Les enjeux du Cameroun de demain

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Fête de la jeunesse 2017

J’ai suivi comme à l’accoutumée, l’intégralité du traditionnel discours du Président de la République du Cameroun  à l’occasion de la fête nationale de la jeunesse.

Je n’ai été, ni déçu, ni surpris. En effet, Paul BIYA est resté égal à lui-même. Les lions indomptables (au féminin et au masculin) ont servi  de trophée pour magnifier les qualités de la jeunesse et pour glisser sur la bravoure des forces de défense camerounaise.

Le président a ensuite évoquer la situation des jeunes des régions du Nord et  Sud Ouest, confrontés à une grave crise sociopolitique, qui ne leur permet évidemment pas de s’épanouir. Il a bien sûr condamné la violence et l’extrémisme ambiant et promis que l’Etat assurera l’ordre, conformément à ses missions constitutionnelles, tout en continuant les négociations avec les grévistes.

Puis il est rapidement passé aux 102 milliards du plan triennal jeunes. On se serait attendu à ce qu’il dise tout de même un mot sur les 500 000 ordinateurs promis aux étudiants, tel n’a pas été le cas.

Pour les grandes Réalisations, le chef de l’Etat a invité les jeunes à regarder autour d’eux, sans aucune précision, ni sur l’état d’avancement des travaux ni sur les délais de livraison de ces ouvrages. Nous étions donc dans le pur style BIYA.

Je n’ai donc pas été surpris qu’il ne transparaisse rien de clair ; nous sommes restés dans le discours soporifique.

Le respect de la Constitution

Mais pendant combien de temps allons nous encore continuer dans ce jeu des ombres, dans ce funeste et dangereux bal masqué ? Et pourtant, Paul Biya qui est le disque dur du système qu’il a servi et dont il s’est servi, n’ignore rien de ce qui se passe. Il sait que les revendications anglophones ne datent pas de la pseudo grève des avocats et enseignants. Il sait que le malaise anglophone s’est toujours exprimé, y compris par les pères fondateurs, Foncha et Muna ; que le passage en force de l’Etat unitaire a été contesté. Il sait, puisqu’il a des services de renseignement performants que les Anglophones se structurent depuis des années et qu’il y a de nombreux groupuscules indépendantistes, souverainistes, voire même des coalitions. Le Chef de l’Etat camerounais sait aussi que, pour régler ce problème il doit appliquer strictement la constitution notamment en procédant à une véritable décentralisation à travers l’organisation dans les meilleurs délais d’élections régionales. La Commission Bilinguisme et Multimachin est un gadget et du mauvais vernis. La décentralisation par les régions coupe la poire en deux. Elle peut constituer une phase pilote ; c'est-à-dire une phase qui permet de conclure oui ou non à la mise en œuvre de la décentralisation. Elle permet de décongestionner et de donner de l’oxygène au super pouvoir central de Yaoundé, ou quelques individus s’accaparent tout le budget de la nation, tandis que les autres citoyens sont transformés en mendiants et prostitués. Elle donnera aux régions l’opportunité de s’occuper de leur développement, et assurera de ce fait un meilleure orientation stratégique des ressources et un meilleur contrôle de leur utilisation. Si le Chef de l’Etat s’attelait par ailleurs à la mise en œuvre de l’article 66 concernant la déclaration des biens, la création du Conseil Constitutionnel et la mise sur pied de la Haute Cour de Justice, il sera le Républicain qu’il se proclame. Ici on peut, à travers un accord politique, repousser l’élection présidentielle en 2019 et consacrer 2017 et 2018 à ces aménagements.

La politique d’Emploi

L’autre enjeu majeur est celui du chômage des jeunes. Je constate que Paul Biya et son équipe ont du mal à élaborer un diagnostic pertinent de la problématique du chômage. L’émiettement de 102 milliards pour un million cinq cent mille jeunes correspond à une politique économique paternaliste qui ne libère pas les énergies nationales. Il faut au niveau de l’Etat, prendre des mesures macroéconomiques avec pour objectifs de reconstruire la classe moyenne détruite depuis les politiques d’ajustement assassines des années 90.

Concrètement il s’agira, de relancer des industries manufacturières par deux actions simples : premièrement, interdire l’importation des friperies, des brocantes et de la pacotille chinoise ; puis déposer ces 102 milliards auprès d’institutions financières spécialisées, qui octroieraient des crédits aux jeunes qui souhaiteraient s’investir dans les niches ainsi créées. Les effets sur notre balance commerciale largement déficitaire seront bénéfiques.

Le franc CFA

La jeunesse camerounaise est très émancipée. Instruite et informée, elle comprend désormais  que l’économie de son pays ne peut véritablement décollée, tant qu’elle est assujettie au FCFA et aux comptes d’opération, logés aux Trésors français. Tous les analystes, y compris ceux de la mère-patrie sont unanimes sur le fait que c’est une réelle hypothèque pour notre économie. Que les emplois de nos jeunes sont capturés dans ces comptes depuis 1945. Que le mécanisme du CFA favorise massivement les transferts de fonds par le biais de la libre transférabilité /convertibilité; ceci explique également la rareté de l’argent et l’aggravation du chômage. Il est donc urgent si on veut rester cohérent, que cette question soit tranchée. Il faut changer d’époque en coupant définitivement le cordon ombilical colonial et néocolonial. Gare à la politique de l’autruche.