Cameroun/Y a-t-il encore un pilote dans cet avion ?

Politique
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En novembre 1982, lorsque Amadou Ahidjo passe les rênes du pouvoir à  Paul BIYA, rien ne laisse présager que 34 ans plus tard, le pays baignerait dans un marasme général. On peut affirmer sans risque de se tromper que BIYA n’a géré que les crises. En effet, l’euphorie n’aura duré qu’à peine deux ans. Dès avril 1984, une tentative de putsch vient troubler cette belle ambiance et c’est le début d’un autre type de gestion du pouvoir fondé sur la phobie endémique du coup d’Etat. Le chef de l’Etat est pris en otage par l’armée qui prétend lui assurer la sécurité ad vitam æternam. Tous les généraux de cette époque sont encore là. Ils ne vont jamais à la retraite. Cette situation n’a contribué qu’à créer le malaise dans une armée où des gérontocrates ont construit une barrière infranchissable aux autres générations d’officiers. Par ailleurs, des injustices se sont multipliées dans tous les secteurs d’activité. Au fil des ans, le repli tribal a gagné du terrain au détriment de l’intégration nationale officiellement prônée. La crise politique déclenchée par la survenue du multipartisme n’a malheureusement pas débouché sur la démocratie tant souhaitée. Quant à la crise économique, elle arrive dans un contexte mondial caractérisé par des mutations d’envergure,  sur fond de bataille idéologique. La corruption a trouvé un lit douillet dans cet environnement et s’y est installée en maîtresse absolue. C’en était peut-être trop pour le Renouveau ? Nous n’en savons rien mais, force est de constater que 34 ans plus tard, c’est la grande désillusion.    

L’approche de l’échéance de 2018 et les incertitudes provoquées par l’attitude équivoque du Président de la République, se présentera-t-il ou pas, jettent le trouble dans la sérénité du jeu politique dans notre pays. Les risques de manipulation pour le positionnement des uns et des autres sont alors grands. L’hypertrophie du RDPC a faussé le jeu de la concurrence entre les partis pour se muer en une concurrence à l’intérieur même du parti dominant. Des batailles feutrées mais féroces s’y déroulent et font craindre un risque d’implosion voire de conflagration.

Plongée dans le tout politique, le Cameroun est entrain de s’embourber. La crise économique que l’on croyait s’éloigner ? AVEC LE Point d’Achèvement de l’Initiative PPTE reste fortement campée, sur fond de guerre contre BOKO HARAM et une crise alimentaire qui rôde dans notre environnement, menaçant la survie de nos populations. Une minorité qui a amassé les trésors de guerre et qui continue à piller les ressources semble ignorer le danger qui se profile. Elle a de quoi tenir en cas de désordre, pense-t-elle. Tandis que la majorité vit une angoisse existentielle permanente. Ce qui inquiète le plus c’est la dangereuse impression que le Président ne contrôle plus toute la stratégie de gestion de l’Etat. Certains actes posés et enregistrés ces derniers temps font penser à des tests voire des défis à son autorité. Le comportement de la bureaucratie qui, malgré l’opération épervier se livre à une rapine institutionnelle sans précédent fait penser à une débandade où le chacun pour soi dieu pour tous à pris le pas sur gestion rationnelle de l’Etat. Y a-t-il encore un pilote dans cet avion ?