Cameroun/Rafraichissons nos mémoires: Retour sur l'affaire Yves -Michel Fotso par Joseph-Marie Eloundou

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Le journal Essingan a publié dans son édition n° 046 du 4 Octobre 2016

à sa Une OPERATION EPERVIER : vers la révision des procès contre Fotso. Il s’est inspiré pour ce faire du Livre de SHANDA TONME au titre très personnalisé : J’ai compris Yves Michel Fotso (un testament pour la postérité). J’ai parcouru l’article de Marie Robert Eloundou, le Directeur de publication dudit canard. Bien sûr, ce jeune confrère n’existait pas encore comme titre sur le marché de la presse camerounaise, à l’époque où nous y étions très actifs, à travers le Comité National de Lutte contre l’Inertie (notre Association), le Journal La Météo et très préoccupés par la problématique des détournements de deniers publics.

S’il y a une chose qui nous embarrasse aujourd’hui et qui nous laisse perplexe, c’est le tour de force qu’ont réussi les prisonniers de l’opération épervier à devenir des victimes d’une épuration politique.

De tous ces gens en prison, quel est celui qui a montré, pendant qu’ils étaient aux affaires, la moindre « velléité pouvoiriste publique ». On ne les a jamais entendus dire « je ». Tout leur discours était et son enrobé par « le chef de l’Etat », scandé à toutes les respirations de leurs insipides discours. Que pensent-ils du Cameroun ? Ils espèrent prendre le pouvoir par le mutisme comme leur prédécesseur ? Ils espèrent qu’on va encore nous sortir un Chef d’Etat du chapeau comme dans une séance de prestidigitation ? Il n’y aura pas un deuxième Paul Biya. Si vous êtes courageux, jetez-vous à l’eau pendant que vous êtes encore dehors. La piste est toute ouverte !

Ceci s’explique simplement par le fait que cette opération a été corrompue, bien évidemment comme tout le pays lui-même, par une caste bureaucratique, carriériste, kleptocrate et incapable de toute initiative ambitieuse et novatrice. En galvaudant tous les processus de droit et de justice, ils se sont appuyés sur l’opération épervier pour se régler les comptes et, dans la précipitation ont laissé de côté les vrais dossiers pour s’attaquer à du menu fretin, souvent pour protéger leurs affidés.

Voici notre contribution en 2008 sur l’affaire Camair. Paru dans le journal la Météo cette année-là. Cet article nous le croyons a sa place dans ce débat.

Yves Michel Fotso

GESTION DE LA CAMAIR

Yves Michel FOTSO est-il propre ?   

Nous sommes tous d’accord sur un fait : le Cameroun n’a pas été bien géré au cours des 26 dernières années. Dans les pays qui se respectent, face aux situations de crises on recherche les coupables, on attribue les responsabilités. Ceci permet d’apporter les corrections nécessaires au rétablissement de l’équilibre. C’est ce qui se fait dans la crise financière que traverse le capitalisme mondial. C’est ce qui devrait se faire dans le cadre de l’attaque humiliante de LIMBE. C’est ce qui aurait dû être fait dans la gestion catastrophique de nos sociétés. Pour le cas spécifique de la CAMAIR, la question est de savoir si  Yves Michel FOTSO (YMF) a-t-il accompli avec succès la mission qui lui avait été confié ?

La réalité est qu’on veut nous distraire. On parle de choses qui n’éclairent pas l’opinion sur la gestion de la CAMAIR. Que NANA Francis, le tombeur d’YMF soit un vrai où un faux expert comptable ne regarde que DAKAYI KAMGA qui l’a recruté.  Voici la question : s’agissant de la CAMAIR YMF a-t-il bien géré ? Au lieu de faire de la passion interrogeons l’expertise

« Le cahier de charges implicite de YMF lorsqu' il se voit confier la CAMAIR n’est pas d’expédier les affaires courantes comme on le prétend. Il prescrit plutôt implicitement et essentiellement, l’assainissement des fondamentaux de l’entreprise qui était sur la liste des entreprises à privatiser. Ces fondamentaux sont les suivants, avec les chiffres de l'industrie aéronautique:

-         Une situation nette positive (haut du bilan) ,

-         Des pertes cumulées inférieures à 70% du capital social;

-         Des ratios d'endettement à court et à moyen terme, compatible avec les standards de bancabilité;

-         Un fonds de roulement positif;

-         Une contribution aux charges fixes de 60% du CA;

-         Des frais financiers inférieurs à 5% du CA;

-         Des frais de personnels inférieurs à 10%.

C'est cet assainissement, notamment à travers la reconstitution d’une ''situation nette positive'' qui était de nature à augmenter le prix de cession de la compagnie lorsque devait intervenir sa privatisation et éviter ainsi l’enfer de la cession à un 1fr symbolique au repreneur.

Trois niveaux de culpabilité

COUPABLE d’incompétence et/ou d’ignorance flagrante en matière de gestion financière ?

 En effet, pour peu qu'on s'y connaît, on relève que YMF n'a engagé aucune des mesures classiques requises pour le redressement d'une entreprise en difficulté et qui commence par l'assainissement du haut du bilan avec la consolidation/capitalisation de la dette, le coup d'accordéon par lequel les pertes cumulées sont absorbées par le capital, et l'injection d'argent frais au titre d' une augmentation du capital et de mise en place d'emprunt à long terme pour financer les investissements sur les équipements et le fonds de roulement. YMF ne l’a pas fait. En trois ans, YMF n’a porté aucun de ces indicateurs à un niveau satisfaisant. Il est selon les experts, coupable de faute de gestion grave.

