Cause/Naître En Rose, pour la santé et le bien-être infanto-maternel

Santé moderne
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Linda TAKOU, présidente de Naître En Rose présente son association.

Elle milite pour le bien-être et la santé et vient en aide à la mère et à l’enfant. Yapee l'a rencontré pour vous.

 Yapee: Bonjour Linda TAKOU et Merci de nous recevoir pour cette interview. Vous êtes la présidente de  Naître en Rose. Pouvez-vous nous en dire plus? Qu'est ce que c'est Naître en Rose ? Une formation politique? Une formation religieuse? Une philosophie?

Linda TAKOU: Bonjour. Je vous remercie de me recevoir. Naître en rose (NER) est une mobilisation et un engagement de plusieurs acteurs pour l’amélioration de la santé et du bien-être infanto-maternel. Cet engagement se manifeste par une volonté d’offrir un meilleur accompagnement des femmes enceintes au cours de leur maternité ; par un renforcement des compétences des professionnels de santé; et par un meilleur aménagement des lieux et des conditions de travail dans les établissements sanitaires. NER n’est ni une formation politique, ni une formation religieuse. Une philosophie ? Peut-être. Si c’est le cas, la philosophie NER serait de redonner à l’accouchement la joie, la beauté, le caractère intime et affectif qui fait de cette expérience un moment unique et privilégié dans la vie d’un être humain.

Yapee: Comment vous est venue cette idée originale ? Pourquoi naître en rose?

Linda TAKOU: J’ai eu l’idée  de NER durant de mes études supérieures de sage-femme et de sexologue à Sfax, une ville située au Sud-Est de la Tunisie. Je me suis rendue compte au cours de  stages hospitaliers que les femmes enceintes qui arrivaient en salle de travail étaient peu ou pas du tout préparées à l’accouchement, que ce soit physiquement ou psychologiquement. D’autre part, j’avais constaté que les professionnels de santé ne disposaient pas toujours de compétences nécessaires pour faciliter la préparation et le moment de l’accouchement.

Yapee: Vous voulez dire que les Personnels de Santé pourtant formés n'ont pas les compétences pour aider de manière efficiente les femmes à accoucher?

Linda TAKOU: En effet, j’avais pu observer que dans la prise en charge maternelle et infantile, l’accent était principalement mis sur la compétence technique et médicale des professionnels de santé à pouvoir diagnostiquer et traiter des pathologies ; au détriment d’une prise en charge globale qui inclurait une préparation et un accompagnement. Pourtant, cette préparation physique et psychologique en amont  de la naissance et ce suivi psycho-socio-affectif en aval a toute sa place. Elle devrait faire partie intégrante de la prise en charge maternelle et infantile que proposent les professionnels de santé. C’est ainsi que j’ai pensé à un projet qui répondrait à ces besoins-là.

 Yapee: Si nous avons bien compris c'est en Tunisie qu'est né votre projet. Quelles à votre avis les besoins de la société tunisienne auxquels NER pourrait répondre?

Linda TAKOU: NER en Tunisie répond en réalité à deux besoins qui à mes yeux sont très importants. le premier est le celui qu’ont les femmes enceintes d’être mieux accompagnées au cours de la maternité. Ceci leur permettra  de mieux préparer leur accouchement, de mieux vivre leur grossesse, d’être prête à accueillir leur nouveau-né en famille et de continuer par la suite une vie épanouie de mère et de femme. D’autre part, NER répond au besoin insistant des professionnels de santé, notamment les sages-femmes, d’être mieux formées à accompagner ces femmes, et de travailler dans de meilleures conditions. Ceci leur permettra d’améliorer leurs pratiques obstétricales, d’élargir leur champ de  compétences et de faire valoir le statut de leur profession. Au niveau de l’état, notre projet NER a une importance significative, car en plus de favoriser un mieux-être en société, il répond aussi à la demande des autorités sanitaires de voir les indicateurs de santé maternelle et infantile améliorés. Ces indicateurs concernent notamment la hausse du suivi prénatal, la réduction des complications maternelles et infantiles liées à l’accouchement, et l’amélioration des taux de mortalité maternelle et infantile.

