Cameroun: Communautarisme, le Cameroun, est-il une bombe à retardement?

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Déjà 7 mois que l'élection présidentielle au Cameroun est passée. Une élection qui aura révélé une nouvelle ligne politique que certains Camerounais découvrent. Le militantisme chez nous est encore une affaire de village, une affaire d'affinité, une affaire de communauté. une communauté représente un système au sein duquel des organismes vivants partagent un environnement commun et interagissent. La notion de communauté est également un concept du droit qui désigne un groupe de personnes possédant et jouissant de façon indivise d'un patrimoine en commun. Au Cameroun, désormais le communautarisme rentre de plein pied dans les affaires du politique. que l'on soit du coté du pouvoir ou non, le vrai mal est celui de la division. les hommes politiques sont désormais des gourous politiques. Sans vouloir indexer une chapelle politique au détriment d'une autre, les citoyens sont dans la confusion totale. Ils sont plus amoureux de leurs leaders et en ont oublier leurs messages (ceux des leaders). Tel des gourous, ils sont adulés sans raison idéologique, comparativement aux pasteurs des églises dites de réveil. Le Cameroun est assis sur une bombe, celle du communautarisme. L'observation symbolique de l'espace politique au Cameroun fait peur. Les positions des citoyens encore plus. Les extrêmes sont perceptibles et l'élégance en politique semble disparaître. Demander aux uns et aux autres s'ils savent pourquoi ils soutiennent un gourou au détriment d'un autre, très peu sauront vous dire la raison. Je peux vous dire clairement que la réflexion du citoyen n'est pas invité dans le jeu de la recherche du pouvoir. La politique est devenue dangereuse chez nous, l'implosion de notre cher et beau pays ne tient plus que sur.... rien.


On ne peut pas parler de communautarisme sans indexer cette communauté dite des "vieux". Ils sont au pouvoir depuis fort longtemps, certains ont vu le Cameroun naitre et continue d'occuper des positions préférentielle. Cette kakistocratie oligarchique semble de plus en plus se replier sur elle-même. Elle a peur d'une "Algérisation" de sa vache à lait. Les menaces sont multiples, elles proviennent à l'intérieur de son appareil avec la fuite des documents confidentiels, les prises de positions violentes de certains membre de cette élite. La montée des autres partis politiques extrémistes aussi semble être une réelle menace pour cette classe. La construction d'un discours de haine et de désaveu  contre cette classe dirigeante qui ne donne pas d'éléments d'une volonté d'un réel changement ou de progres politique. Elle continue d'arnaquer, de piller, de mépriser, d'infantiliser et de ridiculiser le reste des communautés et groupe sociaux qui ne semble plus être prête à accepter ce groupe qui après les échéances électorale se replient dans leur bunker de fortune batit à cout de milliards. Ils s'entendent et se regroupent au sein d'un parti et ne parviennent pas à faire face à la montée en puissance des 25 millions d'individus qui composent l'Etat dont ils ont la charge. L'on a pu à cet effet voir lors d'un débat télévisé un député de la nation incapable de tenir un argumentaire cohérent face à un jeune tout aussi impatient. Le communautarisme gérontocratie, qui détient tous les leviers de l'Etat et qui semble ne pas vouloir donner la possibilité aux autres d'exercer pleinement leur citoyenneté.


La jeunesse : certains pensent qu'ils suffit de clamer son appartenance à la jeunesse pour légitimement se reconnaître en l'image d'un leader qui semble plus se rapprocher de ses intérêts? L'image d'un chef de parti jeune qui, face à un député de la nation s'agace et tombe dans le piège de la nervosité semble convenir à cette jeunesse impatiente, qui veut en découdre avec cette oligarchie. Le communautarisme devient à ce niveau une affaire de reconnaissance d'une jeunesse avide de justice qui ne se soucie pas forcement du réel programme politique, ni de l'action citoyenne, mais plutôt soutien le leader capable de libérer les énergies. Quelles énergies faut-il libérer lorsque l'heure au Cameroun est à l'apaisement. Cette jeunesse a besoin d'un réel encadrement et non pas des invectives qui tendent à humilier un groupe d'individus au pouvoir plutôt qu'un autre.


Le communautarisme tribal propre au parti du Président dit "élu" se définit par une extrême violence et la promotion de la violation des lois. La liberté de manifester et peut être la liberté de faire du désordre. Revendiquer dans l'absurdité et vouloir faire accepter à la face du monde que l'on doit adopter le faux comme motif de revendication? Si vous n'êtes pas d'accord avec eux, on vous traite de tous les noms d'oiseaux, et même de poisson. Vous serez lynchés et peut être même on viendra chercher le nombre de poils qu'il y a dans vos narines pour démontrer au grand jour que votre nez n'est pas normal. Peinture sombre du pays où l'on vit si bien. Mais ou le groupe qui se revendique du président dit élu semble constituer à 90 %  des ressortissants de l'aire culturelle du gourou. Le dire peut donc devenir pour nous un crime. Du fait de mon patronyme, on va tout de suite me classer comme un consommateur de poisson. Mais pourtant la preuve des faits demeure. Et l'épreuve du temps l'approuve. Le parti du président dit élu est désormais un parti de type communautariste tribale. Sinon qui se souvient de l'idéologie de ce parti? 


Le communautarisme extrémiste. Amazonie voilà donc la forme extrême du repli. Ils ont un drapeau, des emblèmes, un hymne national, et sont décidés a quitter le Cameroun. Le conflit anglophone est cette forme de communautarisme qui a basculé dans l'enlisement de la violence extrême. Leur histoire et leur langue en ont fait une communauté a part entière. Malheureusement la classe dirigeante ne veut pas de dialogue, elle ne veut pas régler le conflit à l'africaine via un dialogue inclusif, pendant ce temps une élite originaire de l'aire culturelle anglophone prend violemment position. Le doyen Mukete 100 ans déjà et sénateur de la République du Cameroun, a dû lever le ton pour crier au scandale. Mais il ne semble pas être celui que l'on veut ou encore que l'on peut écouter. La zone anglophone meurt à petit feu. Les jeunes s'y entretuent. Jeunes guerriers séparatistes, contre jeunes guerriers militaires, un conflit qui a déjà fait des plusieurs centaines de mort, des millions de déplacés dont on ne saura jamais si il retrouveront le chez eux et surtout la paix. 


Le Cameroun est en proie au communautarisme sous toutes ses formes. Communautarisme tribal, communautarisme identitaire, communautarisme des castes, chaque communauté défend ses intérêts. Chose somme toute normale, mais qui ne correspond en rien à la construction d'une réelle unité nationale. Les symboles de l'unité nationale, autrefois, tournaient autour de la construction d'une identité camerounaise, donc l'incarnation fut la président de la République. Mais depuis l'avènement de la démocratie, le repli identitaire et communautaire est de plus en plus ressentit. La pauvreté et la précarité ont fini par créer de nouveaux replis, de nouvelle formes de communautarismes dont la conséquences fut le Boko Haram. Pauvreté qui engendre la haine et les rancœurs,  de réels ressentiments qui font que aujourd'hui tout  se mélange au discours politique. Les jeunes, les vieux , les pauvres, les riches, le communautarisme s'installe peu à peu avec son lot d'avatar, dont la peur du prochain, qui  est à son comble. Ils sont prêts à en découdre et n'attendent que l'étincelle qui va embraser la poudrière.

Gontran ELOUNDOU

Analyste politique.