Cameroun -découverte: Jeanne Obama la chasseuse d'images.

Jeanne Obama, profession: chasseuse d'images

Au quotidien
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Au milieu de ses confrères, Jeanne Obama est une "identité remarquable" : elle est la seule femme photographe installée et exerçant à plein temps sur ce bout de l’Avenue Kennedy à Yaoundé. Ici, tout le monde la connait, elle y a établi sa base.

Taille moyenne (1mètre 75 environ), forte, le teint clair, le visage jovial, Jeanne est avant tout une jeune dame charmante, d’une trentaine d’années et originaire du département de la Lékié, qui a choisi de gagner sa vie en embrassant une profession outrageusement dominée par le sexe opposé.

La cordelette de sa caméra autour du cou, un appareil photo parmi les toutes dernières générations du numérique, elle nous reçoit en ce milieu d’après-midi. D’abord réticente, elle reste fermée à tout échange. « Je n’aime pas les interviews et puis je suis fatiguée ; j’ai couru toute la journée », déclare-t-elle. Puis, le doute levé à propos de l’objet de notre visite, elle consent enfin à échanger avec nous. Tout en restant sur ses gardes.

Toujours attentive à tout ce qui se passe autour de nous, elle interrompt de temps à autre notre conversation pour demander à un passant « Monsieur désire-t-il quelque chose ? » ou encore « Photo, s’il vous plaît ? » Une véritable chasseresse et un concentré d’énergie, toujours à l’affût d’une photo à prendre, d’une image à immortaliser ou d’un reportage à effectuer hors de sa base. Et c’est ainsi toute la journée, tous les jours excepté le dimanche qu’elle consacre à sa famille.

Elle commence sa journée à cinq heures par une prière tous les matins au réveil. Après divers préparatifs et un petit déjeuner rapide, elle part autour de sept heures car elle doit être à son poste de travail le plus tôt possible pour "harponner" les premiers clients. Elle ne reviendra qu’au crépuscule. Parfois même plus tard quand il y a encore à faire.

Car chasseuse d’images, Jeanne l’est, et c’est sans complexe qu’elle apporte une touche féminine dans cet univers dominé par les hommes. La jeune dame est très appréciée pour son travail. Pas seulement par ses clients mais aussi ses confrères qui la disent très efficace appareil photo à la main. « Cette femme, c’est un homme ; une véritable battante ! » a commenté un autre professionnel de la photo rencontré sur les mêmes lieux.

Son secret est tout simple : la discipline et le professionnalisme dans son travail, mêlés à une rigueur dans l’organisation qu’elle s’impose au plan professionnel et dans sa vie de couple. Tout ceci lui vaut en retour le respect de ses confrères et la satisfaction de ses clients.

C’est à son beau-frère, Ndougsa Prosper Mérimée que Jeanne doit d’être photographe aujourd’hui. « C’est lui qui m’a appris comment faire une photo. » Le concerné, lui-même photographe professionnel à l’époque, lui a communiqué sa passion du métier et elle en a fait sa profession depuis huit ans. Depuis lors, elle arpente ce bout de trottoir, au milieu des autres professionnels, à la recherche de nouvelles aventures photographiques.

Dans son carnet d’adresses, elle compte de nombreux clients stables, comme ce journaliste d’un quotidien de la place avec qui elle travaille régulièrement. Quant à savoir si elle est tentée par la photographie d’art, elle répond « Non ! », même si elle pense qu’elle en a les capacités. En tout cas, elle n’y pense pas encore, bien que la proposition lui a été faite naguère, un stage dans ce domaine dans un centre culturel voisin.

A la question de savoir si l’activité est intéressante et si elle nourrit bien son homme, elle se referme tout de suite et reste volontairement évasive. Tout de même, elle acceptera du bout des lèvres : « de temps en temps on arrive à faire une bonne affaire ». Sur mon insistance, elle nous confiera : « grâce à ce métier, j’ai pu quand même pu réaliser une ou deux choses. » Elle n’en dira pas plus, discrétion oblige !

JEANNE OBAMA

A la célébration de la Journée Internationale de la Femme, elle y a toujours participé, mais presque toujours en tant que photographe car ce jour-là est aussi pour elle, « jour de pointage », et le travail passe avant tout. Cette année, deux de ses clientes lui ont offert chacune un pagne et elle les en remercie. Notre entretien s’achève brutalement quand un client, visiblement pressé, vient chercher Jeanne pour un reportage photographique express. Avant même que je n’achève de consigner mes dernières notes, la chasseuse d’images est déjà partie après m’avoir lancé un « Bye ! A une autre fois ».

Jean Bosco SIMGBA