LUTTE CONTRE LA CORRUPTION : DEJA DEUX ANCIENS MINISTRES DANS LA NASSE

Le monde
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L’opération de main propre lancée par les autorités Gabonaises en ce début d’année a permis de mettre la main sur deux anciens ministres Magloire Ngambia et Étienne Ngoubou.

C'est une chute brutale pour Etienne Dieudonné Ngoubou. A peine avait-il organisé la passation de pouvoir avec son successeur que des enquêteurs débarquaient pour perquisitionner les locaux du ministère, son bureau, et saisir des documents. L'ancien ministre du Pétrole a été placé en détention le 12 janvier 2017 pour dé- tournement de fonds présumé, alors qu'une opération anti-corruption sans précédent est conduite dans le pays d’Ali Bongo. Selon le procureur de la République, Étienne Dieudonné Ngoubou, en poste depuis février 2012 est soupçonné de «détournement des deniers publics». D’après plusieurs journaux paraissant à Libreville, l’ex-ministre avait été entendu la veille à la Direction générale des recherches (DGR) dans le cadre d’une enquête sur la gestion de l’argent public destiné aux travaux hydrauliques. Ainsi, Étienne Ngoubou serait poursuivi pour malversations financières dans ce projet. À ce sujet, de nombreuses sources évoquent des entourloupettes financières autour du bras de fer ayant opposé l’Etat gabonais à Addax Petroleum, filiale du géant chinois Sinopec, entre 2012 et 2013. L’Etat gabonais, à travers sa société nationale, Gabon oil company, avait en effet réquisitionné en décembre 2012, gendarmes à l’appui, le permis Obangué exploité par la compagnie pétrolière et y avait opéré un bon moment avant qu’un gentleman’s agreement ne soit trouvé. Mais, en arrière-boutique, qu’est-ce que cela aura coûté au pays et qu’est-ce qui aura été empoché au passage ? D’autres soutiennent que les tribulations d’Étienne Ngoubou ont un lien avec le projet de construction du barrage hydroélectrique FE 2 (Mitzic) et de celui de la Ngounié sur les chutes de l´Impératrice Eugénie, par la Compagnie de développement des énergies renouvelables (Coder Gabon). L’on se souvient en effet que malgré le refus du président gabonais, cette société avait été sommée par Étienne Ngoubou, qui y avait fait débarquer des gendarmes, de quitter les chantiers du fait de l’arrêt sans cesse des travaux. L’entreprise pour sa part se plaignait du non-décaissement des fonds par la partie gabonaise. 700 milliards de Fcfa devraient être versés à cette

entreprise en cas de résiliation, par l´Etat gabonais, du contrat les liant. Et l’on se souvient que pour aider le Gabon à réaliser ce projet, la Banque africaine de développement (Bad) avait accordé au Gabon un prêt senior de 57,5 millions d´euros en juillet 2012. Le projet n’est jamais arrivé à terme. Selon son avocat, on lui reprocherait des montages financiers et des malversations. Me Anges Kevin Nzigou s'étonne au passage de la rapidité de la procédure. « Pour inculper quelqu'un il faut rassembler des éléments suffisants. Or tout s'est fait en quelques jours à peine », s'interroge l'avocat qui dé- nonce aussi une procédure illégale. Selon lui, la Constitution prévoit que les ministres aient leur responsabilité pénale engagée devant la Haute Cour de justice pour des fautes commises pendant leur mandat. Pour Me Nzigou, ce sont donc des membres dépendants de cette juridiction d'exception qui doivent enquêter et non pas un juge d'instruction classique. C’est la deuxième fois, en quelques jours, qu’un ex-ministre envoyé en détention. L’ancien ministre de la promotion des investissements des travaux publics et de l’aménagement du territoire et conseiller du président, Magloire Ngambia, a ainsi été placé sous mandat de dépôt dans une prison de Libreville le 10 janvier 2017. Ce dernier a été inculpé pour détournement présumé de fonds publics. D’après le site d’information Gabonreview, il aurait détourné 500 milliards de FCFA. La presse gabonaise a également fait état en début de semaine de l’incarcération de Blaise Wada, un ancien responsable de projets hydrauliques sur Libreville. Plusieurs ex-hauts responsables de la Poste ont par ailleurs été placés en garde à vue dans une enquête sur la gestion de cette entreprise publique en grande difficulté. Cette opération anti-corruption sans précédent est intervenue alors que le Gabon s’apprêtait à accueillir la Coupe d’Afrique des Nations de football (CAN-2017) dans un climat politique et économique tendu.