Remaniement Ministériel 2026 : Jacques Fame Ndongo, l’éternel stratège du savoir et du pouvoir
Jacques Fame Ndongo incarne une figure centrale du système politique camerounais, à la fois comme ministre d'État et comme stratégie du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), dont il est l'un des principaux communicateurs. Son rôle dépasse largement les fonctions techniques liées à l'enseignement supérieur, pour s'inscrire dans une logique de fidélité, de médiation idéologique et de stabilisation du régime.

Depuis sa nomination en décembre 2004 au poste de ministre de l'Enseignement supérieur, Jacques Fame Ndongo a structuré une politique universitaire fondée sur la massification de l'accès, la diversification des filières et la coopération académique internationale. Il a accompagné la création de plusieurs universités d'État, renforcé les mécanismes d'accréditation et promu une diplomatie académique active, notamment avec les pays du Sud. Son action s'est également traduite par une volonté de modernisation des curricula, d'introduction des TIC dans les pratiques pédagogiques et de valorisation de la recherche scientifique comme levier de développement. En tant que ministre d'État, son rang protocolaire élevé lui confère une autorité qui dépasse les limites de son portefeuille, lui permettant d'intervenir dans les arbitrages gouvernementaux et de jouer un rôle de relais entre le président de la République et les autres membres du gouvernement.
Au sein du RDPC, Jacques Fame Ndongo occupe une position stratégique en tant que secrétaire à la Communication du Comité central. Il est l'un des artisans majeurs de la rhétorique présidentielle, chargé de formuler, diffuser et défendre les orientations du chef de l'État. Sa maîtrise du langage politique, son érudition et sa loyauté absolue en font un pilier de la propagande institutionnelle. Il est souvent sollicité pour coordonner les campagnes électorales, encadrer les communicants du parti et assurer la cohérence du discours officiel. Cette double casquette – gouvernementale et partisane – lui permet de jouer un rôle transversal dans la gestion du pouvoir, en articulant les logiques de l'État et celles du parti dominant.
La question de savoir si Paul Biya peut se passer de Jacques Fame Ndongo relève d'une analyse des équilibres internes du régime. Sur le plan formel, aucun acteur n'est indispensable dans une architecture institutionnelle fondée sur la présidentialisation extrême. Toutefois, dans la pratique, certains profils deviennent difficilement remplaçables en raison de leur capital symbolique, de leur loyauté éprouvée et de leur capacité à gérer les crises discursives. Jacques Fame Ndongo appartient à cette catégorie de personnalités qui, par leur ancienneté, leur maîtrise des codes du régime et leur rôle de médiateur idéologique, assurent une forme de continuité politique. Son absence créerait un vide dans la chaîne de transmission du discours présidentiel, dans la gestion des équilibres universitaires et dans la mobilisation des élites intellectuelles proches du pouvoir. Il est donc plus juste de dire que Paul Biya s'appuie sur Jacques Fame Ndongo comme sur un rouage essentiel de son dispositif, sans pour autant être structurellement dépendant de lui.
Gontran Eloundou
Analyste Politique
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