Cameroun: Crise anglophone, Chronique d’une histoire de sécession

Dossier spécial
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Depuis novembre 2016 ; le Cameroun fait face à une montée sans précédent des violences dans les Régions du Nord et du sud Ouest.

L’on se souvient que des Avocats d’expression anglaise avaient lancé un mouvement d’humeur. Vêtus de leur robe, ils étaient allés plaider, dans les rues de Bamenda, en faveur du respect des équilibres linguistiques français/anglais, dans les usages quotidiens au Cameroun. Ils seront dispersés par les forces de l’ordre. Plus tard, ce sont les enseignants et les étudiants qui à leur tour descendront dans les rues à Bamenda et à Buea. Ils firent également l’objet de représailles de la police. Plus tard, évoquant la marginalisation des anglophones dans la gestion globale du pays, des revendications monteront d’un cran, portés par des mouvements se réclamant qui du fédéralisme, qui de la sécession. C’est une période de violences et de confrontations entre les forces de l’ordre et des organisations assez structurées, pour imposer les villes mortes dans les deux capitales régionales, Bamenda et Buea.

 

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Villes mortes, ponctuées d’actes d’incivisme criminel. Les écoles et les édifices publics seront incendiés. Ce qui apparaissait jusqu’alors comme de simples revendications corporatives va se muer en revendications identitaires puis sécessionnistes. Une véritable rébellion.

La tension va s’accroitre en septembre 2017, avec des marches gigantesques dans la quasi-totalité des villes du Nord et du Sud Ouest, appelant clairement à la sécession et exhibant les armoiries d’un pays dénommé « Ambazonie » et dont les promoteurs affichaient des prétentions d’occuper les territoires du Nord et Sud Ouest actuels de la République du Cameroun. Un nom jusque-là quasi inconnu symbolise désormais la volonté de s’approprier par la force une partie du Cameroun : Ayuk Sisiku Tabe. Le 1er Octobre 2017, l’on atteint le paroxysme lorsqu’Ayuk Sisiku Tabe et son groupe proclame l’indépendance de ce territoire. La riposte du gouvernement bien entendu ne se fait pas attendre, d’autant plus que désormais, se manifeste un bras armé qui assassine froidement militaires et gendarmes camerounais. L’objectif étant ici de déstabiliser les forces de défense camerounaises en les traumatisant et installer la psychose dans le pays. Le sang froid de l’armée camerounaise qui fait face à de multiples fronts depuis plus de deux décennies (l’expérience de Bakassi ; Boko Haram, Centre Afrique)  ne sera heureusement pas ébranlé. La guerre est alors déclarée par Paul Biya de retour d’un sommet de la France Afrique auquel il prenait part à Abidjan.

Sur le terrain diplomatique, le Cameroun et le Nigéria ont renforcé leurs relations. Le Nigéria n’a donc pas voulu servir de base arrière à des camps d’entrainements sécessionnistes camerounais. D’autant plus que le Nigéria lui-même doit mater les velléités sécessionnistes de l’Etat du Biafra, une alliance de fait, destinée à combattre en commun ces mouvements de déstabilisation de la Région du Golfe de guinée est dès lors évidente

Un mandat d’arrêt international avait été lancé auparavant par le Cameroun contre les sécessionnistes, qui paradaient en toute impunité au Nigéria, revendiquant des violences et des assassinats perpétrés. C’est ainsi qu’à la date fatidique du 06 janvier 2018 Ayuk Sisiku Tabe et ses compagnons, soit 47 personnes,  sont arrêtés au Nigéria, par les forces nigériannes et extradés au Cameroun le 29 janvier 2018.

Joseph Marie Eloundou