Togo: Teddy Rinner au secours des enfants démunis

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Dix fois champion du monde, deux fois médaillé d'or aux Jeux Olympiques, le judoka Teddy Riner démarre un nouveau combat. Désormais ambassadeur de l'Unicef, une première pour un sportif français, il est allé voir les enfants du Togo, en décembre dernier. Une expérience marquante.

Région de Kara (Togo). De notre envoyée spéciale.

Le thermomètre flirte avec les quarante degrés en cette fin d'après-midi de décembre. Après cinq heures de route du sud au nord du Togo, un convoi de trois 4x4 floqués Unicef arrive dans le petit village de Souri Kadanga. Les habitants des alentours ont fait des kilomètres à pied pour le voir. « Dix fois champion du monde, dix fois champion du monde », hurle un homme dans le micro, provoquant les applaudissements, bientôt suivis de chants et de danses de bienvenue, ou plutôt de « bonne arrivée », comme on dit ici.

Le judoka se fait tout petit

Puis sa silhouette hors norme apparaît enfin. Teddy Riner, 2,04 m pour plus de 135 kg, passe pour un colosse à côté des centaines d'enfants rassemblés pour l'accueillir. Pourtant, au moment de s'exercer à pomper l'eau du petit puits de l'école, ce sont les bambins qui lui disent d'appuyer plus fort. Un comble pour celui qui, d'ordinaire, terrasse ses adversaires au-dessus du quintal en un temps record.

Mais ce soir-là, en Afrique, le judoka se fait tout petit. Les quatre jours qui suivront également. Au Togo, il réalise sa première mission en tant qu'ambassadeur de l'Unicef. Un statut tout nouveau pour lui. C'est d'ailleurs le seul sportif français à avoir endossé officiellement ce rôle auprès de l'agence de l'Onu, dédiée à l'amélioration des conditions de vie des enfants dans le monde.

Pour son baptême du feu, Teddy Riner découvre, le temps d'une petite semaine, une réalité qu'il ignorait jusqu'ici, ciblée sur la tranche des 0-3 ans. Car les mille premiers jours d'un enfant sont cruciaux pour son avenir, sur l'aspect sanitaire du moins. « J'avais mon idée, parce qu'on voit pas mal d'images... Mais je pense que tant qu'on ne l'a pas vécu, on ne peut pas s'imaginer réellement ce que c'est », reconnaît le géant.

Des contrées éloignées des hôpitaux

Dans la région de Kara, au nord du pays, le Guadeloupéen de 28 ans rencontre des agents de santé communautaires, ces volontaires formés par l'Unicef pour assurer des consultations basiques auprès des habitants vivant dans les contrées les plus reculées, les plus éloignées des hôpitaux.

Ce jour-là, une jeune mère du village de Nioussira amène sa petite fille de 18 mois, qui vomit tout ce qu'elle mange depuis l'avant-veille. Le verdict tombe : le nourrisson est sensible au risque de paludisme, et recevra un traitement adéquat. Teddy Riner, qui est aussi père de famille, demande à l'agent s'il a bien pris le temps de rassurer la maman, qui ne parle que le lamba, le dialecte local.

« ll y aura un avant et un après Togo »

Attentif, sensible, il ne peut cacher son émotion au moment de visiter, quelques heures plus tard, un dispensaire rudimentaire tenu par des religieuses, dédié à la malnutrition sévère. Une petite fille tient à peine debout tant elle est faible. « C'est sûr qu'il y aura un avant et un après Togo », résume celui dont le naturel jovial reprend le dessus pour prendre du recul. Comme quand il s'agit de simuler une réanimation d'un bébé prématuré sur un baigneur, avec le peu de moyens du bord. « Je crois que c'est un garçon », lance-t-il à l'infirmière de la maternité de Guerin Kouka qui, comme toutes les personnes qu'il croisera cette semaine-là, ne peut s'empêcher de rire de ses pitreries. Ou quand il faut se muer en docteur, le temps d'une campagne de vaccination auprès des nourrissons.

En administrant des gouttes de vitamine A aux petits patients présents ce jour-là, Teddy Riner est à mille lieues des tatamis. Ceux qui ont fait sa gloire, sa notoriété, dont il compte désormais se servir pour défendre des thématiques qui lui sont chères. « Dans pas longtemps, je pense que je vais lancer ma fondation, pour pouvoir aider toutes les causes », assure-t-il.

Des choses plus essentielles que l'argent

Mais en attendant, il a choisi l'Unicef. Parce que cela touche le jeune papa qu'il est, mais pas que. À 16 ans, déjà, lors de ses premiers championnats du monde à Saint-Domingue, il apportait la nourriture du buffet de son hôtel aux enfants qu'il avait vu dormir sur un bout de carton, sur la plage voisine. « Je ne pouvais pas tolérer qu'ils soient dans la souffrance, qu'ils n'aient pas un abri, qu'ils ne mangent pas à leur faim. À un moment, j'ai voulu leur donner ma chambre, et dormir ailleurs dans une autre chambre, et là je me suis fait rattraper par un gars de la sécurité », se souvient-il. Comme il se souvient du sourire de ces enfants-là.

Le même que celui des Togolais qu'il croisera durant ces quelques jours d'immersion. « Quand on voit ce bonheur, ce sourire, leur gentillesse, je pense que ça nous fait tous revenir sur terre. Voilà, il y a plus dur, il y a des choses plus essentielles que l'argent et les choses fictives qui entourent ce monde. »

S'investir dans la cause infantile

Dix fois champion du monde, plus tôt qu'il l'avait prévu, Teddy Riner a désormais un ultime gros objectif, probablement le dernier : glaner un troisième titre olympique, en 2020 à Tokyo.

D'ici là, son programme sera plus léger que les autres années. Moins de compétitions mais plus de temps pour écouter son corps, passer du temps avec sa famille, et, désormais, s'investir dans cette cause infantile. Son nouveau challenge à lui, peut-être le plus difficile.

http://jactiv.ouest-france.fr.

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