Cameroun-Semaine de la femme : Rencontre avec Pauline Kamgoué, Consultante en gestion des Entreprises :

societe
Typography

Des célébrations antérieures de la Journée internationale de la Femme, dame Kamgoué pauline, Consultante en gestion des Entreprises n’en a pas gardé un souvenir particulier puisque, nous confie-t-elle, elle était toujours au travail, dans des bureaux d’Etudes où l’on laisse très peu de temps aux loisirs et aux célébrations. Cette diplômée de l’Ecole Supérieure des Sciences Economiques et Commerciales (ESSEC) de Douala, est aujourd’hui promotrice et gérante d’une jeune entreprise, la Centrale des Affaires née en 2016 et située au deuxième étage de l’immeuble Shell Concorde de Yaoundé.

Comptable de formation, elle est aujourd’hui âgée de 40 ans et a obtenu tous ses diplômes dans le domaine de l’expertise comptable, les derniers étant la Maitrise des Sciences et Techniques Comptables et Financières et un Diplôme d’Etudes Supérieures Spécialisées à l’issue de sa formation à l’ESSEC.

LACENA 22

Pour autant, elle précise qu’elle n’est pas encore expert-comptable, même si elle souhaite le devenir dans un avenir qu’elle espère proche. Après qu’elle aura passé le diplôme requis pour mériter ce grade dans un domaine dominé par le genre masculin. Pour l’instant, elle est consultante en gestion des entreprises et elle se bat pour faire vivre la structure qu’elle a créé en janvier 2016, la CENA, spécialisée dans l’aide à la création des entreprises et dans l’externalisation de la paie des entreprises, une notion savante qui veut simplement dire comme elle l’explique « qu’une entreprise peut nous confier la gestion de la paie de son entreprise ».

Comment en est-elle arrivée là ? En fait, faute de décrocher un contrat intéressant dans les grosses multinationales, la jeune et ex-étudiante a embrassé le monde professionnel en devenant d’abord assistante de direction. Puis, suivront des séjours dans un Centre de formation et des sociétés diverses de la ville de Douala. Cette relative instabilité due à sa soif d’expériences nouvelles la mènera au poste de Directeur administratif du Yaoundé Hilton Hôtel où elle sera nommée après une période de consultance. Loin d’être satisfaite cependant, elle s’arrêtera tout juste pour créer son entreprise. Elle explique : « Quand on sort de l’école, on n’a pas toujours un éventail de choix pour s’intégrer dans le monde du travail. Vous prenez ce que l’on vous propose et plus tard vous évaluez. Lorsque j’ai cessé de travailler en 2016, j’avais toujours travaillé pour des gens et pas pour mon compte personnel. J’ai donc décidé de me mettre à mon propre compte. »

La jeune entreprise qu’elle dirige, Centrale des Affaires, est constituée d’un effectif réduit à deux hommes et deux femmes. Dame Kamgoué nous fera remarquer que sa structure qui applique déjà la parité homme-femme avait un effectif de personnel plus important, huit personnes à son démarrage, lorsqu’elle a signé une convention de collaboration avec la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS). De cette période qui a fait long feu à peine commencée, elle garde d’ailleurs un souvenir ému. « Mon métier m’a mise en contact avec beaucoup de personnels des entreprises et je me suis rendue compte que beaucoup d’entreprises n’affiliaient pas leurs employés à la CNPS. Avec la mise en place de l’assurance volontaire à la CNPS, il y avait donc une opportunité à saisir. J’ai sensibilisé autant que je pouvais des employés d’entreprises privées à souscrire à cette assurance, et ça a très bien marché dès le début. Nous avons géré une effectif de plus de trois cents clients ». Simple malveillance ou folie passagère, un individu calomniera le DG de la CNPS sur les réseaux sociaux, prétendant qu’il utilise l’argent de ces souscriptions pour ses voyages d’agrément à l’étranger. Et ça a été fatal à notre contrat avec la CNPS, du moins jusqu’ici. » Elle soutient que le Directeur Général de la CNPS a beaucoup assaini la gestion de son entreprise et qu’il est dommage que certaines personnes pour des raisons inconnues, s’emploient à en donner une image contraire. Peut-être par ignorance.

LACENA 3

Malgré ce hiatus, ça marche pour la petite entreprise. « Par la grâce de Dieu ! », nous confie-t-elle, très croyante. Même si se plaint-elle, les clients ne paient pas. Pour le moment, les petites rentrées suffisent « à payer les frais de taxi à ses collaborateurs » en attendant des jours meilleurs. D’autres difficultés existent, en matière de gestion de clientèle notamment et parfois tout simplement parce qu’elle est une femme : « En tant que femme, au niveau de la gestion de la clientèle, nous avons une certaine facilité de nouer des contacts... Bien que l’on travaille verbalement, et étant donné que l’administration est écrite et pas verbale, l’on est confronté à un problème de recouvrement. Tout simplement parce que c’est ta parole contre la parole du client. Dès lors qu’il a déjà reçu son travail, certains refusent de payer. Nous avons très peu de chefs d’entreprises qui signent contrats avec nous. Ou bien parce que l’on est une femme… Beaucoup ne comprennent pas encore l’importance de l’assistance d’un bureau d’études et de conseil. Je déplore que l’Etat crée une pléiade d’organismes concernés par la création d’une entreprise mais ces organismes ne sensibilisent pas les jeunes créateurs d’entreprises sur le plan fiscal. C’est un problème surtout pour ces créateurs livrés à eux-mêmes. » D’où ce souhait qu’elle formule « que l’Etat forme mieux les gens devant accompagner les créateurs d’entreprises », avant d’ajouter son grand motif de satisfaction au milieu de cette relative grisaille : « Quand j’évalue notre action auprès de nos clients, je suis heureuse parce qu’ils sont tous contents de nos prestations ».

Pour revenir au thème de la femme, elle ajoute : « Je pense qu’au Cameroun, beaucoup d’efforts ont été faits par les pouvoirs publics pour améliorer la condition générale de la femme, son insertion et sa place même dans la société. Je ne citerai que les cas de la représentation féminine, très importante, au sein du gouvernement et au parlement. »

Pourtant aussi, en ce qui concerne tout particulièrement la Journée Internationale de la Femme, bien qu’elle ne se souvienne pas d’avoir célébré de manière particulière cet événement, elle pense que c’est une bonne chose que le monde entier s’arrête et consacre un jour à la femme, mère de l’humanité, et examine les voies et possibilités nouvelles de son épanouissement. « Ce que je déplore dans cette célébration, c’est que, ajoute-t-elle, ce n’est pas une journée pour délaisser la famille. »

A propos du pagne de la femme qui divise dans certains ménages de condition modeste, elle dit également : « Si ton mari n’a pas d’argent pour acheter le pagne, il ne faut pas en faire un drame ». Ce conseil, elle le donne chaque fois que l’occasion se présente dans son entourage et à défaut de participer à des actions d’envergure durant   Car, estime-t-elle, l’important est avant tout dans la signification même de cette journée.

Jean Bosco SIMGBA.