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La 29e Journée internationale de la femme, entre timidité et désillusion

La 29e édition de la Journée internationale de la femme au Cameroun, célébrée le 8 mars 2026, a laissé un goût d’inachevé. Là où l’on attendait une mobilisation forte, les activités se sont révélées timides et le pagne officiel, habituellement arboré avec fierté, a été largement boudé. Ce contraste traduit une désaffection croissante envers une célébration qui, au fil des années, semble s’être figée dans le rituel plutôt que dans l’action concrète.

Le pagne du 8 mars, longtemps symbole de solidarité et de visibilité, a cette fois été au cœur des critiques. Son coût spéculatif, parfois multiplié par deux ou trois sur le marché, a découragé de nombreuses femmes. Ce qui devait être un signe d’unité est devenu un objet de marchandisation, inaccessible pour certaines et dénué de sens pour d’autres. En refusant de l’arborer, beaucoup ont exprimé une forme de protestation silencieuse contre une célébration qui privilégie l’apparence au détriment des réalités vécues.

Au-delà du pagne, c’est l’ensemble des activités qui ont manqué de souffle. Les défilés officiels, les conférences et les animations ont semblé répétitifs, sans véritable innovation ni impact. Les attentes des femmes camerounaises sont pourtant claires : justice, protection contre les violences, autonomisation économique et reconnaissance sociale. Or, la JIF 2026 n’a pas su répondre à ces aspirations, se contentant d’un cérémonial qui peine à convaincre.

Cette timidité révèle une fracture entre le discours institutionnel et les réalités quotidiennes. Les femmes ne veulent plus seulement défiler ou porter un tissu symbolique, elles réclament des politiques publiques efficaces et des réformes tangibles. L’absence de mobilisation massive est donc un signal fort : celui d’une lassitude face à une célébration qui ne transforme pas leur condition.

Pour redonner sens à la Journée internationale de la femme, il est urgent de la réinventer. Cela passe par une régulation du marché du pagne afin d’éviter la spéculation, mais surtout par un recentrage sur les actions concrètes. Des campagnes de sensibilisation contre les violences, des programmes de formation et de financement pour les entrepreneures, ainsi qu’une meilleure représentation des femmes dans les instances de décision seraient des pistes crédibles.

En conclusion, la JIF 2026 restera comme une édition marquée par la sobriété et le désintérêt. Mais ce désintérêt n’est pas un rejet de la cause féminine, il est au contraire une demande de profondeur et de sincérité. Les femmes camerounaises ont envoyé un message clair : elles ne veulent plus d’une fête symbolique, elles veulent une révolution sociale. À l’État et à la société civile de saisir cette opportunité pour transformer une célébration en véritable levier de changement.

Gontran Eloundou
Analyste politique

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