Crise anglophone /Atanga Nji: « Le gouvernement ne dialoguera pas avec les rebelles sécessionnistes »

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Cette déclaration sentencieuse de Paul Atanga Nji dans l’émission Actualités Hebdo de la semaine écoulée fait partie du chapelet de phrases chocs délivrées par le nouveau patron de l’AT sur le plateau de la CRTV. Son discours éclaire sur les intentions du gouvernement et la stratégie adoptée par le pouvoir pour résoudre la crise survenue dans les régions anglophones.

Sur le plateau de télévision de la CRTV où il était reçu dimanche 15 avril 2018 par Ibrahim Chérif, présentateur-vedette de l’émission « Actualités Hebdo », le nouveau ministre de l’Administration Territoriale, Paul Atanga Nji n’est pas allé par quatre chemins pour le faire savoir : « Le gouvernement camerounais ne dialoguera pas avec les rebelles séparatistes des régions anglophones du pays ».

Cette déclaration sentencieuse fait partie du chapelet de petites phrases chocs délivrées par le nouveau patron de l’AT sur le plateau d’Actualités hebdo de la semaine écoulée. Conformément à une certaine image, répandue, qui veut que le responsable de l’Administration Territoriale et ses collaborateurs de l’ensemble de la chaîne du commandement ne soient pas des tendres. En période de crises surtout, comme c’est le cas actuellement au Cameroun où les deux régions anglophones notamment le Nord-Ouest et le Sud-ouest, plongées dans une profonde fièvre sociopolitique, ont fait perdre le sommeil aux autorités de Yaoundé.

Le dialogue avec les sécessionnistes n’aura d’autant plus lieu qu’il existe selon le ministre Atanga Nji, un dialogue par plusieurs canaux interposés, entre le pouvoir central de Yaoundé et les différentes couches de populations des deux régions en crise. A l’occasion, précise-t-il, il n’hésite pas à servir lui-même de courroie de transmission pour porter une doléance, toujours satisfaite par le président Biya dont il a souligné le grand amour pour le Nord-Ouest et le Sud Ouest, deux régions auxquelles, déclare le MINAT, « le Président Paul Biya a déjà donné plus qu’elles n’en ont demandé », allusion faite, bien entendu à la chaine de revendications qui ont déclenché l’actuelle crise sociopolitique, avant que celle-ci ne soit récupérée par les rebelles séparatistes.

Le pouvoir voulait-il faire entendre un discours musclé à ceux qui avaient encore des doutes sur ses intentions au sujet de la résolution de la crise anglophone, il a été servi par le dernier passage du ministre de l’Administration Territoriale sur la CRTV.

« Les rebelles terroristes et leurs complices seront jugés. » Il n’y aura pas d’autre perspective, selon le MINAT, pour qui ceux qui ont pris les armes contre d’autres Camerounais et tenté de porter atteinte à l’intégrité du territoire. Il va sans dire que le ton ferme mais toujours mesuré du patron de l’AT, a suscité quelques réactions au sein de l’opinion : salué par les rangs proches du pouvoir, il a été critiqué par quelques internautes qui déplorent la posture martiale du MINAT qui, soutiennent-ils, a parlé comme un ministre de la Défense qu’il n’est pas. Une critique qui est loin d’ébranler le patron de l’ensemble de la chaîne du commandement qui s’est félicité de ce que la situation sécuritaire sur le terrain est « sous contrôle ».

En effet, l’on sait aujourd’hui que face à l’enlisement que semblait connaître la situation sur le terrain, le gouvernement camerounais a répondu par un renforcement des mesures sécuritaires pour contrecarrer l’action des rebelles séparatistes, parallèlement à une batterie de mesures dont l’objectif était d’apaiser les ressortissants du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et dont les moindres ne sont pas de nombreuses nominations de ressortissants de ces deux régions à de hautes fonctions ou à la tête de secteurs réputés sensibles. C’est avec cette grille de lecture qu’il faut regarder l’avènement le 02 mars 2018 de Paul Atanga Nji, au ministère de l’Administration territoriale et celle de Nalova Lyonga Pauline Egbe au ministère des Enseignements Secondaires, originaire quant à elle de la région du Sud-ouest.

Bien plus, l’arrivée de ces deux cadres originaires des deux régions anglophones du Cameroun à la tête de deux départements ministériels réputés sensibles n’était pas passée inaperçue aux yeux de plusieurs observateurs qui y ont vu une volonté du pouvoir de changer de stratégie dans la résolution de ladite crise. La mission plus ou moins officieuse confiée à ces deux ministres étant de contribuer à réunir les conditions de la résolution de la crise sociopolitique qui secoue le Nord-Ouest et le Sud-Ouest depuis novembre 2016.

Jean Bosco SIMGBA