Cameroun/La femme, partenaire ou acteur économique assisté?

Au quotidien
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Nous étions jeunes dans les années 70, si notre mémoire n’est pas défaillante lorsqu’on a commencé à parler de l’Emancipation de la Femme.

A l’époque d’autres médias notamment la radio nationale et radio France internationale se chargeaient de relayer ce vent venu de l’occident, et qui proclamait la libération de la Femme africaine.

Les artistes également à cette époque constituaient également de puissants relais, non négligeables, pour annoncer cette révolution.  Le Cameroun de l’époque sortait à peine de la période coloniale, et était encore sous la forte emprise de la mère patrie. Il faut dire en ces années-là, les Françaises venaient à peine d’être autorisées à voter. En effet,c’est le 21 avril 1944, que le Gouvernement provisoire de la République française, basé à Alger émet  une ordonnance qui leur accorde le droit de vote et l’éligibilité sans restriction.

Historique rapide du rôle de la femme dans notre société

 Cette doctrine, venue de l’occident enseignait que la femme devait  se libérer de la « tutelle » de l’homme. Ce mouvement survient cependant dans notre pays alors que la Femme est complètement intégrée dans la société. De la naissance à la mort, en transitant par le mariage, le rôle de la femme, dans la production des ressources humaines de qualité est on ne peut plus clair. Il faut dire qu’à cette époque également, la femme était vraiment la compagne de l’homme. Ce dernier était chargé de travailler et d’apporter les moyens de vie à la maison, tandis que la femme était la maîtresse de la maison, chargée notamment de l’encadrement de tous. Ce comportement relevait lui-même d’un héritage traditionnel qui attribuait à la femme de chez nous un rôle spécifique dans notre société.

Nous avons comme toujours, embrassé ce vent idéologique sans réflexion nationale préalable, sans interroger  l’anthropologie, sans tenir compte du consensus qui caractérise le modèle de démocratie communautaire qui a permis à l’Afrique de développer le modèle politique le plus stable. Ainsi, contrairement à ce que l’on veut faire croire, à travers la mise en évidence de certains clichés qui ne déterminent pas fondamentalement la marche de nos sociétés,   la femme africaine n’a jamais été exclue des grands débats  qui devaient déterminer le destin du continent. Souvenons-nous de l’Aventure Ambigüe de Check Amidou Kane, lorsque le peuple des diallobés se trouvent devant le dilemme : faut – il envoyer ou non nos enfants à l’école des blancs ? C’est bien la Grande Royale qui tranche le débat : « nous devons envoyer nos enfants apprendre à lier le bois au bois ». Une autre anthropologie nous informe que dans les sociétés africaines d’autrefois, la décision d’aller en guerre par exemple devait être entérinée par les femmes, dans le cadre d’assemblées qui leur étaient réservées.  Pendant longtemps la femme est restée un solide socle culturel, dans la conservation  et la transmission des langues de génération en génération, dans le règlement des conflits et la consolidation de la paix, dans l’art culinaire, la pharmacopée. C’est la mère nourricière, pendant que l’homme assure la défense de la société. On le voit bien, la femme africaine, n’a jamais été exclue de la gestion  de nos sociétés, au contraire.

Bilan de l'association de ce courant à notre contexte

Depuis Le Lancement de ce courant, quels sont les acquis ?  Autrefois, la Femme devait obtenir l’autorisation de son époux pour quitter le territoire national ; à ce jour, la Femme sort comme elle veut, quand elle veut. La jeune fille va à l’école au même titre que le jeune homme ; il n’y a presque plus d’emplois réservés.

En évaluant sommairement entre les acquis et les préjudices, chacun peut se faire un avis. Nous n’accusons personne mais nous interrogeons  les consciences.

Aux plans social et sociétal 

L’éducation et la formation de nos enfants laissent à désirer.  Les enfants de la rue, phénomène nouveau, s’amplifie de jour en jour. Etait-il compréhensible ou même concevable à une époque pas si lointaine que cela, qu’une femme abandonne son enfant  dans la rue ?

