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Cavaye yeguie Djibril, 34 ans au perchoir de l'Assemblée Nationale quel bilan ?

Après 34 ans à la tête de l’Assemblée nationale, Cavaye Yeguie Djibril a quitté le perchoir en mars 2026, laissant derrière lui un bilan contrasté : stabilité institutionnelle pour ses partisans, mais absence de renouvellement démocratique pour ses détracteurs.

Une longévité exceptionnelle

Cavaye Yeguie Djibril a été élu président de l’Assemblée nationale en 1992, dans un contexte marqué par le retour au multipartisme. Depuis, il a été reconduit sans interruption pendant 34 ans, un record absolu dans l’histoire parlementaire du Cameroun et même rare en Afrique. Cette longévité a été rendue possible par la domination du RDPC au Parlement, qui lui a assuré une majorité constante.

Les acquis et la stabilité

Ses partisans mettent en avant la stabilité institutionnelle qu’il a incarnée. Sous son mandat, l’Assemblée nationale n’a jamais connu de crise majeure de fonctionnement. Cavaye Yeguie Djibril a été perçu comme un garant de la continuité, capable de maintenir l’ordre parlementaire et de préserver l’équilibre entre les différentes forces politiques. Son expérience et sa connaissance des rouages institutionnels ont donné au Parlement une certaine constance dans un environnement politique souvent marqué par des tensions.

Les critiques et les limites

Cependant, son bilan est loin d’être unanimement salué. Pour ses détracteurs, ces 34 années traduisent surtout une absence de renouvellement démocratique. L’Assemblée nationale est restée largement dominée par l’exécutif, réduite à une chambre d’enregistrement des décisions présidentielles. Cavaye Yeguie Djibril est accusé d’avoir incarné une institution faible, peu ouverte au débat contradictoire et incapable de jouer pleinement son rôle de contre-pouvoir.

Une succession symbolique

Le 17 mars 2026, le Comité central du RDPC a décidé de tourner la page en désignant Théodore Datouo comme nouveau président de l’Assemblée nationale. Ce changement marque la fin d’une ère et ouvre la voie à une nouvelle dynamique parlementaire, même si beaucoup doutent que la succession entraîne une véritable transformation institutionnelle.

Durant ses 34 années au perchoir, Cavaye Yeguie Djibril a présidé l’Assemblée nationale lors de l’adoption de plusieurs lois marquantes, souvent liées à la consolidation du pouvoir exécutif et à la gestion des crises politiques. Son passage est associé à des textes qui ont façonné la vie institutionnelle du Cameroun, mais aussi à des critiques sur le rôle limité du Parlement comme contre-pouvoir.

Lois et révisions constitutionnelles majeures

  • Révision constitutionnelle de 1996 : sous sa présidence, l’Assemblée nationale adopte une réforme qui introduit le Sénat, renforce les pouvoirs du Président de la République et inscrit la possibilité de proroger ou abréger le mandat des députés en cas de crise grave. Cette disposition a été utilisée récemment pour prolonger les mandats parlementaires.
  • Loi sur la décentralisation (2004, renforcée en 2019) : Cavaye a dirigé les débats sur la mise en place des régions et la redistribution des compétences aux collectivités locales. Toutefois, l’application reste partielle, ce qui nourrit les critiques sur la lenteur de la décentralisation.
  • Lois de prorogation des mandats (2020, 2024, 2026) : l’Assemblée nationale, sous son autorité, a validé plusieurs prolongements du mandat des députés et des conseillers municipaux, justifiés par des contraintes économiques et organisationnelles. Ces prorogations sont emblématiques du rôle de l’Assemblée comme chambre d’enregistrement des décisions présidentielles.
  • Lois sécuritaires liées à la crise anglophone (2017–2020) : adoption de textes renforçant les pouvoirs des forces de sécurité et encadrant les libertés publiques, dans un contexte de conflit dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Ces lois ont été critiquées pour leur impact sur les droits civiques.

Impact et critiques

Sous Cavaye, l’Assemblée nationale a été perçue comme un instrument de stabilité institutionnelle, garantissant la continuité des lois et des réformes voulues par l’exécutif. Mais cette stabilité s’est souvent faite au détriment du débat démocratique. Les lois marquantes de son passage sont davantage associées à la consolidation du pouvoir présidentiel qu’à l’émergence d’un véritable contre-pouvoir parlementaire.

Bilan en clair-obscur

Le bilan de Cavaye Yeguie Djibril est un paradoxe : un homme de stabilité mais aussi de blocage, qui a incarné la continuité institutionnelle tout en freinant l’évolution démocratique. Sa sortie du perchoir après 34 ans est un événement historique, mais elle laisse ouverte la question essentielle : l’Assemblée nationale du Cameroun saura-t-elle enfin se réinventer et devenir un véritable espace de débat et de contrôle du pouvoir exécutif ?

Le bilan législatif de Cavaye Yeguie Djibril est donc ambivalent. Il a accompagné des réformes structurantes comme la décentralisation et la révision constitutionnelle, mais son mandat est surtout marqué par des lois qui traduisent la prépondérance de l’exécutif sur le législatif. Son départ en 2026 ouvre la question de savoir si l’Assemblée nationale pourra désormais jouer un rôle plus autonome et incarner une véritable dynamique démocratique. 

 Gontran Eloundou
analyste politique

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