CAMEROUN : UN ETAT AU BORD DE L’IMPLOSION, UNE SOCIETE DEPRESSIVE.
Le Cameroun, jadis présenté comme un havre de paix au cœur de l’Afrique centrale, offre aujourd’hui le visage inquiétant d’une société en crise. Les faits divers qui rythment l’actualité nationale – féminicides, infanticides, crimes rituels, violences conjugales, assassinats sordides – traduisent une tension sociale palpable, à la limite de l’implosion. Dans les quartiers populaires de Douala ou Yaoundé, les scènes de bagarres, de règlements de comptes et d’incivisme deviennent monnaie courante. Ce climat délétère révèle un malaise profond, enraciné dans les contradictions politiques et les incohérences institutionnelles qui fragilisent l’État et, par ricochet, la société tout entière.

Origines politiques de la dépression sociale
Au cœur de cette crise se trouve un appareil d’État englué dans une transition interminable, où les promesses de réformes se heurtent à l’immobilisme. Les incohérences gouvernementales, les rivalités internes et l’absence de clarté sur la succession politique nourrissent un sentiment d’incertitude généralisée. Les citoyens, confrontés à des institutions perçues comme déconnectées de leurs réalités, développent une frustration qui se traduit par une perte de confiance. Ce vide politique agit comme un catalyseur de désespoir, accentuant la dépression collective et ouvrant la voie à des comportements destructeurs.
Nouvelles technologies et pauvreté : un cocktail explosif
L’avènement des nouvelles technologies, loin d’apaiser les tensions, les exacerbe. Les réseaux sociaux, devenus exutoires de frustrations, amplifient les discours de haine et les comparaisons sociales. Dans un pays où la pauvreté reste endémique, l’exposition permanente aux modèles occidentaux crée un sentiment d’exclusion et d’injustice. Les jeunes, confrontés au chômage et à l’oisiveté, se réfugient dans des illusions numériques qui accentuent leur désarroi. Cette fracture numérique, associée à la précarité économique, alimente une colère sourde qui menace la cohésion nationale.
Montée du tribalisme et du communautarisme
À cette crise sociale s’ajoute un phénomène inquiétant : la résurgence du tribalisme et du communautarisme. Les tensions identitaires, attisées par des discours politiques ou des rivalités locales, fragmentent davantage la société camerounaise. Dans les débats publics comme dans les réseaux sociaux, les appartenances ethniques sont instrumentalisées, nourrissant la méfiance et la division. Ce repli communautaire fragilise l’unité nationale et accentue le sentiment d’exclusion chez certaines populations. Le Cameroun, riche de sa diversité culturelle, voit cette richesse se transformer en fracture, menaçant l’équilibre fragile d’un pays déjà éprouvé par la pauvreté et l’instabilité politique.
Montée des pratiques occultes et dérives sociales
Face à l’impossibilité de trouver des solutions rationnelles, une partie de la population se tourne vers les pratiques occultes à des fins d’enrichissement rapide. Les crimes rituels, régulièrement rapportés dans les médias, témoignent de cette dérive dramatique. Parallèlement, la consommation de drogue s’installe comme un moyen d’évasion face au chômage et au stress lié aux conflits régionaux. La prostitution des mineures, souvent motivée par un mimétisme occidental et des besoins financiers, illustre la dépravation des mœurs. Ces phénomènes traduisent une société en perte de repères, où la quête de survie justifie des comportements extrêmes.
Conséquences sur la cohésion sociale
Cette accumulation de tensions et de dérives fragilise dangereusement la cohésion sociale. Les familles se désagrègent sous le poids des violences domestiques, les communautés se divisent face aux suspicions liées aux pratiques occultes, et la jeunesse s’enfonce dans une spirale de désespoir. Le tissu social, autrefois cimenté par des valeurs de solidarité et de respect, se délite progressivement. Le Cameroun se retrouve ainsi au bord d’une implosion, où chaque drame individuel devient le reflet d’une crise collective.
Appel au sursaut patriotique
Pour éviter que cette société dépressive ne bascule dans le chaos, un sursaut d’orgueil patriotique s’impose. Il est urgent de restaurer la confiance dans les institutions, de promouvoir une gouvernance transparente et de redonner espoir à la jeunesse par des politiques inclusives. Le Cameroun doit puiser dans ses valeurs ancestrales de solidarité et de dignité pour reconstruire un socle commun. L’heure n’est plus aux lamentations, mais à l’action collective. Car un peuple qui se ressaisit peut transformer ses blessures en force et ses crises en opportunités. Le Cameroun, au bord de l’implosion, doit choisir la voie du renouveau et de la fierté nationale.
Gontran Eloundou
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