Accéder au contenu principal

 Accord discret entre le Cameroun et les États-Unis : interrogations sur la portée diplomatique.



La question des accords tacites entre États reste un sujet sensible dans les relations internationales. Le Cameroun, au cœur de l'Afrique centrale, se retrouve aujourd'hui au centre d'interrogations concernant un éventuel arrangement discret avec les États-Unis. Les révélations sur l'expulsion des migrants africains vers Yaoundé relancent le débat sur la transparence diplomatique et la légalité de tels accords. Dans un contexte où la souveraineté nationale est souvent évoquée, la possibilité de signer des accords non publiés interroge sur la conformité avec les lois nationales et internationales. Les conventions de Vienne sur le droit des traités, ainsi que la Constitution camerounaise, encadrent pourtant la signature et la ratification des accords. La question est donc de savoir si un État peut s'engager dans des pactes tacites sans passer par les procédures légales. Ce débat dépasse le seul cas camerounais et interpelle l’ensemble des États africains. Il s'agit d'une problématique qui touche à la fois la légitimité politique, la moralité diplomatique et les enjeux stratégiques régionaux.

Les bases légales des accords tacites

En droit international, la Convention de Vienne de 1969 sur le droit des traités , stipule que tout accord entre États doit être consigné et ratifié pour avoir une valeur juridique. Au Cameroun, la Constitution de 1996 prévoit que les traités et accords internationaux doivent être soumis au Parlement pour ratification, sauf exceptions pertinentes du domaine administratif. Cependant, dans la pratique, certains accords dits « tacites » ou « secrets » peuvent être tre conclus pour des raisons stratégiques oucuritaires . L' histoire diplomatique regorge d' exemples : la coopération militaire entre la France et certains pays africains a longtemps reposé sur des accords non publiés . Dans le cas du Cameroun et des États -Unis, l' expulsion de migrants africains vers Yaoundé laisse supposer l'existence d'un tel arrangement. La légalité de ces accords reste contestée, car ils échappent au contrôle parlementaire et à la transparence publique. Cela pose la question de la compatibilité entre la pratique diplomatique et les exigences constitutionnelles.     

Quelques exemples et comparaisons.

Plusieurs États africains ont déjà été confrontés à la question des accords tacites. Le Niger et le Mali, par exemple, ont longtemps accueilli des bases militaires étrangères sur la base de conventions non publiées. De même, certains accords de coopération sécuritaire entre les États-Unis et l'Ouganda ont été révélés bien après leur mise en œuvre. Ces exemples montrent que la pratique des accords discrets n'est pas isolée. Elle répond souvent à des impératifs de sécurité, de lutte contre le terrorisme ou de gestion migratoire. Toutefois, ces accords suscitent régulièrement des critiques sur leur manque de transparence et leur impact sur la souveraineté nationale. Dans le cas du Cameroun, l'hypothèse d'un accord tacite avec Washington sur les expulsions migratoires s'inscrit dans cette logique. La comparaison avec d'autres pays africains permet de comprendre que la pratique existe, mais qu'elle reste juridiquement et moralement contestée.

La moralité diplomatique et la position des États africains.

La moralité des accords tacites est un sujet de débat majeur. Certains États africains refusent catégoriquement de signer de tels arrangements, estimant qu'ils portent atteinte à la souveraineté et à la dignité nationale. L'Afrique du Sud, par exemple, insiste sur la transparence et la ratification parlementaire de tout accord international. Cette position met en lumière une fracture entre les pays qui privilégient la discrétion diplomatique et ceux qui défendent la légalité et la transparence. Pour le Cameroun, la signature d'un accord tacite avec les États-Unis pourrait être perçue comme une compromission, mais aussi comme une stratégie pragmatique. La moralité diplomatique impose de concilier les intérêts stratégiques avec le respect des normes juridiques et des valeurs démocratiques. Le débat reste ouvert : faut-il privilégier l' efficacité immédiate ou la transparence institutionnelle ?

Quels apports pour le Cameroun et quel impact régional.

Un accord tacite avec les États-Unis pourrait offrir au Cameroun plusieurs avantages. Sur le plan sécuritaire, il renforcerait la coopération bilatérale dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale. Sur le plan économique, il pourrait faciliter l'accès à certaines aides ou financements américains. Diplomatiquement, le Cameroun gagnerait en visibilité et en crédibilité auprès de Washington, ce qui renforcerait son poids dans la sous-région. Toutefois, ces gains doivent être mis en balance avec les risques : perte de souveraineté et critiques internes et tensions avec les voisins africains. Dans la Communauté économique des États de l' Afrique centrale (CEEAC), un tel accord pourrait être perç u comme une œuvre unilatérale , fragilisant la solidarité régionale . L' impact diplomatique serait donc double : b é n é fique vis- à- vis des États -Unis, mais présent problématique au sein de l' Afrique centrale.

En conclusion, la question des accords tacites entre le Cameroun et les États-Unis illustre les tensions entre pragmatisme diplomatique et respect des normes juridiques. Si de tels arrangements peuvent offrir des avantages immédiats en matière de sécurité et de coopération, ils présentent néanmoins des problèmes de transparence et de légitimité. Le droit international et la Constitution camerounaise rappellent que tout accord doit être ratifié pour être pleinement valide. Les exemples africains montrent que la pratique existe, mais qu'elle reste contestée. La moralité diplomatique impose de réfléchir aux conséquences de ces choix sur la souveraineté nationale et la crédibilité régionale. Pour le Cameroun, l’enjeu est de trouver un équilibre entre efficacité stratégique et respect des institutions. La transition vers une diplomatie plus transparente pourrait renforcer la confiance des citoyens et des partenaires. En définitive, la question reste ouverte : faut-il privilège é gier la discrétion ou la l é galité ?  

Gontran Eloundou
Analyste politique.

Pin It
  • Créé le .
  • Vues : 15