Algérie: 25 ans après avoir vécu sous une fausse identité, à sa mort il est impossible de l'enterrer.

faits divers
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Depuis un mois, un corps attend à la morgue d’être remis à sa famille. Les proches qui le réclament ne partagent ni son nom, ni sa nationalité officielle. D’où un refus des autorités. La justice est saisie. La clé de ce verrouillage juridique viendra peut-être de l’ADN.

Le 29 décembre dernier, un homme âgé de 85 ans décède à Lille. Lui vivait rue de Solférino, à quelques pas du consulat d’Algérie. D’ailleurs, officiellement, cet immigré arrivé en France en 1964 est Algérien et bénéficie, à ce titre, d’une carte de séjour délivrée par les autorités françaises. «  Il entretient des liens réguliers avec un neveu installé dans le Pas-de-Calais  », complète Tayeb Ismi, l’avocat d’une famille cherchant aujourd’hui à récupérer la dépouille. Si ce dernier est de nationalité algérienne, les proches se réclamant de lui, dont une sœur, présentent, eux, des passeports tunisiens et, surtout, des patronymes totalement différents. «  La date et le lieu de naissance du défunt apportés par mes clients sont identiques à ceux portés sur ses documents algériens et français  », complète Tayeb Ismi.

Le Lillois est décédé célibataire et sans enfant. Après son arrivée à Lille, il y a un demi-siècle, l’homme ne s’est plus rendu au Maghreb. «  Il n’a même jamais mis les pieds en Algérie  », poursuit Me Ismi. En revanche, il a gardé des contacts avec ses proches de sang. «  Cet homme et sa fratrie ont perdu leurs parents très jeunes, reprend le défenseur. Lui a été recueilli par une famille algérienne installée à Tunis et ayant fui la guerre d’Algérie. » Après le conflit, le recueilli aura donc suivi sa nouvelle famille, adoptant son nom et sa nationalité. Un état civil également enregistré par les autorités préfectorales françaises. D’où un étrange statu quo…

«  Je comprends que le CHRU ou les autorités en général rechignent à confier le corps à ces personnes voulant l’inhumer en Tunisie, analyse l’avocat. Il n’y a cependant aucun enjeu financier dans cette affaire et l’Algérie ne s’oppose pas à cette démarche. » D’où une demande rarissime. «  Je réclame un test ADN à la justice, annonce Tayeb Ismi. Seul un juge peut l’ordonner. » Bientôt la fin d’une très étrange affaire ?

la voix du nord