Yapee: Quelles sont vos actions concrètes sur le terrain ?

Linda TAKOU: Sur le terrain, nous avons commencé en Tunisie par un projet pilote dans la ville de Sfax, lequel  a duré 6 mois, entre Mars et Septembre 2014. Durant cette phase, nous avons organisé deux (2)  sessions de formation aux techniques de préparation à l’accouchement (PAA) pour les sages-femmes tunisiennes. Ces sessions de formation ont été dispensées par une sage-femme française volontaire, spécialiste de la préparation pré et post natale. Nous avons pu ainsi former 30 sages-femmes professionnelles aux premières techniques de préparation physique et psychologique de l'accouchement. Bien que cette formation soit la base et mérite encore d’être approfondie, cela a permis aux sages-femmes d’améliorer leur compétence et d’accompagner bénévolement des femmes enceintes.

Nous avons aménagé les deux (2) premières unités de PAA de la ville de Sfax, au sein de deux établissements de soins, dont une  principale et opérationnelle jusqu'à ce jour à la maternité du CHU Hédi Chaker de Sfax et une autre en complément dans le centre de santé de base de Chahia en périphérie de Sfax. Dans ces unités, nous  avons dispensé bénévolement plus de 250 séances PAA à près de 1000 femmes enceintes que nous avons accueillies et préparées à l’accouchement. Ces dernières sont ravies d'avoir eu cette préparation en amont qui leur a permis de mieux appréhendées le jour de l'accouchement et de mieux accueillir leur nouveau-né. Près de 500 nouveau-nés sont ainsi nés d'une mère ayant bénéficié d’au moins une préparation à l’accouchement. Egalement, nos unités de PAA ont permis à 20 étudiantes sages-femmes en 2ème et 3ème année d’effectuer un stage d’une à trois semaines au cours de l’année scolaire 2014-2015.

Yapee: Pensez-vous qu'il y a réel besoin d'accompagner les femmes à l'accouchement dans le reste des pays africain, comme en Tunisie?

Linda TAKOU: Oui, je pense qu’il y a un  réel besoin d’accompagner les femmes à l’accouchement, non seulement pour favoriser un réel bien-être maternel et fœtal ; mais également pour éviter les complications physiques et psychologiques secondaires à un accouchement qui ne s’est pas bien passé. La femme est au centre de la cellule familiale. Son absence ou son invalidité est une grande menace pour le devenir de la famille. C’est pour cela qu’il est capital de l’encadrer dans ce moment précieux où elle donne la vie, afin que tout se passe au mieux et qu’elle continue après sa vie de femme, de mère et d’épouse. En Afrique en général, particulièrement en Afrique sub-saharienne, d’énormes progrès doivent encore être réalisés en termes d’accès aux soins de santé pour la mère et l’enfant, tant que le plan technique et médical que sur le plan d’accompagnement psychologique, social et affectif. Les taux de mortalité maternelle restent parmi les plus élevées du monde, avec une moyenne de 510 décès maternels pour 100000 naissances vivantes. Les morbidités maternelles sont multiples, et restent parfois non diagnostiquées. Je pense donc que NER a toute sa place dans ce vaste chantier sanitaire que constitue l’Afrique.

Yapee: Avez –vous obtenu un soutien d'autorités publiques, politiques, diplomatiques, ou même universitaires pour le montage de votre projet?

Linda TAKOU: Nous avons reçu le soutien d’une ONG française, Développement Sans Frontières, qui a accompagné le portage institutionnel du projet, la recherche de financement, le montage, la réalisation et le reporting du projet. Nous avons également travaillé en  partenariat avec l’association des sages-femmes du Sud, laquelle nous a fourni des sages-femmes motivées et bénévoles qui ont été formées dans le cadre du projet. Ce sont elles qui continuent à assurer des séances de préparation à l’accouchement jusqu’à ce jour.

