Fin du sommet de l'Union africaine: satisfaction pour les uns, doutes pour les autres

Le monde
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Pour les chefs d'État africains, c'est aussi le sommet de l'émancipation de la tutelle étrangère et de la prise en main de leur destin.

« La jeunesse constitue aujourd’hui 70% de la population africaine. Investir dans cette jeunesse, c’est tout d’abord la rassurer de notre détermination à lui ménager un avenir acceptable, c’est la convaincre que l’Afrique est, et demeurera, son socle et sa mamelle nourricière ». C’est par ces termes que le président de l’Union africaine, Alpha Condé, a ouvert le 29ème sommet de l’organisation panafricaine, lundi 3 juillet 2017.

Consacré au thème de la jeunesse, ce sommet était aussi celui de la conquête d’une « nouvelle crédibilité » pour l’organisation. Dans un discours ferme et tourné vers l’avenir, le président de la Commission africaine, Moussa Faki, espère que l’année 2018 sera « l’année d’un relèvement de l’Union, de son autonomie financière et d’une nouvelle renaissance pour elle »

Il a demandé aux chefs d’État africains de rester fixés sur l’objectif de faire taire les armes d’ici 2020 et de parler d’une seule voix. « Plusieurs événements ont démontré que, chaque fois que nous avons gardé notre unité, nous avons remporté des victoires éclatantes. Le dernier exemple est celui des élections du DG de l’Organisation Mondiale de la Santé», a-t-il déclaré.

L’Afrique a décidé de prendre son destin en main. Elle veut arrêter de prendre des décisions qui ne s’appliquent pas. « Ces décisions qui s’entassent et qui, pour la plupart, finissent ensevelies dans les tiroirs », comme l’explique Moussa Faki. JEUNE AFRIQUE

Que retenir du 29ème sommet de l'UA qui s'est achevé mardi 4 juillet à Addis-Abeba ? Que certains chefs d'Etats en sont repartis inquiets et d'autres au contraire plutôt satisfaits...

Parmi les chefs d’Etat inquiets il y a le Djiboutien Ismaïl Omar Guelleh. Depuis que les troupes du Qatar se sont retirées de la zone tampon avec l’Erythrée il réclame une démarcation de la frontière Djibouti-Erythrée. L’Union africaine est prête à le faire et son Commissaire Paix et Sécurité, l’Algérien Ismaël Chergui va tenter une méditation, mais pour l’instant l’Erythrée ne semble pas très ouverte au dialogue.

La commission va envoyer une équipe pour vérifier les informations, explique le président à nos envoyés spéciaux, « nous avons demandé à ce que l’Union africaine s’occupe de la démarcation et de la délimitation de la frontière – de cette partie de la frontière – qui pose problème».

Dans le conflit concernant le Qatar, « Nous avons révisé à la baisse (nos) relations, mais en espérant pouvoir voir un règlement amical et définitif entre nos frères », poursuit le président djiboutien.

Une résolution contre les sanctions unilatérales: la RDC se réjouit

Parmi les chefs d’Etat satisfaits, au contraire, il y a le congolais Joseph Kabila qui a obtenu de la part de ses homologues africains une résolution qui dénonce les sanctions unilatérales et injustes. Sous-entendu les sanctions individuelles que les Etats-Unis et l’Union européenne viennent infliger à une vingtaine de personnalités du Congo Kinshasa.

« Nous avions soulevé cette question ici auprès de l’Union africaine, explique à RFI Leonard She Okitundu, ministre des Affaires étrangères de RDC. Et contre toute attente notre demande a été accueillie favorablement et la conférence a condamné vertement cette pratique des sanctions et a demandé aux organisations régionales qui les prennent de les retirer.

Ça préfigure aussi le débat que nous aurons au sommet Union européenne - Union africaine qui va se tenir en novembre à Abidjan. Donc ce sera une belle tribune pour qu’on remette en question cette pratique unilatérale ».

Des sanctions individuelles prises en raison de graves atteintes aux droits de l’Homme dans votre pays. Est-ce qu’elles n’existent pas de fait ?

« Mais ce sont des sanctions qui sont prises tout à fait de manière arbitraire, qui ne sont fondées sur aucune réalité juridique, poursuit le chef de la diplomatie congolaise. Nous ne nions pas qu’il y ait eu des problèmes, particulièrement au Kasaï. Personne ne le nie. Mais de là à établir des responsabilités sans donner la possibilité aux personnes visées de pouvoir s’expliquer, de pouvoir se défendre, là il y a un problème par rapport à certaines valeurs cardinales en matière de respect de l’Etat de droit et de la démocratie ».RFI