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Remaniement ministériel 2026 : Grégoire Owona au MINTSS, les travailleurs sont-ils satisfait ?

Depuis sa nomination au ministère du Travail et de la Sécurité sociale, Grégoire Owona s’est imposé comme une figure incontournable de la gouvernance sociale au Cameroun. Son mandat s’est ouvert dans un contexte marqué par de fortes attentes en matière de protection des travailleurs et de régulation du marché de l’emploi. Dès ses premières années, il a affiché une volonté de renforcer le dialogue social et de maintenir une certaine stabilité dans les relations professionnelles, en multipliant les concertations avec les syndicats et les organisations patronales. Cette posture a permis d’éviter des crises majeures, mais elle n’a pas suffi à résoudre les problèmes structurels liés au chômage, à la précarité et à l’informalité du marché du travail.

Ses relations avec les syndicats ont été marquées par une alternance de coopération et de tension. Grégoire Owona a souvent été perçu comme un médiateur, cherchant à apaiser les conflits et à maintenir un climat de paix sociale, mais certains acteurs lui reprochent un manque de fermeté face aux abus patronaux et une incapacité à imposer des réformes profondes. Les grèves dans certains secteurs, notamment l’éducation et la santé, ont révélé les limites de son action, malgré les efforts déployés pour instaurer des cadres de négociation. Le ministre a privilégié une approche pragmatique, misant sur la concertation plutôt que sur l’imposition, ce qui lui a permis de préserver une certaine stabilité mais au prix d’un statu quo qui freine l’évolution des conditions de travail.

Sur le plan de la sécurité sociale, son bilan est marqué par des avancées limitées. Le système reste centré sur les travailleurs du secteur formel, laissant une grande partie de la population sans couverture. Grégoire Owona a défendu l’idée d’une extension progressive de la protection sociale, mais les réformes concrètes tardent à se matérialiser. Les caisses de sécurité sociale souffrent de problèmes de gestion et de financement, et les bénéficiaires dénoncent souvent des lenteurs administratives et des prestations insuffisantes. Le ministre a tenté de moderniser les procédures et de renforcer la transparence, mais les résultats demeurent en deçà des attentes.

L’absence d’une politique nationale claire de développement du travail et de la sécurité sociale constitue l’un des points faibles majeurs de son mandat. Le Cameroun n’a pas su mettre en place une stratégie globale pour réduire le chômage, encadrer l’emploi informel et garantir une couverture sociale universelle. Les initiatives sont restées ponctuelles et dispersées, sans cohérence d’ensemble, ce qui a empêché le pays de tirer pleinement profit de son potentiel humain. Dans un contexte où les inégalités sociales se creusent et où la précarité demeure élevée, cette absence de vision stratégique a limité l’impact du ministère.

Le bilan de Grégoire Owona apparaît ainsi contrasté. Il a su préserver une certaine stabilité sociale et maintenir le dialogue avec les syndicats, mais il n’a pas réussi à instaurer une politique cohérente de régulation du travail et de protection sociale. Les avancées en matière de sécurité sociale restent limitées, les infrastructures administratives demeurent insuffisantes et l’absence de stratégie globale laisse une impression mitigée. Son passage au ministère illustre les contradictions d’une gouvernance qui oscille entre volonté de médiation et incapacité à transformer en profondeur la réalité du travail et de la protection sociale au Cameroun.

 Gontran Eloundou
Analyste politique.

 

 

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