  Nos langues sont en train de disparaitre, faute de relais. Les  femmes vont à l’école au même titre que les hommes, obtiennent les mêmes diplômes, parfois même avec plus de brio que les hommes mais, qu’est-ce que cela apporte réellement ? Au niveau familial, les enfants sont abandonnés sur le plan éducationnel. Les ressources des femmes,  issues de leurs emplois profitent plus souvent aux familles dont elles proviennent  auxquelles elles restent souvent profondément attachées. Leur position sociale, plus elle est élevée, engendre des conflits larvés ou violents c’est selon, entre leurs époux et les familles d’origine. Les divorces sont légions, provocant des schismes dramatiques pour les enfants etc.

Entre émancipation et mondialisation: impacts sur le plan économique 

La Femme autrefois était la fondation de la sécurité alimentaire. Son sens aigu de l’épargne et de la prévenance rassurait toute la maisonnée. Aujourd’hui, embarquée dans la spirale d’une mondialisation mal assumée,  elles se livrent à des dépenses ostentatoires. Il y a une sorte de complexe qui hante les femmes noires en particulier. La plupart n’aiment pas leur peau et se décapent à outrance au mépris des problèmes de santé causés par ces pratiques ; elles n’aiment pas leurs ongles ; leurs cheveux non plus ! Elles les troquent systématiquement  contre des mèches brésiliennes, indiennes etc. à des prix faramineux. 150 mille, 500 mille, 1, 2,…3millons de FCFA  et plus, rien que pour des cheveux... Tout ceci relèverait de l’anecdote et d’une vaine polémique, si cette attitude n’impactait pas avec force sur la macro économie du pays à travers la balance commerciale.

Plus simplement, nos femmes, naguère productrices de biens et services, consommatrices de denrées locales sont désormais extraverties. Elles préfèrent de loin par snobisme ou par nécessité les produits importés. Nulle doute aujourd’hui, que la femme doit être intégrée totalement dans le fonctionnement de nos sociétés, au regard des nouveaux enjeux. Pour cela, sur le plan de la réflexion globale, il faut reformuler la problématique, dans le sens de « comment concilier les exigences de la modernité avec le rôle traditionnel de la femme, pour préserver l’équilibre de nos sociétés, tant sur le plan sociologique (éducation des enfants, équilibre de la famille…) au plan culturel (conservation des langues, art culinaire de chez nous, pharmacopée, etc.), qu’économique (production et consommation des produits locaux à travers des inter - échange entre les opérateurs économiques) il s’agit d’un réel programme en faveur de la femme.

Solution possible: mise en place d'un programme visant à la contextualisation des exigences de la modernité quant au rôle de la femme dans notre société

La mise en œuvre d’un tel programme nécessite des moyens financiers, il s’agit en réalité d’un programme de reconversion du rôle traditionnel de la femme en conformité avec les exigences de la modernité. Car il faut le dire, la tendance élitiste du débat, tronque la réalité quotidienne.  En effet, les femmes qui prétendent à des postes en revendiquant la parité dans différentes positions sociales constituent une minorité. La grande masse de femmes est constituée de ces cultivatrices, commerçantes femmes au foyer, qui sont bien loin de ces préoccupations élitaires. Le débat sur leurs conditions de vie est à peine effleuré. Que faire pour que la femme au foyer soit motivée ? Que la cultivatrice joue à fond son rôle et que la commerçante se sente prise en charge. Comment au-delà de sa simple autonomisation, faire de la femme une partenaire économique à part entière et non un acteur économique assisté ; un partenaire contribuant à la production des biens et services et à l’équilibre du commerce extérieur ? Dès lors, la question de l’égalité des sexes et l’autonomisation de la femme, thème proposé cette année devient subsidiaire.

OU TROUVER L’ARGENT pour financer un programme de reconversion culturelle, sociale et économique de la Femme? Serait-on tenté de poser la question. Nous voyons deux sources de financement minimum, pour rémunérer la femme au foyer, dans sa mission d’éducatrice et octroyer des appuis à celles qui exercent une activité agropastorale et/ou de services: le budget de l’Etat et le pagne de la femme.