Cameroun: 12 millions de jeunes âgés de 13 à 15 ans consommeraient du Cannabis

Des jeunes en consommeraient de plus en plus

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Le quotidien gouvernemental Camerounais a mené une enquête édifiante sur la consommation de la drogue en milieu jeune, à cet effet une interview aupres des responsables de la lutte contre le traffic de drogue a été faite.

Anatole Maïna, Coordonnateur du secrétariat technique du Comité interministériel de lutte contre la culture et le trafic du cannabis.

Monsieur le coordonnateur qu’est-ce qui justifie le lancement d’une campagne contre la culture, la commercialisation et la consommation du cannabis et autres substances psycho-actives ?

 Permettez-moi de prime abord de remercier «Cameroon Tribune» pour l’intérêt qu’il porte à cette problématique vitale pour notre société et pour laquelle l’alerte a été lancée il y a près de deux ans par la plus haute autorité de notre pays, an d’engager l’ensemble du gouvernement, sous la coordination du Premier ministre, chef du gouvernement, à prendre des mesures appropriées pour faire face aux conséquences de cette pieuvre dans notre société. Vous aurez donc compris que la dynamique que prend l’ampleur de ce fléau, son taux de prévalence au sein de la composante jeune scolarisée ou non de notre société, et le délitement social qu’il occasionne  sont à l’origine du lancement de cette campagne de sensibilisation  dont la mise en œuvre est par ailleurs prescrite par le plan d’action du comité sous revue pour l’exercice 2017.

Le comité interministériel a-t-il pu établir le bilan des méfaits causés par la culture, la commercialisation et la consommation des drogues au Cameroun ces deux dernières années ?

Une analyse de ses méfaits sous le prisme du triple plan socio-économique, sanitaire et sécuritaire s’impose également. Ainsi, Au plan socio-économique,  il en résulte un effritement du tissu social porté par une franche de notre jeunesse dont la vulnérabilité et la dépendance à ces stupéfiants les exposent à l’accomplissement d’actes qui déstructurent les socles familiaux sur lesquels reposent la stabilité et la cohésion  de la société. Sous ce rapport, il apparaît bien difficile de dissocier la consanguinité qui unit le trac et la consommation des stupéfiants aux autres fléaux sociaux que sont la prostitution, le terrorisme, l’insécurité, les échecs scolaires et l’économie criminelle. A ce sujet justement, il est fortement établi que l’exposition des jeunes au trafic et à la consommation des stupéfiants grève les budgets familiaux de santé, du fait des séjours dans les hôpitaux ou dans les services de répression, et contribuent à gonfler la démographie des inadaptés sociaux dont la prise en charge s’impose à l’Etat, déjà en proie lui-même aux difficultés de trésorerie. Au plan sanitaire, que cette consommation soit épisodique ou chronique, les victimes connaissent une dégradation rapide de leur structure mentale qui influe sur leurs comportements avec comme symptômes majeurs, la paresse, la somnolence, les violences, les troubles de mémoire, l’exposition aux maladies cardio-vasculaires, les affections sexuellement transmissibles et notamment, le VIH SIDA, lorsque ces stupéfiants sont consommés par voie d’injection avec des seringues non aseptisées. Au plan sécuritaire, parce que ne possédant plus leurs moyens, les trafiquants et consommateurs de stupéfiants sont exposés aux actes violents et inexplicables, à la manipulation, à l’instrumentalisation, à la barbarie qui expliquent leur adhésion facile aux groupes de criminels, aux  mouvements insurrectionnels ou sécessionnistes observés dans certaines régions de notre pays  ainsi qu’à la commission d’actes déshumanisants et assassins qui font l’actualité ces derniers temps dans notre pays.

Qui est particulièrement visé par cette campagne ?

