Cameroun/Crise anglophone : Paul Biya déterre la hache de guerre

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Silencieux depuis l’éclatement de la crise anglophone dans son pays le Cameroun, le président Paul Biya, de retour d’Abidjan où il a participé aux travaux du 5ème sommet Union Européenne-Afrique, s’est exprimé sur la question à Yaoundé, après  de six nouveaux assassinats militaires et policiers…

Le président de la République du Cameroun, Paul Biya, a participé au Sommet UA/UE, tenu à Abidjan les 29 et 30 novembre 2017. C’était la 5ème rencontre du genre, dans les rapports diplomatiques au plus haut niveau entre l’Afrique et l’Europe.

 De retour d’Abidjan, le Chef de l’Etat camerounais, à sa descente d’avion à l’aéroport de Yaoundé Nsimalen, a fait la déclaration suivante :

« J’ai appris avec émotion l’assassinat de 04 militaires et 02 policiers dans le Sud-ouest de notre pays. Suite à la disparition de ces 6 valeureux militaires et policiers, je voudrais présenter mes condoléances aux familles éprouvées ainsi qu’à nos vaillantes forces de défense et de sécurité. Je pense que les choses sont parfaitement désormais claires pour tout le monde. Le Cameroun est victime des attaques à répétition, d’une bande de terroristes se réclamant d’un mouvement sécessionnistes. Face à ces actes d’agression, je tiens à rassurer le peuple camerounais que toutes les mesures sont prises pour mettre hors d’état de nuire ces criminels et faire en sorte que la paix et la sécurité soient sauvegardées sur toute l’étendue du territoire national ».

La sortie du président Paul Biya a tout simplement contribué à accroitre les inquiétudes, quant à la gestion de la crise anglophone, cette sombre affaire qui perturbe le pays et ne semble pas avoir livré tous ses secrets. À croire que le malaise est entretenu.

Cacophonie

         Et comme il fallait s’y attendre, la déclaration de Paul Biya a suscité moult réactions, pour la plupart discordantes. Nombreux sont en effet des camerounais qui ont dit « enfin le Président Biya parle de la crise anglophone » ou, comme on a pu lire à la UNE d’un journal de la place, « le Président Biya rassure ». Nombreux sont aussi ceux qui prennent le contre-pied de cette manière de voir, à l’instar de ces compatriotes anglophones avec qui nous avons échangé. Certains ont trouvé la déclaration trop distante et ont argumenté : « Pourquoi n’a-t-il pas prononcé les noms de ces 6 valeureux militaires et policiers  assassinés »? A la place de : « je tiens à rassurer le peuple camerounais », beaucoup aurait souhaité entendre : je tiens à vous rassurer chers compatriotes.

Nous vous faisons grâce d’une foule d’autres petits détails qui, à leurs yeux auraient été importants, auraient flatté leur égo et certainement, les auraient davantage apaisés. À moins de nous faire croire également que le pouvoir ne recherche pas l’apaisement, ce qui serait grave.

On le percevait déjà à travers les prises de positions des membres du gouvernement à propos de cette crise depuis son éclatement. La sortie de Paul Biya à Yaoundé Nsimalen est venue conforter certaines analyses dans la raide posture d’un pouvoir sourd, fermé à toute négociation, qui entend faire la guerre aux sécessionnistes, engagés sur le chemin de la violence. La déclaration de Biya était une véritable déclaration de guerre ! Mais est-ce la solution ? À notre avis, non !

Comment ne donc pas penser, dans ces conditions, que les va-t-en guerre sont entrain de prendre le dessus sur les modérés dans la gestion de cette crise ?

Car, il est désormais clair que la gestion de cette crise est conduite de manière inexperte. La cacophonie observée dans les réactions au message de Paul Biya, décrirait ou mieux, serait la conséquence de la faiblesse de la communication stratégique dans la gestion de cette crise ou la question de fond reste à éluder à savoir la gouvernance locale. Tant il est vrai que l’opinion camerounaise tout entière attend, à défaut du débat sur la forme de l’Etat, la mise en œuvre effective d’une décentralisation intégrale, telle que prévue par la constitution de 1996.

                                                              

Joseph Marie ELOUNDOU