Samuel Eto’o : « Tenter autre chose à la tête de la CAF n’est pas une mauvaise idée… »

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Dans une interview fleuve, Samuel Eto’o  a répondu aux questions de Jeune Afrique, en abordant de nombreux sujets. En voici quelques extraits :

Jeune Afrique : Lele Cameroun a remporté la CAN 2017 auu Gabon. ce qui ne lui était pas arrivé depuis 2002. Et pas grand-monde ne s’attendait vraiment à ce que les Lions indomptables aillent au bout…

Samuel Eto’o : « C’est vrai. Mais je rappelle aussi qu’à chaque fois que le Cameroun n’est pas perturbé par des problèmes internes, il a des résultats. On ne s’attendait pas forcément à un tel parcours, de la part d’une équipe rajeunie, avec des joueurs qui allaient disputer leur première phase finale de CAN. Il y avait des défections, le selectionneur Hugo broos avait fait des choix forts et cela a finalement marché. En tant que camerounais, j’ai ressenti une joie immense lors de la finale à Libreville face à l’Égypte (2-1) à laquelle j’ai assisté. Et j’étais également très fier que Fabrice Ondoa et Christian Bassogog, qui ont été formés à Fundesport, l’académie que j’ai créée, aient participé à cette très belle aventure. »

Avez-vous compris que huit joueurs décident de ne pas participer à la CAN ?

« Vous savez comme moi que les clubs européens font parfois pression sur les joueurs. Et il est normal que ceux-ci réfléchissent. Ils se disent qu’ils pourraient perdre leur place et se retrouver dans les gradins s’ils décident de participer à la CAN. Personnellement, j’ai vécu cette situation quand j’étais à l’Inter Milan, au moment de la CAN 2010 en Angola. Et j’avais décidé d’y participer. Je pense que ce problème ne se posera plus quand, en Afrique, nous aurons des dirigeants assez forts, et donc des sélections plus fortes, pour ne pas céder aux pressions des clubs, même si ce sont eux qui sont les employeurs des joueurs. Jouer pour son pays, c’est quelque chose d’unique. »

Ce rajeunissement des Lions indomptables laisse présager un avenir intéressant, d’autant plus que votre pays accueillera la prochaine édition, en 2019…

« Depuis 2009, on disait qu’il fallait changer des choses, mais personne n’avait pris cette responsabilité. On a refusé de voir certaines choses en face. Aujourd’hui, le Cameroun est de nouveau champion d’Afrique. C’est une formidable base de travail. Le Cameroun peut redevenir une très grande équipe, surtout s’il n’y a pas de problèmes en interne. Mais il faudra être patient avec cette équipe, qui est jeune. Dans deux ans, elle jouera à domicile, et ce sera beaucoup plus difficile qu’au Gabon, car les gens attendront beaucoup d’elle. Il y aura une énorme pression. »

En 2011, vous avez signé à l’Anji Makhatchkala, en Russie, où vous êtes devenu le joueur le mieux payé  du monde (20,5 M€ par an, hors primes)…

« Je gagnais déjà très bien ma vie avant de signer dans ce club ! J’ai eu cette opportunité pour aller dans un bon championnat, où on me proposait un excellent contrat. Vous savez, quand on est africain, que l’on vient d’un milieu modeste, il faut savoir saisir certaines opportunités, lesquelles sont rares. J’ai gardé un excellent souvenir de ce passage à l’Anji (2011-2013). Je vivais à Moscou, comme tous les autres joueurs, mais nous étions souvent au Daguestan. La Russie est un très beau pays, les stades étaient bien remplis. Que je lis certaines choses sur la Russie, je ne reconnais pas le pays où j’ai vécu. »

Vous avez décidé d’utiliser une partie de vos revenus pour financer une Académie, mais aussi pour des actions humanitaires, comme la santé ou l'aide proposée au refugiés victimes des exactions de la secte islamiste BOKO HARAM

« Je pense que c’est normal pour un africain d’aider son continent. Vous parlez de Boko Haram : nous devons vivre avec ses actes, mais continuer à lutter. Il ne faut pas baisser les bras. Car il se passe des choses terribles en Afrique, et chez moi, au Cameroun, où des gens sont victimes d’atrocités. Quand je peux aider, j’estime que c’est mon devoir. J’ai financé la construction d’un hôpital pédiatrique à Douala, car on ne peut pas tout attendre des pouvoirs publics »

Le 16 mars prochain, la Confédération africaine de football (CAF) connaîtra son nouveau président. Votre compatriote Issa Hayatou est en lice pour un nouveau mandat, face au malgache Ahmad Ahmad. Est-il temps pour l’institution de changer de gouvernance ?

« Issa Hayatou a beaucoup fait pour le football africain. Et je pense qu’il songe à sa propre succession, pour pérenniser le bon travail qu’il a abattu. En plus, aucune institution ne résiste aux lois des cycles et du changement. J’espère juste que ces changements pourront aider le football africain à évoluer, car c’est le plus important. Le développement de la CAN a permis d’améliorer les infrastructures, et c’est important. Mais les principaux bénéficiaires de ces changements doivent être les joueurs, surtout ceux évoluant en Afrique. La CAF est à un certain niveau de revenus financiers. Elle est respectée, au sein de la Fifa par exemple. Mais il faudrait apporter plus de fraîcheur pour ouvrir d’autres horizons. Sans nier ce qui a été fait. Ces changements pourraient prolonger et améliorer ce qui a été accompli. Regardez la fifa l'arrivée de Gianni infantino a reboosté l’innovation, sans faire tanguer l’institution. Tenter autre chose à la tête de la CAF n’est donc pas une mauvaise idée… »

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