CAMEROUN : TENTATIVE RATÉE DE « COUP D’ÉTAT PAR PLI FERMÉ », POURQUOI LES AUTORITÉS NE DISENT RIEN ?
En science politique, le “coup d’État” désigne une prise de pouvoir soudaine et illégale, généralement menée par une faction interne à l’État (armée, élite politique ou institutionnelle) pour renverser le gouvernement en place sans recours au suffrage populaire. C’est une violation de l’ordre constitutionnel, donc un acte illégitime, souvent justifié par la restauration de l’ordre public ou la continuité de l’État.

Il y a quelques semaines, le journaliste camerounais de RFI, Polycarpe Essomba, annonçait qu’une tentative de coup d’État aurait été déjouée au sein de la CRTV. Le média officiel aurait reçu un « authentique faux pli fermé » contenant le nom d’un vice‑président ainsi qu’une liste gouvernementale. Cette révélation, troublante et inattendue, a immédiatement alimenté les spéculations dans l’opinion publique. Dans un pays où la succession présidentielle est un sujet sensible, l’apparition d’un tel document soulève des interrogations profondes sur les luttes internes au sommet de l’État. Mais au‑delà de la véracité du pli, c’est l’absence de réaction officielle qui intrigue : aucune autorité n’a pris la parole pour confirmer ou infirmer cette information. Le silence devient alors une ombre inquiétante, laissant planer le doute sur ce qui se trame réellement derrière les murs du pouvoir.
La révélation de Polycarpe Essomba n’est pas un simple bruit de couloir : elle s’inscrit dans un contexte politique marqué par la récente révision constitutionnelle et la création du poste de vice‑président. L’idée qu’un faux document ait circulé dans les couloirs de la CRTV, institution phare de la communication d’État, donne à l’affaire une dimension quasi théâtrale. Pourtant, aucune enquête publique n’a été annoncée, aucun communiqué n’a été publié. Les autorités, semblent préférer le mutisme à la confrontation directe avec les rumeurs. Ce choix stratégique entretient un climat de suspicion généralisée. Les citoyens, eux, oscillent entre incrédulité et inquiétude, se demandant si ce silence cache une vérité trop lourde à révéler. Or, l’interpellation d’un suspect prouve qu’il y a eu une action concrète : dès lors, le porte‑parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, aurait dû prendre la parole pour éclairer l’opinion.
Sur les réseaux sociaux, l’affaire du « faux pli fermé » est devenue un sujet brûlant. Les débats s’enflamment, les hypothèses se multiplient, et chacun y voit la confirmation d’un malaise profond au sommet de l’État. Le silence des autorités agit comme un catalyseur : plus elles se taisent, plus les rumeurs prospèrent. Ce mutisme institutionnel, loin d’apaiser les esprits, nourrit un sentiment d’insécurité et d’incertitude. Les Camerounais se retrouvent face à une énigme nationale, où l’absence de communication officielle est perçue comme une stratégie pour éviter d’exposer les fragilités du système. Mais ce choix fragilise davantage la confiance entre le peuple et ses dirigeants. Dans une affaire aussi grave, l’absence de réaction du ministre de la Communication, porte‑parole attitré du gouvernement, apparaît comme une défaillance majeure.
L’affaire du « faux pli fermé » à la CRTV restera sans doute comme un épisode révélateur de la gestion du pouvoir au Cameroun : une gestion où le silence est préféré à la transparence, où les rumeurs deviennent des vérités faute de démenti. Polycarpe Essomba, en relayant cette information, a mis en lumière un paradoxe : dans un État qui se veut fort, la communication officielle se dérobe face aux crises les plus sensibles. Le peuple, abandonné dans l’incertitude, vit avec la peur que les luttes internes au sommet se traduisent par des secousses politiques imprévisibles. Et dans ce climat de mystère, une question persiste, lourde et obsédante : pourquoi le porte‑parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, garde‑t‑il le silence alors même qu’un suspect a été interpellé ?
Gontran Eloundou
Analyste politique
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