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Journée internationale de la femme : célébrations sur fond d’explosion des féminicides

 

 

En 2025, le Cameroun a enregistré au moins 66 féminicides, selon les données de Griote et de plusieurs ONG. Ce chiffre alarmant jette une ombre sur les célébrations de la Journée internationale de la femme 2026, révélant une crise profonde des violences basées sur le genre.

Une célébration de la journée sous tension sociale

Le 8 mars 2026, le Cameroun célèbre la Journée internationale de la femme dans un contexte marqué par une explosion des féminicides. Malgré les défilés et les discours officiels, la réalité est sombre: 66 femmes ont été tuées en 2025, soit une tous les 5 jours. Les organisations féminines dénoncent une hypocrisie institutionnelle, où les célébrations masquent une inaction face aux violences. À Yaoundé, plusieurs collectifs ont organisé des marches silencieuses pour honorer les victimes et réclamer des mesures concrètes.

Des vies fauchées

Parmi les victimes recensées, certaines histoires ont marqué l’opinion publique. Clarisse Ngono, 32 ans, tuée par son conjoint à Bafoussam après une dispute. Estelle Mbarga, 27 ans, étranglée à Douala dans un contexte de jalousie. Mireille Tchoumba, 41 ans, battue à mort à Ebolowa. Ces femmes ne sont pas des statistiques: elles incarnent une tragédie nationale. Leurs noms sont désormais repris dans les campagnes de sensibilisation, comme symboles dun fléau qui touche toutes les régions du pays.

L’impunité judiciaire

Malgré la gravité des faits, très peu d’auteurs de féminicides sont condamnés. Les procédures judiciaires sont souvent lentes, et les familles des victimes se heurtent à l’indifférence des autorités. Dans certains cas, les agresseurs sont libérés faute de preuves ou grâce à des arrangements informels. Cette impunité alimente la peur et le sentiment d’injustice. Les ONG comme Griote et Women in Action appellent à la création de tribunaux spécialisés pour les violences basées sur le genre.

Mobilisation citoyenne

Face à l’inaction des pouvoirs publics, la société civile se mobilise. Des campagnes comme #StopFeminicide237 ou #JusticePourClarisse ont émergé sur les réseaux sociaux. Des artistes, journalistes et militants s’engagent pour briser le silence. À Douala, une fresque murale a été inaugurée en hommage aux victimes. À Yaoundé, des ateliers de sensibilisation sont organisés dans les lycées. Cette mobilisation multiforme vise à créer une culture de tolérance zéro face aux violences faites aux femmes.

 L’État interpellé

Le gouvernement camerounais, par la voix du ministère de la Promotion de la Femme, reconnaît la gravité du phénomène. Mais les mesures restent timides: quelques centres d’écoute, des campagnes ponctuelles, et des promesses de réforme du code pénal. Les associations réclament une loi spécifique sur les féminicides, avec des peines renforcées et une meilleure protection des victimes. L’ONU et l’Union africaine appellent également à une réponse plus ferme et coordonnée.

Vers un changement durable ?

La Journée internationale de la femme 2026 pourrait marquer un tournant si elle débouche sur des engagements concrets. Les 66 femmes tuées en 2025 ne doivent pas être oubliées. Leur mémoire doit nourrir une réforme profonde du système judiciaire, éducatif et social. Le Cameroun a les ressources pour agir, mais il lui faut la volonté politique. En attendant, les collectifs citoyens continueront de porter la voix des victimes, pour que chaque 8 mars soit un cri de justice, et non une simple fête.

 Gontran Eloundou
analyste politique

 

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