Crise anglophone-enlèvements de nationaux et internationaux : Les séparatistes sur les pas de Boko Haram.

Dossier spécial
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L’enlèvement samedi dernier du Professeur Leke Tambo à Fondem dans l’arrondissement d’Alou dans le Lebialem ou encore celui de deux Tunisiens, travaillant sur un projet de travaux publics sur l’axe routier  Meme – Ndian (Sud-Ouest du Cameroun) laisse apparaitre un nouveau mode opératoire chez les rebelles séparatistes : les enlèvements de personnalités avec demande de rançon, comme on l’a vu par le passé avec la secte Boko Haram. Mais pour quoi faire ? Eléments de réponses.

Cent millions de francs CFA de rançon ! C’est la somme exigée par les ravisseurs de Ivo Leke Tambo, le président du Conseil d’administration du GCE board (General Certificate of Education), l’instance qui organise les examens officiels du cycle secondaire relevant du sous – système anglophone au Cameroun. Cet universitaire âgé de 67 ans a en effet été enlevé samedi matin, en même temps qu’une trentaine d’étudiants, alors qu’il se rendait à un meeting de remerciements à Paul Biya, suite à la nomination le 02 mars 2018, de Paul Tasong, au poste de ministre délégué auprès du ministre de l’Economie, du Plan et de l’Aménagement du Territoire.

IVO TAMBO KIDNAPPE

Ivo Leke Tambo, président du conseil d’administration du General Certificate of Education (GCE) Board. Il a été enlevé le week-end dernier par des sécessionnistes anglophones alors qu'il se trouvaitdans un convoi transportant des étudiants de l’université de Dschang (Ouest) qui se rendaient à un meeting de remerciement au président Paul Biya pour la nomination de Paul Tasong Njukang

 

Des sources de la Division de régionale de la Police Judiciaire du Sud-Ouest, le domicile du ministre délégué auprès du MINEPAT, a d’ailleurs été incendié dimanche matin 18 mars 2016, à Mmockmbie dans le département du Lebialem. Vraisemblablement par une main criminelle. L’on attend cependant les résultats de l’enquête qui a certainement déjà été ouverte.

A la réalité, l’enlèvement samedi dernier du Professeur Ivo Leke Tambo ainsi que celui d’une trentaine d’étudiants à Fondem dans l’arrondissement d’Alou dans le Lebialem sont les derniers d’une série perpétrée au cours de ces dernières semaines. En février dernier, un sous-préfet et le responsable régional du ministère des Affaires sociales dans le Nord-Ouest avaient été enlevés à Batibo.

Concernant la recherche des auteurs de ces actes, le lien est très vite établi avec les rebelles séparatistes d’autant qu’une vidéo diffusée par des sources proches des milieux sécessionnistes a montré ce haut fonctionnaire retenu dans un lieu indéterminé, assis par terre, à moitié nu… Le Sous-Préfet de Batibo, rappelons-le, est toujours détenu par ses ravisseurs.

 Plus explicite est cette autre vidéo, disponible sur les réseaux sociaux, montrant l’attaque d’un bus ayant à son bord une trentaine de personnes par des individus armés se revendiquant des forces de l’Ambazonia Defence Force, un groupe armé de sécessionnistes anglophones.

SOUS PREFET BATIBO

sous-prefet de Batibo enlevé en fevrier2018

 

 

Moyen de pression

Il est donc clair qu’au harcèlement des forces de défense déployées dans les régions du Nord Ouest et du Sud Ouest, vient de s’ajouter un nouveau mode opératoire : les enlèvements de personnalités avec demande de rançon. Comme on l’a vu par le passé avec la secte islamiste Boko Haram qui sévit dans l’Extrême-Nord du Cameroun.

Prendre donc des otages, oui mais pour quoi faire ? Comme moyen de pression ? Possible, d’autant plus qu’il y a une semaine, un groupe de séparatistes actif dans le Nord-Ouest a exigé que le pouvoir leur donne une preuve de vie de leur leader Sisiku Ayuk et ses camarades aux arrêts à Yaoundé, faute de quoi ils exécuteront tout simplement leurs otages. Aucune information n’a d’ailleurs été publiée à la suite de cette demande que certains leaders d’opinion ont vite fait de reprendre à leur compte pour ne parler que de la sortie sur France 24 le mercredi 14 mars 2018, du président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme et des Libertés, Chemuta Divine Banda. Comme monnaie d’échange ? Possible aussi, dans la perspective d’éventuelles négociations avec le pouvoir comme le souhaite une partie de l’opinion. Ou alors pour financer la guérilla ? Un cas de figure qu’il ne faudrait pas ignorer, d’autant plus que beaucoup de bases d’entraînement rebelles ont été démantelées après l’arrestation, il y a quelques mois, des leaders séparatistes.

Famille Moulin Fournier yapee

Famille Moulin-Fournier enlevée par Boko Haram le  19 février 2013

Notons aussi que si l’enlèvement des personnalités jusqu’ici n’a soulevé que de très rares réactions, celui d’une trentaine d’étudiants dans la région du Sud-Ouest, au contraire, a ému plusieurs personnes y compris dans les rangs de l’opposition. Et, bien sûr, dans les rangs estudiantins qui l’ont condamné avec force. Le pouvoir lui n’a rien dit jusqu’ici.

Jean Bosco SIMGBA