Leçons de la sortie manquée d’Issa Hayatou

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Savoir quitter les choses avant qu’elles ne nous lâchent.

Nous qui intervenons dans l’espace public, aidons nos décideurs à travers des analyses lucides. Ne nous installons pas dans la flagornerie ; ils ont autour d’eux des gens payés pour applaudir et les caresser dans le sens du poil. Non à la langue de bois.

honteuse sortie qui vient de sanctionner la fin de mandat de celui qui aura trôné sans partage à la tête de la Confédération africaine de Football.

En effet, c’est un coup de tonnerre qui a éclaté le 16 mars 2017 sur le ciel du Football africain en général et du Cameroun en particulier. Issa Hayatou, le sempiternel Président de la CAF, 71 ans, vient d’être détrôné par le malgache Ahmad Ahmad, 54 ans.

Au-delà de la polémique déclenchée par cet événement un peu hors du commun, entre partisan et non partisans de l’illustre sortant et partant, nous proposons une réflexion qui se veut lucide, froide et quelque peu non partisane.

  Le départ d’Issa Hayatou, devrait susciter en nous quelques interrogations ; ce n’est pas la personnalité elle-même qui nous intéresse en tant qu’individu – au demeurant très sympathique et ouverte - mais c’est surtout son comportement face au pouvoir. Nous sommes dans un cas d’école, à une échelle peut-être réduite, de la problématique de l’alternance au niveau stratégique, notamment en Afrique Centrale. Qu’est ce qui peut objectivement justifier qu’un homme, fut-il brillant, après tant d’années – 29 ans- à la tête d’une institution, s’arcboute avec une telle hargne au gouvernail ? Si de surcroit cet homme en plus de l’usure du pouvoir semble avoir une santé visiblement fragilisée, ce qui objectivement devait lui suggérer un repos bien mérité.

 Maintenant, comment se fait-il qu’il n’ait pas vu venir la bourrasque ? En réalité, il a été véritablement laminé ;  20 voix contre 34. Ceci nous ramène à interroger son efficacité notamment au niveau de son système d’information. Tous ceux qui gravitaient autour de l’ex boss de la CAF, avec des cerveaux alourdis par trois décennies de manducation, n’ont pas su construire une infrastructure de veille stratégique pouvant épargner leur poulain d’une humiliation, pourtant facile à envisager et/ou à pressentir, compte tenu de l’environnement délétère et corrompu d’un milieu du football, infesté de mafiosi ; une véritable guerre des gangs, avec un nouveau capo dituti capi, qui doit mettre en place une nouvelle équipe, son équipe ; souhaitant s’affranchir de tous les relents de l’équipe Sepp Blatter, à fortiori celui qui a assuré son intérim. Abrutis par la recherche effrénée de prébendes de dernière minute, les stratèges d’Issa Hayatou ou ce qui en tient lieu, l’ont conduit au suicide en le rassurant certainement par l’habituelle « la situation est sous contrôle ».

Qu’on le veuille ou non, la trop grande longévité à la tête d’institutions y compris étatique, est génératrice d’un certain nombre de maux : l’assurance, la condescendance, la tendance à la divination, la superstition, la certitude que la victoire est assurée avant même une élection ; la patrimonialisation de l’appareil, le culte de la personnalité, la corruption, la cooptation, le tribalisme; toutes choses qui obèrent l’efficacité, obstruent l’intelligence.

Il est important au plan global de tirer des leçons de ce type de situation.

  Savoir quitter les choses avant qu’elles ne nous lâchent.

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