Cameroun/Nos opposants complices du pouvoir?

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Le Cameroun affiche un bilan politique unique depuis l’indépendance.

C’est l’un des rares pays en Afrique qui n’a connu que 2 chefs d’Etat en cinquante ans. Cette situation politique a tendance à provoquer le désintérêt du peuple pour les affaires politiques.

"Ne dure pas au pouvoir qui veut, mais dure au pouvoir qui peut"...              

Le Cameroun affiche un bilan politique unique depuis l’indépendance. C’est l’un des rares pays en Afrique qui n’a connu que 2 chefs d’Etat en cinquante ans. Cette situation politique a tendance à provoquer le désintérêt du peuple pour les affaires politiques. Désintérêt qui se traduit généralement par un taux de participation souvent très faible aux élections. Souvenons-nous qu’en 2011 ce taux oscillait autour de 13%, soit environ 3 millions d’électeurs sur une population de 22 millions d'habitants au moins. Pourquoi ce désintérêt prédomine-t-il chez les Camerounais ? La classe politique camerounaise a-t-elle sa part de responsabilité dans cette situation?

Durant la récente mais lointaine visite du président français au Cameroun, l’on ne saurait oublier la célèbre réplique du président BIYA: "Ne dure pas au pouvoir qui veut, mais dure au pouvoir qui peut". Ladite réplique avait été fortement appréciée, car elle avait perçue comme une manière d'affirmer l’affranchissement véritable de notre pays du fait de ses particularismes vis-à-vis de l’universalisme politique prôné par l’Occident. Une question nous vient à l'esprit: quelle a été la réaction de l'opposition? Pourquoi ne réagit-elle pas? Est-ce parce qu'elle n'en voit pas l'intérêt? Nous ne le saurons probablement qu'au moment des prochaines élections. En effet, force est de constater qu'au Cameroun, être opposant est une fonction. Et la question de la longévité à cette fonction est suscite des tensions au sein du peuple camerounais dans la mesure où il ne perçoit aucune volonté de changement chez ces derniers. Cependant il faut noter que l'opposition n'est la seule à blâmer...

Un paysage politique quelque peu figé

Depuis le retour de la pluralité politique au Cameroun, 260 partis politiques ont été créés, mais ne siègent à l’Assemblée Nationale que 7 formations politiques. Aucun de ces partis n’a connu de changement depuis les années 90: le RDPC (Rassemblement du Démocratique du Peuple Camerounais) est toujours présidé par SE Paul BIYA, le SDF est toujours présidé par John FRU NDI, l’UNDP par BELLO BOUBA, l'UDC par NDAM NJOYA. Seule l'UPC aura connu un changement du fait de la mort de son leader charismatique Augustin Fréderic KODOCK (qui est d'ailleurs mort au « pouvoir). Enfin, le MDR a toujours à sa tête M.DAKOLE DAÏSSALA.

Pourquoi veulent-ils tant rester maîtres de leurs partis politiques? L’on pourrait croire que la notion d’ « opposant historique » souvent entendu en Afrique, cadre particulièrement avec le jeu politique camerounais. Le peuple est à côté et attend comme ces jeunes que l’on retrouve souvent assis sur les bancs de nos quartiers et qui déplorent le chômage, mais prônent l’inaction par leur attitude.

L’alternance tant réclamée ne saurait se faire uniquement à la tête de l’Etat. En effet, elle devrait peut-être aussi être mise en place au sein du paysage politique. En d'autres termes, les partis politiques devraient être plus dynamiques, ce qui aurait peut-être une répercussion positive sur le peuple...

Tous complices?

Les hommes politiques actuels semblent ne pas faire confiance à la nouvelle génération. Manque de confiance qui prend peut-être sa source dans des croyances et habitudes culturelles locales: on aurait peut-être plus tendance à confier des responsabilités à une personne d'un certain âge en raison de son âge certes, mais aussi et surtout du fait de son expérience. Seulement, au vu du contexte actuel peut-on encore continuer à ne s'appuyer que sur de telles pratiques/croyances?. En effet, jusqu'ici, force est de constater que le paysage politique actuel est très  peu dynamique. 

Les noms sont les mêmes depuis 1990 (John FRU NDI, NDAM NJOYA, BELLO BOUBA, DAKOLE DAISSALA, GARGA HAMAN HADJI ou encore un certain Jean Jacques EKINDI) pour ne citer ceux qui ont exercé une fonction politique, sans oublier les dissidents qui eux aussi commencent à faire preuve d’alternance « modérée ».Pourquoi n’ont-ils pas formé de nouveaux cadres dans leurs partis? Pouvons-nous savoir qui succèdera à qui dans ces formations politiques-là ? En 25 ans la classe politique ne s’est pas régénérée. Ce qui représente un danger car en bas de l’échelle une grande pression monte et des querelles de leadership naîtront peut-être. Pourquoi la nouvelle génération n’existe pas au Cameroun. Comme ce fut le cas en Côte d’ivoire, ces chefs de partis ont-ils conscience des défis du siècle ? Et comme un pacte scellé, nos chers opposants exercent leur fonction d’opposant jusqu’à ce que mort s'en suive. Le peuple, quant à lui, se détourne tout en espérant qu'un miracle peut-être se produira...

Gérer tout en associant à la gestion: "un transfert de compétences" est-il envisageable?

Finalement l'on s'aperçoit bien que les opposants historiques y sont pour beaucoup dans la sclérose politique au Cameroun. Du fait de leur immobilisme, ils se rendent complice  d’un système qu’ils sont supposés critiquer. Le Cameroun est à 75% un pays de jeune, mais comment comprendre que les dirigeants politiques ne soient pas le reflet de la véritable mosaïque sociale que représente notre pays? Dans ce sens, l'on pourrait donner raison à Monsieur BIYA car nos opposants aussi sont des rois, qui durent au pouvoir parce qu’ils peuvent prendre en otage toute une génération. Quant à ces jeunes, pourquoi ne s’intéressent-ils pas aux affaires politiques? Eux aussi y ont leur part de responsabilité. En effet, comment peut-on "vous gérer sans vous associer à la gestion"? Lorsque cette question leur est d'aileurs posée, certains répondent ceci: « On va faire comment? », refrain du désespoir de toute une population dont le SMIG est encore évalué à 30 000 Fcfa (soit 48 euros). Entre temps, ils attendent sagement leur tour...