de la qualité de la gouvernance et de la capacité à concilier les impératifs sociaux et économiques. Dans un contexte où la corruption et la fraude minent souvent l'économie, leur rôle reste crucial mais exige une réforme profonde des pratiques de gestion. En définitive, les entreprises parapubliques représentent une voie intermédiaire vers un développement équilibré, à condition que l'État et le privé assument pleinement leurs responsabilités respectives.
Gontran Eloundou
Analyste politique
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