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Economie

Gaz naturel liquéfié : une baisse de 28 % qui inquiète les marchés

Le Cameroun fait face à une baisse de 28 % des exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) au premier trimestre 2026, conséquence directe du départ du navire-usine Hilli Episeyo et d’un marché mondial en tension. Cette chute fragilise les recettes d’exportation et inquiète les marchés financiers.

Depuis 2018, le Cameroun s’était imposé comme pionnier en Afrique subsaharienne grâce au Hilli Episeyo, navire-usine flottant de liquéfaction de gaz naturel basé au large de Kribi. Cette infrastructure permettait d’exporter du GNL vers l’Europe et l’Asie, générant des recettes annuelles de plusieurs centaines de milliards de FCFA. En 2022, les exportations avaient atteint un pic de 622 milliards, avant de reculer progressivement à 350,2 milliards en 2025. Le gaz représentait encore 11,4 % des recettes d’exportation, confirmant son rôle stratégique. Mais dès le premier trimestre 2026, les exportations de GNL ont chuté de 28,4 %, accentuant les inquiétudes sur la stabilité économique nationale.

 Les causes de la baisse
Cette chute s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, le départ programmé du Hilli Episeyo en juillet 2026 prive le Cameroun de sa principale unité de liquéfaction. Ensuite, la baisse des réserves exploitées sur certains champs, comme Logbaba, fragilise l’approvisionnement. À cela s’ajoutent les tensions géopolitiques et la baisse de la demande mondiale liée au ralentissement économique. Les coûts de transport en hausse et la spéculation sur les marchés énergétiques aggravent la situation. Enfin, l’absence d’investissements massifs dans de nouvelles infrastructures de transformation rend le Cameroun dépendant d’un seul dispositif, exposant le pays à un choc brutal.

Impact macroéconomique
La baisse de 28 % des exportations de GNL se traduit par une perte de plusieurs dizaines de milliards de FCFA en devises. Le Comité national économique et financier (CNEF) prévoit un déficit courant de 5,4 % du PIB en 2026, contre 3,2 % en 2025. Le déficit budgétaire devrait suivre, atteignant 1,7 % du PIB. Cette contraction des recettes réduit la capacité de l’État à financer ses politiques sociales et ses investissements. Elle fragilise aussi la balance commerciale, augmentant la dépendance aux importations. Les marchés financiers s’inquiètent de la soutenabilité budgétaire, ce qui peut affecter la notation souveraine du Cameroun.

Conséquences sociales et industrielles
Au-delà des chiffres, cette crise énergétique a des répercussions sociales. Les subventions aux carburants deviennent plus coûteuses, ce qui pèse sur les finances publiques. Si elles sont réduites, les prix à la pompe augmentent, alimentant l’inflation et réduisant le pouvoir d’achat des ménages. Les industries dépendantes du gaz, notamment à Douala, risquent de voir leurs coûts de production grimper. Les PME locales, déjà fragiles, pourraient réduire leurs activités ou licencier. Cette situation accentue les tensions sociales et nourrit le mécontentement populaire, dans un contexte où le chômage reste élevé.

 Réactions institutionnelles et stratégiques
Face à cette crise, plusieurs initiatives émergent. Gaz du Cameroun (GDC) a sollicité des facilités douanières pour importer de nouveaux équipements afin de sécuriser ses réserves. Le gouvernement promet de diversifier les sources d’énergie et d’investir dans les infrastructures locales. Les bailleurs internationaux appellent à une meilleure transparence et à une stratégie énergétique claire. Les experts recommandent de développer une filière de transformation locale pour réduire la dépendance aux exportations brutes. Mais ces mesures restent encore au stade de projet, alors que la crise est déjà palpable.

La baisse de 28 % des exportations de GNL n’est pas un simple accident conjoncturel : elle révèle les failles structurelles de la gouvernance énergétique camerounaise. Dépendance excessive à une seule infrastructure, absence de diversification, manque d’investissements dans la transformation locale. Pour éviter une marginalisation économique, le Cameroun doit repenser sa stratégie énergétique. Cela implique une industrialisation de la filière, une meilleure régulation des marchés et une transparence accrue dans la gestion des ressources. Sans cela, chaque choc externe se traduira par une crise nationale. Le départ du Hilli Episeyo doit être un électrochoc pour bâtir une souveraineté énergétique durable.

Nanga Paul


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