Cameroun: 17 Millions pour corrompre, reçus par le journaliste Chantal Roger TUILE. Pourquoi la CONAC et le CNC ne font rien. Joseph Marie ELOUNDOU dénonce l'inertie

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Lettre ouverte à Messieurs les Présidents de la CONAC et du CNC

Messieurs les Présidents

Vous êtes tous les deux, responsables des questions d’éthique au Cameroun.

La CONAC, « Commission Nationale Anti corruption, est un organisme public indépendant, chargé de contribuer à la lutte contre la corruption au Cameroun », placée sous l’autorité du Président de la République.

 Le CNC, le Conseil National de la Communication est quant à lui, le gendarme chargé de l’éthique et de la déontologie en matière de communication sociale.

Le CONALI, Comité National de Lutte contre l’Inertie est une organisation de la Société Civile camerounaise, qui suit avec minutie et froideur, les questions de gouvernance dans notre pays et le comportement général de ce qui est communément appelé l’élite aux affaires.

Les maux dont souffre le pays

Depuis des années, 14 ans exactement, nous dénonçons les détournements de deniers publics et les malversations de tous genres perpétrés contre de la fortune publique. Fruit du travail collectif.

Le Cameroun en réalité souffre à fois de son archaïsme, son mutisme, son mimétisme, la vassalisation culturelle de son élite gouvernante et de la corruption.

ARCHAÏSME au niveau des mentalités d’une bureaucratie omniprésente, autoritaire, condescendante, mais peu efficace. Bureaucratie qui a besoin d’un aggiornamento, pour asseoir sa modernisation et assurer la cohérence fonctionnelle du pays.

SON MUTISME. Nous sommes face à un leadership peu disert, à la limite craintif de ses propres idées. Enfermé dans une sorte de tyrannie de l’incompétence, enclin à la violence (verbale et physique) lorsqu’il faut régler les problèmes fondamentaux auxquels le pays fait face et qui nécessitent des décisions urgentes puisées dans les textes qui réglementent le pays.

MIMÉTISME ET VASSALISATION CULTURELLE. Un leadership incapable de respecter ses engagements qui sont pourtant des obligations constitutionnelles. Ce même leadership plus grave, est complètement déconnecté de sa cosmogonie, recevant des ordres de grands maîtres de divers ordres qui leur dictent la conduite à tenir au quotidien à travers des monographies et une cosmographie venues d’ailleurs.

LA CORRUPTION. Enfin, un leadership qui a banalisé la corruption, tellement elle semble faire partie de son vécu quotidien. Sinon comment comprendre qu’au des actes heurtant violemment l’éthique, transgressant allègrement toute orthodoxie, s’installent au vue et au su de tous, faisant le pied de nez aux institutions, pourtant  chargées de les réprimer. Cette indifférence s’apparente à de la complicité passive.

Je me dois d’abord de saluer le grand travail que vous abattez dans vos domaines respectifs, dans un environnement sociopolitique aussi complexe. Un tel environnement requiert une grande intégrité personnelle, une témérité sans faille, un sens du discernement à toute épreuve vous permettant chaque fois d’avoir le recul nécessaire, une parfaite connaissance des sujets d’éthique et de déontologie, une appropriation des textes réglementaires afin que leur application soit votre leitmotiv et votre bouclier. Je reconnais que ce n’est pas facile.

Venons-en aux médias et à la question spécifique de la corruption des journalistes.

 Dimanche 12 novembre dans une des  émissions désormais célèbres et très courue de la chaîne Canal 2 International, dénommée l’Arène, un journaliste, en l’occurrence un certain Chantal Roger Tuile, reconnaît avoir reçu en une semaine, des pots de vins d’une valeur de 17 de nos millions de francs.

 Cet argent lui a été remis d’une part, par une certaine Nathalie Koah -bien connue pour un scandale de moeurs retentissant impliquant jusqu’aux personnalités à des niveaux très élevés de la République -soit 5 millions de FCFA,  à travers son Conseil, avec pour mission pour le journaliste, de faire connaître au grand public, en sa faveur, le problème qui l’oppose à Eto’o Fils, footballeur camerounais de renommée mondiale. La télévision choisie pour cette mission commandée est Canal 2 International  dans son programme dominical également très courue dénommée Canal  Presse. Mission commandée bien accomplie.

 La semaine qui suit, le même journaliste reconnaît avoir reçu de l’argent d’ Eto’o Fils, pour le même boulot. La même télévision  lui ouvre le même espace et toute honte bue, le même journaliste ira à l’encontre de tout ce qu’il a dit auparavant, sous le regard médusé des téléspectateurs qui n’en croyaient pas leurs oreilles.

Ce qui est plus grave c’est que le même journaliste avec l’aisance qu’on lui connaît, affirme au cours de l’émission l’Arène, avoir distribué cet argent à des confrères des autres médias.

Pourquoi n’y a-t-il aucune réaction de la part des institutions chargée de réprimer la corruption dans notre pays, alors que les populations, notamment dans les réseaux sociaux sont au comble de l’indignation ? Pourquoi tant de complaisance et de laxisme ?

Quels sont les journalistes qui ont reçu de l’argent de ce confrère ? Pourquoi la même télévision ? Pourquoi avoir ouvert les mêmes espaces des dimanches à la queue-eu-leu ? Pourquoi avoir traité le même sujet ? Etait-ce un droit de réponse ? Si oui peut-on en produire la demande ? Pourquoi autant d’argent ?

Autant de questions qui méritent des réponses appropriées.

Afin de redorer le blason de notre presse, et contribuer à l’assainissement de l’espace communicationnel en particulier et l’espace publique en général,  il est plus qu’urgent qu’une enquête soit ouverte y compris sur le plan pénal, afin de déterminer les responsabilités et de neutraliser l’opprobre qui se répand  sur notre corps de métier.

Joseph Marie Eloundou