USA – Corée du Nord : Le langage de la force

Le monde
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Les Etats-Unis sont disposés à engager des négociations sans condition préalable avec la Corée du Nord. C’est un nouvel état d’esprit de la diplomatie américaine qui connait bien le langage de la force comme elle mesure les limites d’une position tranchée face à un adversaire récalcitrant, désormais dotée de l’arme nucléaire.

Le 12 décembre dernier, la nouvelle a fait l’effet d’une bombe qui s’est répandue très rapidement : le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson déclarait alors que les Etats-Unis sont prêts à entamer des discussions avec la Corée du Nord "sans condition préalable".

Signe des temps, l’on notait par cette sortie, une nouvelle disposition d’esprit chez les officiels américains semblant montrer un assouplissement de la position de Washington. En effet, jusqu'ici, l'administration de Donald Trump avait toujours affirmé que d'éventuelles négociations avec la Corée du Nord ne pourraient se tenir, à terme, qu'à condition d'avoir comme objectif la dénucléarisation de la péninsule coréenne.

Les déclarations du secrétaire d’Etat américain ont été saluées par les autres puissances militaires présentes dans la région notamment la Russie ainsi que la Chine, alliée de Pyongyang, qui espère que les deux pays vont faire un pas significatif vers la paix. Tant depuis le début du mandat du président Trump, les tensions se sont accrues dans la péninsule coréenne. 

La diplomatie américaine connait bien le langage de la force comme elle mesure les limites d’une position tranchée face à un adversaire récalcitrant, désormais dotée de l’arme nucléaire et qui promet de lui « infliger les souffrances les plus atroces en cas de guerre ». Ne faudrait-il donc pas chercher ici quelques raisons du revirement des Etats-Unis dont on connait pourtant le penchant pour la politique du gros bâton notamment quand ses intérêts sont menacés. Le pays de Donald Trump a donc choisi de manœuvrer autrement face à la Corée du Nord.

Pour une partie de l’opinion, avec cet infléchissement de la politique américaine dans la péninsule coréenne, les Nord Coréens semblent avoir atteint au moins un de leurs objectifs : amener Washington à négocier avec Pyongyang de plus en plus étouffée par les sanctions internationales.  

A l’évidence, l’annonce de Rex Tillerson a mis un bémol à la rhétorique martiale, aux invectives et provocations auxquelles les dirigeants de ces deux pays nous ont habituées ces derniers mois. Et, la perspective des négociations entre la Corée du Nord et les Etats-Unis apparaît comme une bonne chose, d’autant plus qu’elle éloigne la survenue d’un conflit armé dont on imagine les effets destructeurs irrémédiables sur la région voire des répercussions sur l’ensemble de la planète. Le régime de Pyongyang, rappelons-le, a beaucoup investi dans le développement de missiles intercontinentaux et d'armes nucléaires, les Etats-Unis ne peuvent plus l’ignorer.

Que l’Amérique prévienne donc : "Comme toujours dans la diplomatie", "nous avons une présence militaire forte derrière nous": "si la Corée du Nord fait le mauvais choix, nous sommes prêts militairement", nous semble être d’avantage un message destiné à maintenir, avant d’éventuelles négociations, la pression sur les autorités de Pyongyang.

Vienne donc le temps des négociations dont on imagine qu’elles seront très serrées, chacune des deux parties ne voulant y perdre la face. Pas plus la superpuissance militaire américaine qui n’accepte pas la menace que fait peser le régime de Kim Jong-Un sur son périmètre défensif dans le Pacifique, que la Corée du Nord dont on sait qu’elle est entrée depuis quelques temps dans le club très fermé des puissances possédant l’arme nucléaire.

Jean Bosco SIMGBA