Remaniement ministériel 2026 : Le président de la République face à son destin

Le président de la République fait certainement face à la décision la plus délicate de sa riche carrière au sommet de l'État. À l'heure où les équilibres politiques se recomposent et où les attentes sociales se cristallisent, la constitution d'un nouveau gouvernement apparaît comme un acte fondateur, porteur de symboles et de conséquences durables. Le Président Paul Biya doit choisir les hommes qui vont conduire le Cameroun après lui. À 93 ans, le Président a-t-il la capacité d'opérer cette tâche délicate ? comment faire pour insérer dans ce gouvernement des acteurs que l'on ne connaît pas !
La gravité d'un choix historique
Former le gouvernement relève d'un véritable défi au point d'en faire une annonce officielle. La désignation des responsables aux ministères clés – Défense, Finances, Communication – ainsi qu'aux postes stratégiques tels que le Secrétariat général de la Présidence, ne relève pas seulement d'une mécanique institutionnelle. Elle engage l'avenir du Cameroun dans une période où le RDPC n'est plus la seule force en présence, et où la pluralité des acteurs impose une lecture nouvelle des rapports de pouvoir. Former ce gouvernement c'est aussi l'obligation qu'impose la situation à donner une orientation vers une probable succession. Faire ce gouvernement, c'est donner le ton d'une nouvelle génération d'acteurs politiques, appelés à amorcer la transition après Paul Biya. Chaque nomination devient un message formulé à la nation : celui de la continuité ou celui de la mutation. Les Camerounais, dans leur diversité, expriment désormais le désir d'un État qui reflète leurs aspirations de modernité, de transparence et de participation.
Entre science politique et destin national
L'exercice du choix présidentiel se situe à la croisée de la science politique et du destin national. Il s'agit de concilier la stabilité institutionnelle avec l'exigence de renouvellement. La rationalité des équilibres régionaux, la technicité des compétences et la symbolique des figures retenues doivent se conjuguer pour produire un gouvernement capable de répondre aux défis sécuritaires, économiques et communicationnels. Il faut choisir pour développer et protéger le Cameroun d'un futur chaotique. Les forces en présence doivent être combinées de façon à produire un gouvernement de consensus avec pour option dans le futur de continuer l'œuvre de Paul Biya.
Une décision qui engage l'histoire
Jamais peut-être le poids de la décision présidentielle n'aura été aussi lourd pour un chef d'Etat. À 93 ans, Paul Biya doit démontrer effectivement sa sagesse. Il ne s'agit plus seulement de gérer le présent, mais de préparer l'avenir. Le Cameroun attend un signal fort : celui d'une gouvernance qui respecte les désirs de mutation, qui ouvre la voie à une transition apaisée et qui inscrit le pays dans une dynamique de confiance. Est-ce qu'il devrait en châtier certains ? Faut-il récompenser d'autres et positionner aussi de nouveaux partenaires politiques ? Le président de la République est ainsi placé face à son destin. Son choix ne sera pas seulement jugé à l'aune de l'efficacité gouvernementale, mais à la mesure de l'histoire du Cameroun.
Gontran Eloundou
Analyste politique
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