Quelle école pour demain et à quelle fin

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La problématique du système scolaire camerounais

Lorsque nous étions enfants on nous disait que pour réussir sa vie il fallait aller à l'école ; c'est-à-dire que vous pouviez trouver un emploi bien rémunéré et fonder une famille. Jusqu'au milieu des années 80, cela semblait vrai. Nous ouvrons le débat à l’occasion de la fête de la jeunesse.

 

De nos jours, l'on a de plus en plus tendance à se poser la question de savoir à quoi sert l'école ?

Aujourd'hui, les jeunes sont par dizaine de milliers sur les motos, on les appelle les Ben skin.

Ils sont sur les trottoirs on les appelle les sauveteurs. Ils sont  en vadrouille dans le système D. Ils sont dans les villages. Ils sont dans l'administration, généralement désœuvrés. Ils sont dans l'informel, c'est-à-dire non répertoriés dans la comptabilité nationale. Ils ont pourtant été à l'école, en sont sortis nantis d'un parchemin, un diplôme. Ils sont détenteurs, d'un CEPE, d'un BEPC, d'un CAP, d'un probatoire, d'un BACC, d'une licence, d'une maîtrise, d'un DEA, d'un doctorat. Notre mode d'enseignement déverse tout ce beau monde sur le « marché de l'emploi ». Ils sont des centaines de mille au bas mot qui finissent ainsi à la casse sociale. Conséquence, le chômage est pandémique dans un pays disposant pourtant d'un extraordinaire potentiel en ressources du Sol et du sous-sol. Ils sont nombreux dans les activités informelles ; l'on nous a d'ailleurs rapporté le cas d'un licencié en sociologie qui exerce comme éboueur. Il est vrai qu'il n'y a pas de sot métier mais a-t-on vraiment besoin d'une licence en socio pour être éboueur ?

L’or abonde dans le pays, cependant, il  n’existe pas une école de mines, ne serait-ce que pour former des bijoutiers. Des études montrent pourtant que plus de cent kg d'or quittent clandestinement le pays tous les ans. C'est là une perte d'environ 700 millions de Fcfa si on prend le cours de l'or brut à 7000Fcfa le gramme. Pas d'agriculture à l’école primaire : pour apprendre à planter la tomate, le plantain, le macabo, le manioc... Les ingénieurs agronomes ou ce qui en tient lieu ne rêvent, dans leur immense majorité qu'à travailler dans des bureaux. Le résultat est que d'année en année, le Cameroun a perdu son autosuffisance alimentaire. Nous sommes dépendants.

57 ans après l'indépendance, n'est-il pas souhaitable au cours de cette période jubilaire, d'interroger ce système éducatif. Ce système, avouons-le n'a produit de manière inexorable qu'une pauvreté toujours plus grande ? Que s'est-il passé ? Nous nous sommes plantés quelque part. Remarquons que ceux qui permettent au pays de subsister ne sont pas forcément de grands diplômés. Allons y droit au but, Au-delà du prestige personnel, à quoi sert un docteur ou un agrégé ? On voit tous ces gens-là convoiter des postes ministériels ; et lorsqu'ils y sont, ils préfèrent se construire une superbe case en lieu et place de l’achat d'un microscope. Le parchemin est-il important pour le développement du pays ? C'est-à-dire pour accroître les richesses et procurer le bien-être à la majorité ? Pourtant, la : focalisation autour du diplôme est telle, que l'on ne lésine sur aucun moyen pour l'obtenir. Le Comité National de Lutte contre l'Inertie - CONALI- ouvre le débat avec un double questionnement porteur d'une véritable angoisse existentielle : quelle école pour demain et pour quelle fin ? Cette problématique est citoyenne et nous concerne tous. Notre souhait est que l'ensemble du corps social s'approprie ce débat, que les pouvoirs publics s'en préoccupent profondément ! Nous nous proposons d'interroger l'anthropologie, l'histoire, l'économie, le social, le politique et la culture. Nous allons nous appuyer sur les nouvelles technologies intellectuelles et politiques. Il s'agit d'innover sur le marché des idées, de sortir des sentiers battus.

En guise de bonne année ouvre cette tribune dont l'objectif est de donner la parole aux acteurs qui le désirent, sur les thématiques que nous allons développer mensuellement. C'est là, notre contribution au nécessaire diagnostic dont a besoin notre société après 57 années d'indépendance.