Cameroun: marché Mokolo, "le bandit-police" un jeu dangereux?

SOURIRES
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Depuis plusieurs années, les habitants des quartiers "Tsinga" et "Mokolo" (deux quartiers de la ville de Yaoundé-Cameroun) vivent sous le stress et la psychose en permanence.

Dès qu'il est 18h, l'on constate que les attitudes des piétons changent. Les raisons une insécurité grandissante.....

Marché Mokolo: "les propriétaires vont reconnaître leurs choses sur vous"

Depuis plusieurs années, les habitants des quartiers "Tsinga" et "Mokolo" (deux quartiers de la ville de Yaoundé-Cameroun) vivent sous le stress et la psychose en permanence. Dès qu'il est 18h, l'on constate que les attitudes des piétons changent. Désormais, les femmes s'accrochent plus vigoureusement à leurs sac à main, et l'on ne veut plus répondre aux appels téléphoniques car comme on dit ici "les propriétaires vont reconnaître leurs choses sur vous". "Les propriétaires",dont il est question ici,  sont ces bandits à moto qui arrachent ce qu'il peuvent aux piétons sur la voie publique, ou ces agresseurs qui tendent des embuscades à tout moment dans le marché aux piétons. Certains, pour éviter de se faire dépouiller, vont jusqu'à s'interdire de mettre pied dans des quartiers tels que "Mokolo Elobi", "Tsinga Elobi", et "Briquetterie" passé dix sept heures.

Banditisme et forte présence des forces de l'ordre: une situation paradoxale

Le paradoxe, dans cette zone appartenant à la commune de Yaoundé 2, est que ladite zone possède plusieurs postes de sécurité: le commissariat de sécurité publique du 2ème arrondissement de Mokolo, le commissariat du 8ème arrondissement à Tsinga, et un poste de gendarmerie de Tsinga situé au quartier "Madagascar". Malgré la forte présence des postes de sécurité et donc des forces de l'ordre, les riverains de cette zone ont pris l'habitude de régler eux-mêmes leurs différends avec les agresseurs et autres bandits du coin.

Le jeudi 7 janvier 2016, le quartier Mokolo a connu une forte agitation. En effet, de jeunes gens armés de larmes de rasoirs et de couteaux auraient fait irruption au marché Mokolo, tenant ainsi en respect la foule. A quoi était due cette agitation? Quelles en sont les causes? Que s'est-il réellement passé?

 

Après-midi du 7 janvier: que s'est-il passé? Quelles en sont les causes?

Dans le cadre de son activité, un bandit vient d'arracher un sac à main. Malheureusement pour lui, le sac à main n'appartient pas à n'importe qui. En effet, ledit sac à main appartient à l'épouse d'un ancien représentant des forces de l'ordre du commissariat de Mokolo 2ème. Un agent des forces de l'ordre, difficilement identifiable comme tel en raison de sa tenue civile, ayant assisté à la scène, aurait déguéné son arme et abattu le malheureux bandit. Ce dernier, selon certains, était le chef d'un gang (du quartier de la Briquetterie) appelé "le bataillon". Lorsque ses confrères ont appris son décès, ils ont décidé de venger sa mort. C'est ainsi qu'ils se sont présentés le lendemain, soit le fameux jeudi 7 janvier 2016 au commissariat de Mokolo 2ème, situé en plein coeur du marché. Leur but? Attaquer le commissariat. Les brigands auraient d'abord fait libérer leurs frères d'armes incarcérés (depuis quelque temps), puis auraient tout saccagé, au point de mettre le feu dans le marché. Ils l'auraient fait en toute quiétude, faisant au passage quelques victimes civiles et causant des blessures plus ou moins graves et arrachant au passage sac, argent et porte-monnaie entre autres.

Que pourraient cacher ces événements?

Ces événements méritent que l'on s'interroge sur un certain nombre de choses. En effet, pourquoi réagir avec une telle violence, surtout vis-àvis des forces de l'ordre? Quelle image les brigands souhaient-ils envoyer aux civils que nous sommes? Existerait-il des clauses entre forces de l'ordre et brigands, qui auraient pu leur permettre d'agir de la sorte? Personne ne pourrait réellement répondre à ces questions. Toujours est-il qu'au vu de ce qui s'est passé, une autre question importante se pose, celle de la place et du rôle que doivent jouer les forces de l'ordre dans la société. En effet, on décrie la violence des membres du gang, mais la violence avec laquelle a réagi l'agent des forces de l'odre en civil n'est-elle pas à décrier elle aussi?

Attention tout de même à ne pas sombrer dans un tribalisme ou une xénophobie exacerbée

En effet, certains dénoncent le fait que ces agresseurs soient d'origine étrangère, arguant qu'ils devraient être renvoyés dans leur pays d'origine. Seulement est-ce là le réel problème? N'y-a-t'il pas d'agresseurs "made-in-Cameroun"? Que doit-on donc faire de ceux là?

Le climat socio-politique (guerre contre Boko Haram, le chômage des jeunes,...) actuel n'aide sûrement pas à prendre un peu de recul par rapport aux événements qui surviennent et notamment des événements de ce type, mais il serait peut-être important d'essayer de garder l'esprit clair afin de ne pas se tromper de combat...