Assainissement urbain : Yaoundé respire en attendant la prochaine crise d’Hysacam

Dossier spécial
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Les habitants de Yaoundé respirent depuis la disparition progressive des tas d’ordures sur les abords des routes… Il aura fallu une intervention spéciale du chef de l’Etat pour qu’HYSACAM, l’entreprise chargée de la collecte des ordures ménagères dans les zones urbaines se remette au travail… Pour combien de temps ?

De longs mois que cette situation pour le moins fâcheuse perdurait, accentuée par la chaleur de la saison sèche, la poussière et tout ce que cela comporte : odeurs pestilentielles, mouches, rongeurs de toutes sortes, etc.

A la réalité, les ménages de la grande cité capitale, livrés à eux-mêmes face aux tas d’immondices amoncelés depuis de longues semaines, ne savaient plus à quel saint se vouer, l’entreprise Hygiène et salubrité du Cameroun (Hysacam) ayant abandonné de nombreux point de ramassage des ordures. Les raisons aujourd’hui connues de cette désertion temporaire n’étaient plus un secret pour personne : des motifs essentiellement économiques.  Résignés, les habitants de Yaoundé avaient fini par s’habituer à l’omniprésence de l’ordure ménagère, un voisin incommodant avec qui ils ont, malgré eux, passé les fêtes de fin d’années.

La délivrance est venue sous la forme d’une décision du chef de l’Etat accordant une  dotation spéciale  pour régler une partie de la dette d’Hysacam. Celle-ci, selon des sources dignes de foi s’élevait alors à 5 milliards de francs CFA environ. Le montant de l’enveloppe accordée pour effacer une partie de cette dette n’a pas été révélé.

Instructions          

Au-delà de l’intervention du chef de l’Etat, quelques questions méritent d’être posées : la première, comment comprendre que dans un domaine aussi sensible que l’enlèvement des ordures ménagères, faut-il toujours attendre un ordre spécial du Chef de l’Etat pour le règlement d’une facture ?

Faut-il toujours attendre un ordre spécial du Chef de l’Etat pour le règlement d’une facture ?

La réponse pourrait révéler un sujet plus complexe qu’il n’en a l’air, mais le bénéfice politique escompté derrière la formule désormais consacrée « Sur hautes instructions du chef de l’Etat » n’est que très évident et ne laisse personne indifférent. Sans compter tout le remue-ménage autour de la matérialisation de cette volonté du président de la république à chaque fois qu’elle se manifeste pour régler un problème jugé sensible et pouvant aboutir à une impasse sociopolitique.

L’on a aussi fini par savoir pourquoi Hysacam trainait les pieds pour ramasser les ordures ménagères depuis quelques mois. Les difficultés de trésorerie ont entrainé l’entreprise au bord de l’implosion. Quelques éboueurs rencontrés sur quelques rares tas d’ordures, à la veille des fêtes de fin d’années nous ont même confié, sans autres précisions que l’entreprise leur devait bien quelques mois de salaire. Ajoutons à ceci le parc automobile vieillissant de l’entreprise bien qu’elle publie régulièrement ses nouvelles acquisitions, encore en nombre insuffisant, eu égard au challenge d’une ville en pleine expansion, grande productrice des ordures ménagères.

Concurrence ouverte

En effet, les quantités d’ordures enlevées se sont accrues de manière exponentielle au fil des années. De quelques dizaines de tonnes dans les années 70 et 80, l’on se situerait vraisemblablement aujourd’hui à plus de 200 tonnes d’ordures ménagères enlevées quotidiennement dans la seule ville de Yaoundé, parallèlement à une extension spatiale et anarchique de la ville, et en dépit des efforts des autorités municipales pour juguler le phénomène. Les nouveaux défis liés à cette urbanisation galopante ainsi que la pression de la croissance démographique qui en a résulté semblent donc avoir imposé à Hysacam un rythme soutenu que cette entreprise soutient à grand peine, le vieillissement du matériel étant l’une des causes souvent citées, de l’inefficacité de l’enlèvement des ordures à Yaoundé.

Les autorités de la communauté urbaine de la capitale semblent d’ailleurs l’avoir compris, eux qui ont ouvert ce secteur à la concurrence en publiant récemment un avis d’appel d’offres pour l’enlèvement des ordures ménagères dans la ville siège de nos institutions politiques.

De nombreuses questions demeurent cependant : comme celle de la définition des espaces de collecte dans une ville qui s’étend sans cesse en largeur ; ou même celle d’un élargissement de la concurrence pour un ramassage efficace, pour ne citer que ces quelques aspects. De nombreux magistrats municipaux pensent d’ailleurs que le ramassage des ordures, aujourd’hui chasse gardée de la Communauté urbaine de Yaoundé, devrait pour plus d’efficacité et conformément à l’esprit même de la décentralisation, être confié aux mairies d’arrondissements. Certes, c’est une autre question, mais le débat est désormais ouvert au sein de l’opinion, en attendant que les instances compétentes s’en emparent et tranchent !

Jean Bosco SIMGBA