Au niveau financier, notre projet a été lauréat  en 2013 du forum jeunesse méditerranéen de la société civile en Tunisie. C’est cela qui nous a permis d’avoir des financements de l’Institut Français en Tunisie, pour la réalisation des différentes activités de notre projet NER. Nous avons pu compter sur des aides ponctuelles des laboratoires pharmaceutiques lors de nos cérémonies de promotion du projet. 

Nous avons également pu compter sur le soutien des autorités publiques tunisiennes, notamment la maternité du CHU HCS qui nous a mis à disposition une salle pour l’installation de la première unité de préparation à l’accouchement ; l’Office Nationale de la Famille et de la Population de Sfax qui a mis à notre disposition ses locaux le temps de la réalisation du projet ; la Direction Régionale de la santé de Sfax qui nous a fourni du mobilier pour notre bureau et une salle pour l’installation d’une deuxième unité de préparation à l’accouchement. Au niveau universitaire, l’Ecole de formation des sages-femmes de Sfax dans laquelle j’ai fait mes études nous a également soutenus, en mettant à disposition les enseignantes sages-femmes pour la formation en à la PAA. Enfin, nous avons surtout pu compter sur des jeunes engagés et motivés de la société civile tunisienne, lesquels ont mis leurs forces en commun pour l’aménagement des unités de PAA et la communication sur le projet.

 Yapee: Aujourd’hui comment se finance votre Association ?

Linda TAKOU: NER  se finance jusque-là par des subventions venant d'appels à projets auxquels nous répondons. Nous avons déjà été financés par la mairie de Paris, l’université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, l’université Paris 3 Sorbonne Nouvelle et par l’IAE de Paris. Nous comptons nous financer par les dons des particuliers qui sont touchés par notre projet, mais aussi par des événements de levées de fonds que nous organiserons pour faire connaitre nos actions en Tunisie. Nous avons par exemple organisé en Juin 2015 le Concert en Rose à Paris avec la chorale le Chœur Angélique de Paris, et nous avons été honorés par la présence de  l’artiste camerounaise Charlotte Dipanda qui est venue pour nous encourager.

Yapee: Quels conseils  donneriez-vous aux jeunes qui souhaitent se lancer dans la création de projet comme le vôtre?

Linda TAKOU: Le conseil que je peux donner aux jeunes est le suivant : Osez rêver et travaillez pour briller. Sachez qu’il y a toujours quelque chose à faire partout où l’on se trouve. La volonté et la motivation sont les bases pour entreprendre. Ensuite, on a toujours besoin d’être soutenus et accompagnés par des gens qui croient en nous, qui croient notre projet et qui seront là même dans les moments de difficultés. Fuyez donc ceux qui vous tirent vers le bas et qui ne sont là uniquement que pour vous persuader d’abandonner. Sachez que lorsqu’on on a la volonté et du soutien,  on peut toujours se rendre utile et on peut avoir un impact positif dans notre société. Ceci est valable, quel que soit notre âge, notre sexe, notre origine ou encore notre profession. 

Yapee: Alors « Naître en rose » bientôt au Cameroun ?

Linda TAKOU: NAITRE EN ROSE ira partout où il y aura des personnes motivées et compétentes pour l’y conduire. Au Cameroun : pourquoi pas ?... Mais aussi dans le reste des pays africains et ailleurs, bref partout où le besoin et la demande seront exprimés.  L’essentiel à NAITRE EN ROSE est qu’ensemble nous vivions cette aventure humaine extraordinaire et qu’on contribue à améliorer la santé et le bien-être des femmes et des enfants.

 Yapee: Merci de nous avoir reçus.

Linda TAKOU: C'est moi qui vous remercie au nom de Naître en Rose de mettre en avant notre action.

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