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Israël investit 100 milliards FCFA pour sauver le riz camerounais

Le Cameroun vient de franchir une étape décisive dans sa quête d'autosuffisance alimentaire avec l'annonce d'un investissement de 100 milliards FCFA par la société israélienne Ekobell. Ce projet, centré sur la riziculture dans les régions septentrionales, vise à exploiter 10 000 hectares de terres pour produire près de 46 700 tonnes de riz par an. L'objectif affiché est ambitieux : réduire drastiquement les importations et atteindre 97 % d'autosuffisance d'ici 2030. Dans un pays où le riz est consommé par huit familles sur dix au moins quatre fois par semaine, cette initiative apparaît comme une réponse stratégique à une dépendance alimentaire devenue préoccupante.

Au-delà des chiffres, cet investissement traduit une volonté de renforcer la souveraineté alimentaire du Cameroun. La dépendance aux importations de riz, qui pèse lourdement sur la balance commerciale, a longtemps été un frein au développement agricole local. En s'associant à un partenaire étranger doté d'une expertise technique avancée, le gouvernement espère non seulement accroître la production nationale, mais aussi moderniser les infrastructures agricoles. Irrigation, stockage et transformation industrielle sont au cœur du projet, avec la promesse de créer des milliers d'emplois dans le Grand Nord, une région où les opportunités économiques restent limitées.

Cependant, les défis à relever sont nombreux et ne peuvent être sous-estimés. La réussite de ce partenariat dépendra de la transparence dans la gestion des fonds, de l'implication réelle des producteurs locaux et de la mise en place de pratiques agricoles durables. Le risque de voir les bénéfices concentrés entre les mains de quelques acteurs, au détriment des petits exploitants, est bien réel. De plus, l'adaptation des populations aux nouvelles méthodes de culture et la formation des jeunes agriculteurs seront des conditions essentielles pour garantir la pérennité du projet. Sans une gouvernance rigoureuse, l'investissement pourrait se transformer en mirage plutôt qu'en levier de développement.

En définitive, l'investissement israélien dans la filière rizicole camerounaise ouvre une fenêtre d'opportunité majeure pour le pays. Il s'agit d'un projet qui, s'il est bien conduit, pourrait transformer le Cameroun en modèle régional de souveraineté alimentaire. Mais au-delà des promesses, il faudra veiller à ce que les retombées profitent réellement aux communautés locales et contribuent à renforcer l'identité agricole nationale. Le riz, aliment universel et symbole de partage, pourrait ainsi devenir le vecteur d'une nouvelle dynamique économique et sociale, où la coopération internationale se met au service du développement endogène.

Gontran Eloundou
Analyste politique

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