Ce qui remet quelque peu en question sa supposée compétence.

COUPABLE de divertissement de fonds publics?

Consciemment ou non, il n’a fait que tirer profit de la CAMAIR en ne travaillant que sur le bas du bilan, par l'accroissement scandaleux de l’endettement à court terme à des taux usuraires de plus de 25%(Découverts et Crédits court terme) de la CAMAIR auprès de la CBC ; au point que la COBAC s’en est inquiétée. Un rapport relèvera d'ailleurs l’anomalie mortelle de sa pratique de financer les investissements avec de l’argent à court terme. Bien évidemment, il le faisait à dessein puisque la trésorerie de la CAMAIR était orientée en priorité pour payer ces découverts et les énormes frais financiers qui en résultaient. Si les concours financiers de la CBC à la CAMAIR ont été de 100milliards en trois ans, c'est près de 25milliards de profits qui ont ainsi été rapinés dans une pratique où le conflit d’intérêt le disputait à la prise illégale d’intérêt au sens où YMF était à la fois le Patron et le Banquier de la CAMAIR. En matière de crime économique, on ne peut faire mieux. Conclusion: YMF n’a pas emmené sa banque à soutenir la CAMAIR. Il s’en est probablement servi pour enrichir indûment ses affaires. Et ça il le sait.

Tout le reste est écran de fumée pour masquer cette pratique odieuse.

Comment assainir une entreprise ?

Dans la prise en main d’une entreprise à redresser, on s’attaque en priorité absolue au haut du bilan pour améliorer la situation nette (Total actif moins total dettes) de manière à rétablir les fondamentaux financiers de l’entreprise, restaurer sa bancabilité pour lever les fonds appropriés. Ce n’est que de cette manière que l’on peut envisager dans un second temps l’amélioration de la profitabilité de l’entreprise une fois que le travail du haut du bilan a permis de réduire substantiellement les frais financiers qui constituent généralement avec les frais de personnel les deux plus gros fardeaux qui pèsent sur le résultat d'exploitation.

Techniquement, cela se traduit par la séquence suivante : Consolidation de la dette, Capitalisation de cette dette, dont augmentation comptable du capital- effacement de la dette cumulée par une diminution du capital, ce qui permet à l’entreprise d’afficher un bilan sans pertes cumulées et les dettes effacées avec un capital réduit. A partir de là, on procède à une injection d’argent frais en augmentant le capital, et la société qui a rétabli un bilan bancable peut alors solliciter des emprunts à moyen terme qui complètent l'argent du capital pour financer et les investissements de mise à niveau des équipements, et le fonds de roulement. Ça s’appelle en finances un Coup d’accordéon...

Ce n’est qu’après cela que l’augmentation du chiffre d’affaires comme s'en prévaut YMF se traduit par une profitabilité établie. Brandir l’augmentation du chiffre d’affaires sans avoir assaini les fondamentaux du bilan est une manifestation d’ignorance couplée de malhonnêteté, car en réalité, YMF était plus préoccupé à pomper l'argent de la CAMAIR à travers les frais financiers massifs que prélevait la CBC qu'à assainir la compagnie...

Il y a également malhonnêteté lorsque l’on sait que les salaires... assurés à du personnel et le prétendu résultat positif de 2 milliards dont YMF se prévaut ont été assuré par la consommation de la recette exceptionnelle des 35 milliards payés par les assurances pour le COMBI- une véritable aubaine- et que YMF a tout simplement avalé pendant sa gestion sans jamais en parler...

Les histoires de ponctualité, de miss monde, de transport pour l' ONU etc. pour illustrer des brillantes performances relève de l’enfantillage et d'une légèreté sans nom. Tout comme évoquer la fréquence de vols accrue sur Paris lorsque par ailleurs les deux tiers de la flotte pour laquelle on paye des loyers est immobilisée au sol est tout simplement débile. Comme si produire en perdant de l’argent sur chaque unité produite est un acte de génie managérial, c’est ce que l’on essaie de faire admettre à l’opinion. Ces arguments masquent mal une véritable opération de pillage et de piraterie de la CAMAIR.


Insulte à l’intelligence des Camerounais

A la fin de la lecture de ses interviews, il est pour tout esprit avisé, clair que YMF est COUPABLE de manière incontestable, dès qu’on a gratté le maquillage dont il entoure sa gestion à la CAMAIR.

COUPABLE d’être un membre actif des connections maffieuses qui tuent notre économie ?

L’affaire de la TVA versée à la CBC dans le compte d’ABAH ABAH constitue plus qu’un indice, mais une preuve accablante. Essayer d'égarer l’opinion en évoquant une erreur de chéquier- pour tirer des centaines de chèques s’il vous plait- et prétendre qu’un Chef de département aurait pris sur lui, à son insu prétend-t-il - de mouvementer des milliards d’un compte de l’Etat à un compte de particulier est tout simplement une insulte à l’intelligence des Camerounais. Il est d'ailleurs clair que la décision d’orienter une partie des fonds de la TVA à la CBC, ce qui est une aubaine pour un banquier, ne peut résulter que d’une démarche au niveau d’YMF lui - même comme le veut la pratique commerciale des banquiers.

Crimes presque parfaits, mais crimes odieux que certaines âmes damnées ont le courage de défendre. Regrettable. Le mieux est de laisser YMF à  sa conscience et à son destin.