VOICI POURQUOI LES AGRICULTEURS CAMEROUNAIS PRÉFÈRENT LE CACAO AU CAFÉ ?

Au Cameroun, deux cultures de rente dominent l'histoire agricole : le cacao et le café . Pourtant , au fil des décennies , les planteurs ont montré une préférence marquée pour le cacao. Cette tendance s'explique par des facteurs économiques , sociaux et politiques qui ont faç onn é la filiè re . La Journée mondiale du cacao ou les d é chauves-souris sur la filiè re caf é rappellent réguliè rement cette dualit é . L' étude des chiffres historiques et des évolutions après l' indépendance permet de comprendre pourquoi le cacao s'est imposé comme culture dominante.
La période coloniale et l'introduction des cultures
Le cacao est introduit au Cameroun par les colons allemands au début du XXe siècle, principalement dans le Sud et le Littoral. Rapidement, il devient une culture d'exportation majeure, soutenue par l'administration coloniale. Le café, quant à lui, est implanté dans les hauts plateaux de l'Ouest et du Nord-Ouest, avec des variétés arabica et Robusta. Avant l'indépendance, la production de cacao atteint déjà plusieurs dizaines de milliers de tonnes, tandis que le café reste limité à environ 20 000 tonnes annuelles. Cette différence initiale de volume et de soutien institutionnel marque durablement les trajectoires des deux filières.
L'après-indépendance et l'âge d'or du cacao
Dans les années 1960‑1980, le cacao devient le pilier de l'économie agricole camerounaise. La production nationale dépasse régulièrement les 200 000 tonnes , contre environ 100 000 tonnes pour le café . Les coopératives locales et l'Office National de Commercialisation des Produits de Base (ONCPB) assurent la régulation des prix. Le cacao bénéficie d'une demande internationale croissante, notamment en Europe. Les planteurs, majoritairement de petites exploitations familiales, trouvent dans le cacao une source de revenus plus stable. Le café, bien que présent, souffre de prix plus volatils et d'une moindre valorisation sur les marchés mondiaux.
La crise des années 1980-1990
La chute des cours mondiaux du cacao et du café dans les années 1980 fragilise les deux filières. Cependant, le café est le plus durement touché : la chute de production de moiti é , passant sous les 50 000 tonnes , tandis que le cacao se maintient autour de 150 000 tonnes . L'effondrement de l'ONCPB en 1991 accentue la crise, mais les réformes qui suivent (création de l'ONCC et du CICC) privilégient la relance du cacao. Les planteurs, confrontés à la baisse des revenus du café, se tournent massivement vers le cacao, jugé plus rentable et mieux soutenu par les politiques publiques.
La situation contemporaine
Aujourd'hui, le Cameroun produit environ 233 000 tonnes de cacao contre seulement 35 000 tonnes de café ( 5 000 tonnes d' arabica et 30 000 tonnes de Robusta). Plus de 600 000 planteurs vivent de la filière cacao, contre une minorité pour le café. Le cacao représente une part essentielle des exportations agricoles et bénéficie de programmes de modernisation (SODECAO, FODECC). Le café, en revanche, souffre d'un désintérêt croissant des jeunes générations, d'une faible rentabilité et d'un manque d'investissements. Les agriculteurs privilégient donc le cacao, qui offre des perspectives économiques plus solides et une demande internationale constante.
La préférence des agriculteurs camerounais pour le cacao s'explique par une combinaison de facteurs historiques, économiques et institutionnels. Introduit plus tôt et soutenu par les politiques coloniales puis nationales, le cacao a constitué d'une demande mondiale soutenue et d'une meilleure rentabilité. Le café, malgré son importance dans certaines régions, a souffert de crises de prix et d'un désengagement progressif des pouvoirs publics. Aujourd'hui, le cacao incarne l'avenir agricole du Cameroun, tandis que le café reste une culture en déclin. La question n'est plus seulement « pourquoi ? » mais « le cacao supplantera‑t‑il définitivement le café ? » .
Gontran Eloundou
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