 Toute la communauté nationale est concernée par cette problématique, même s’il ressort des statistiques disponibles que les Régions de l’Ouest, du Nord-Ouest et de l’Est sont celles réputées êtres les principaux foyers de production de cannabis, ainsi que celles du Centre, du Sud et du Littoral dans une certaine mesure. Pour ce qui est du trac, il est admis que c’est dans les Régions du Littoral et du Sud-Ouest, par ailleurs réputées zones de transit, que se sont fait enregistrer les tracs les plus importants  de cannabis et autres stupéfiants. En ce qui concerne la consommation, même s’il est peut être démontré que les jeunes des plus grandes agglomérations sont principalement exposés, il faut souligner à grand trait que toute la jeunesse camerounaise est la cible de cette campagne de sensibilisation, puisque les statistiques disponibles et puisées à la source du Ministère de la Santé Publique sont suffisamment évocatrices à ce sujet. Celles-ci indiquent que 60% de jeunes, indépendamment de leurs lieux de résidence, de 20 à 25 ans, ont consommé la drogue, qu’elle soit licite (alcool, tabac etc) ou illicite (cannabis, tramadol non autorisé, Diazepam, benzodiapines, cocaïne etc), tandis que 12 000 000 jeunes scolarisés, âgés de 13 à 15 ans notamment, consomment du cannabis, qui, il faut le souligner, est la drogue dure la plus consommée par la jeunesse, devant le tramol ou tramadol non autorisé. Les saisies répétées des stupéfiants en milieu scolaire ces derniers mois ont décidé les pouvoirs publics à saisir le prétexte de la fête de la jeunesse qui s’annonce pour conscientiser toute la communauté éducative, y compris les parents, ainsi que la jeunesse extra-scolaire, sur les effets ravageurs de la culture, du trac et de la consommation du cannabis et autres stupéfiants.

Est-il possible de combattre efficacement la culture, la commercialisation et la consommation des drogues quand on sait que certains citoyens en vivent et quand on sait également qu’il existe de nombreuses complicités dans ce domaine ?

En même temps que la promotion des activités alternatives auxquelles je faisais allusion tantôt permettra d’occuper utilement nos jeune, elles permettront à ceux qui tirent des revenus de la culture ou du trac du cannabis et autres stupéfiants, de trouver dans ces programmes alternatifs, des sources d’une recherche licite de revenus, ce d’autant plus qu’en matière agricole, pour ne prendre que cet exemple, il a été établi que les pommes de terres, le gombo, le haricot, le piment, l’oignon et la pastèque sont des spéculations à forte valeur marchande autant que le cannabis qui ont des cycles de production aussi courts que lui et peuvent pour certaines d’entre elles pousser sur des sols pauvres comme le cannabis. Evidemment qu’une nébuleuse entoure les dénonciations autour de la  culture du cannabis et le silence complice observé autour de cette activité rend ardue la lutte contre ce fléau, mais nous gardons espoir d’y venir à bout, car en sus des mesures incitatives qui invitent à la migration vers des activités licites susvisées, il est mis en réflexion au sein du Gouvernement, la possibilité d’offrir des primes à la dénonciation et à la capture à tous ceux qui auront contribué à la mise hors d’état de nuire de toute personne se livrant à la culture, au trac et la consommation du cannabis et autres stupéfiants. Nous espérons ainsi s’attaquer au mal par la racine, en raréfiant l’offre de cannabis dont ses constituants, cinq cent (500) au total, sont à la base de la fabrication d’autres drogues. Bien entendu, le Gouvernement finalise parallèlement en ce moment, une réflexion visant à durcir la législation sur la répression des activités de culture, de trafic et de consommation des stupéfiants, ainsi que sur les modalités de destruction des drogues saisies. 

Quel message adressez-vous aux jeunes qui constituent la principale cible de campagne ?

 Il est important que les jeunes, qui s’apprêtent à célébrer la 52e édition de la fête de la jeunesse le 11 février prochain, se révoltent  contre la corruption de leur mentalité à travers la consommation des stupéfiants, car ils en sont les principales victimes et, se faisant compromettent leur avenir. Au nom du chef du gouvernement, Je les invite donc non seulement à tourner le dos au trac et à la consommation des stupéfiants, mais aussi, à dénoncer auprès de leurs parents ou de leurs encadreurs, leurs camarades et amis trouvés en situation de trac ou de consommation de ces substances nocives pour leur santé. La vigilance des parents, à l’égard de leurs progénitures, est également fortement interpellée ici, an qu’ils surveillent étroitement leurs fréquentations et repèrent précocement des comportements suspects leur permettant de prendre des mesures idoines en vue de les prémunir contre ses effets pervers.