Conclusion d’un rapport d’expertise : Camrail porte la responsabilité totale dans la catastrophe ferroviaire d’Eseka

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Jeune Afrique a pu consulter un des quatre rapports d’experts commandés par la justice camerounaise et remis aux enquêteurs.

Bien qu'il ne s'agisse que de l'un des éléments du dossier, il n'en reste pas moins édifiant.

Même si les enquêtes sont encore en cours, jeune Afrique a mis la main sur un document  assez intéressant : Il s’agit d’un des quatre rapports d’expert commandés par le Procureur général près la Cour d’appel du Centre, chargé de l’enquête menée conjointement par la police et la gendarmerie camerounaises pour le compte du tribunal d’Eseka.

A la lumière de ce document qui s’appuie sur plusieurs éléments à savoir : ceux  provenant de la boîte noire de la locomotive, de l’analyse des débris du convoi, les témoignages des acteurs et le déroulement des faits qui ont causé le déraillement du train inter cités le 21 octobre 2016. D'après ce rapport, la responsabilité de la société ferroviaire ne fait aucun doute car celle-ci avait connaissance des différentes anomalies qu’il y avait sur 13 des 17 voitures qui faisient partie du fameux convoi. Voici les conclusions de ce rapport d’expertise :

Absence de freinage des voitures (dont 12 de séries de 1300CSR et de fabrication chinoise) : une défaillance bien connue de tous les responsables de Camrail surtout que celle-ci avait été  à l’origine de la perte du contrôle de certains convoi par les conducteurs en juillet 2014.

Au-delà du problème de freinage, l’expert ajoute également que trois autres causes ont contribué au drame : la surcharge du convoi « en violation des capacités prescrites » (ce que conteste Camrail) et l’ajout de voitures « ayant parcouru plus de 600 kilomètres sans vérification fiable de leur état », la « mise hors service par les services d’entretien du système de frein rhéostatique de la locomotive » (qui aurait pu permettre de ralentir le moteur électriquement, NDLR), et la « non-prise en compte par la direction technique des réserves émises par les conducteurs ». Il ajoute: « Dans de telles conditions, la catastrophe était inévitable »

LE DEROULEMENT DES FAITS DE CETTE MACABRE JOURNEE

Tout d’abord, le train accuse un retard : il quitte la gare à 11h15 au lieu de 10h25. 8 voitures sont ajoutées aux 9 initialement prévues (dont 13 pour lesquelles le freinage était défaillant). Le convoi de 675 tonnes la gare de Yaoundé en direction de Douala. A une dizaine de kilomètres d’Eseka le train amorce une pente descendante présentant un dénivelé de 1,6 centimètre par mètre. Sous les effets du manque de freinage, de la supposée surcharge et de sa vitesse excessive (96 kilomètres par heure pour une portion limitée à 40 kilomètres par heure en raison du mauvais état de la voie), les quatre dernières voitures (917, 922, 926 et 913, de type SOULE et de fabrication française) se décrochent et chutent violemment au bas d’un haut talus, alors que le reste du train poursuit sa route.Quelques centaines de mètres plus loin, une deuxième courbe s’amorce et la voie est affaissée : le reste de la rame (11 voitures de série 1300 CSR, de fabrication chinoise) déraille et se renverse à son tour, sous l’effet de la force centrifuge et de sa vitesse toujours excessive (80 kilomètres par heure). Seuls la locomotive, le fourgon générateur 731 et la première voiture voyageurs 1321, de première classe, poursuivent leur chemin, indemnes. Ils ne s’arrêteront que quelque quatre kilomètres après la gare d’Eseka.

A QUI INCOMBE LA RESPONSABILITE DE CETTE CATASTROPHE ?

Selon l’expert, la survitesse  du convoi est à l’origine de cette catastrophe. Seulement, cet excès de vitesse est le resultat de defaillances techniques connues de longue date par les responsables de la société ferroviaire Camrail.A cela, cet expert ajoute  que «des erreurs graves et des décisions inconséquentes qui ont été prises lors de la formation du train et de son départ de la gare de Yaoundé, alors que son système de freinage était gravement défaillant ».

En conclusion, estime l’expert « Camrail porte la  responsabilité totale et entière » de la catastrophe.Le rapport précise même que la chaîne des responsabilités s’étalerait sur quatre niveaux, dont le premier, le plus important, serait occupé par le Français Didier Vandenbon, directeur général de Camrail, ayant selon lui « ordonné » la formation du convoi.

Même si officiellement Camrail dénombre à 79 les pertes en vies humaines, le bilan serait en réalité bien plus lourd, de l’ordre de plusieurs centaines de disparus. De nombreuses familles sont en effet toujours à la recherche de proches ayant pris place à bord du train le jour du drame.

sources:JEUNE AFRIQUE