Affaire Patrice GNANANG: les raisons d'une éventuelle libération?

Dossier spécial
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Une affaire divise l’opinion camerounaise. Patrice NGANANG, camerounais ayant « emprunté » la nationalité américaine (la double nationalité n’existant pas au Cameroun), a été interpellé par les services de sécurité.  Agé de 47 ans, l’homme serait un écrivain, triplé d’un activiste et d’un homme de terrain. Il se dit qu’il fait construire des ponts et des routes dans certains quartiers de nos villes, ce qui laisse croire qu’il est un patriote, c'est-à-dire qu’il aime ce pays et se soucie du bien être des populations. Cependant,  il a également la réputation d’avoir un penchant pour la violence verbale. L’invective, l’injure, le langage ordurier feraient partie d’un registre qu’il affectionne particulièrement. Ainsi, tout ce qui compte comme intellectuels au Cameroun est passé sous son laminoir.  Presque tous, y compris certains de ses laudateurs d’aujourd’hui. Nul n’a trouvé grâce à ses yeux.

Ma rencontre avec ce compatriote a eu lieu dans les réseaux sociaux et notamment sur facebook. J’avoue d’emblée qu’il m’a impressionné négativement i par ses écrits. Il insistait sur la peur du bamiléké par les autres tribus camerounaises  et, pour moi qui m’emploie à être sans couleur tribale, ce type de discours me repousse toujours. Puis par le même canal j’ai suivi certaines autres joutes entre lui et des acteurs nationaux connus, de notre  macrocosme sociopolitique et économique. Je dois avouer que jusqu’à son arrestation, j’ignorais qu’il fut écrivain, le prenant pour l’un des multiples agitateurs des réseaux sociaux.

C’est avec son arrestation que je me suis réellement intéressé à sa personne, et quelque peu à son itinéraire. Toujours à travers facebook. J’ai retrouvé certains de ses chefs d’œuvre qui ont fini de me renseigner sur l’homme. Mon attention sera particulièrement retenue par cette fresque intitulée «MA POSITION SUR BIYA », dont voici la teneur : « Je l’ai toujours dit, je ne suis pas un opposant. Biya ne mérite pas que je consacre mon intelligence à m’opposer à lui. Je sors d’un sous quartier qu’aujourd’hui même on m’a dit très dangereux, Nkomkana, et depuis, suis Full Professor à New York, la capitale du monde. Enseigne les blancs depuis que j’ai 26 ans. J’ai vu des types comme lui être zigouillés dans des rigoles, et mes propres étudiants ont descendu plus coriaces que lui – Saddam Hussein. Ma famille est au Zimbabwe où Mugabe, plus historique que lui a été chassé. Bref Biya n’existe pas du tout pour moi, et voilà pourquoi dans ce pays nommé Cameroun, je vais où je veux et fais ce que je veux  et quand je veux. Certaines de mes photos sont même prises par ses militaires. C’est moi qui le leur demande après ils me demandent de leur acheter la bière (600FCFA ! 1 dollar), car ils sont de loin moins armés que mes étudiants, soldats américains qui seraient leurs encadreurs, eux qui ne valent rien du tout. Dans son ministère de la Défense, j’entre et je sors sans que ses soldats aux fusils de 1958 me fouillent. Eux ne me concernent pas. Mais faites-moi confiance, et je ne blague pas –je l’ai devant moi, lui Biya, et ai un fusil, je vais lui donner une balle exactement dans le front. Je le dis depuis Yaoundé où je suis. ----  Je l’ai dis à Paris devant Abdou Diouf et à New York devant la Maison Blanche. Ceci est donc une répétition. Un Bagangté est trop noble pour fuir à cause de ce qu’il va faire si on le laisse. Qu’il vienne m’arrêter s’il a encore des couilles ».

Cette sortie constitue la goutte d’eau de trop pour les autorités qui l’ont interpellé. Pour me convaincre du caractère récidiviste de ce qu’on lui reproche, je me suis d’avantage investi dans la recherche des d’informations sur le concerné. J’ai rencontré des écrits dont je vous épargne la teneur, tellement, ils sont truffés de grossièretés et d’insanités. Ces propos qui n’ont rien à voir avec la bravoure ni la témérité ne sauraient être de la tribu Bagangté dont il se réclame. Les gens du NDE, Noble, Digne, Elégant, même dans le langage (je suis moi-même très proche des chefferies de l’Ouest pour connaître le côté respectueux de cette culture) ; un tel manque de respect vis-à-vis d’un Chef Bangangté, ne lui vaudrait-il pas tout simplement le bannissement ou dans une mesure moindre, la mise en quarantaine par les autres membres de la société. De même, ce comportement ne saurait provenir  d’un fils « du bon Nkomkana » de l’époque. Je suis de Tsinga, frontalier de Nkomkana et j’affirme  qu’il  y avait aussi le mauvais Nkomkana, qui a engendré quelques voyous. Nganang en ferait – il partie ? Aux lecteurs de ses pamphlets d’en juger. Un adage français dit : « chassez le naturel il revient au galop ».  Né en 1970, c’est encore la belle époque de la morale à l’école et du respect des valeurs. D’où sort cette personnalité atypique qui le hante ? Est-ce le produit de la transition générationnelle entre analogique et numérique ?

A regarder de près, Je reste persuadé que le brave fils du NDE a été dérouté par sa rencontre avec l’occident. L’Occident qui a « tué » Dieu, qui magnifie la zoophilie, la pédophilie, la pédérastie et l’homosexualité ;  l’Occident qui a désacralisé le respect paternel et maternel, l’occident qui fait l’apologie de la violence et de la guerre. Oui ! Voilà ce qu’il fait de nos enfants.

L’occident  enseigne le mépris d’autrui. Ici il est constant de voir des enfants trainer leurs parents devant les tribunaux. Lorsqu’un jeune sans culture solide part d’ici, il est rapidement repéré. Après un bon lavage de cerveau (cercles ésotériques, pédérastie et autre religions révélées) pour gommer les traces de cultures dont il est détenteur au moment du débarquement, on convainc le jeune élu  qu’il est le plus fort et pour cela on l’affuble de titres, de prix de littérature, etc. On le bourre de dollars et d’euro et on l’envoie en mission déstabilisatrice. Va, il ne t’arrivera rien, nous te protégeons, lui disent les nouveaux maîtres de sa conscience.

De retour dans son pays, Le jeune homme en question,  suscite l’admiration  de ses frères, sœurs, voisins, camarades. Hélas en même temps il a changé. Il est devenu arrogant, hautin, méprisant.  Il trouve un pays engagé dans ses éternels combats contre divers maux qui plombent son développement.  Des  jeunes, tout aussi diplômés que lui sont sans emplois.  Forcément, le « mbenguiste» apparait désormais comme un modèle, un leader. La majorité des jeunes n’a plus en tête qu’une seule chose : partir. La suite nous la connaissons.

L’avenir nous préoccupe. Depuis le début de cette affaire, ils sont rares ceux des jeunes qui, intervenant dans le débat, défendent cet aspect moral. La grande majorité approuve cette diatribe ; voyant même en M. NGANANG un véritable héros, celui-là qui « logera une balle dans le front de Paul Biya », responsable désigné de leur mal-être. C’est une jeunesse hantée par la violence, prête à suivre le premier marchand d’illusions venu.

Nous avons donc une grande responsabilité. Nous devons réhabiliter notre jeunesse. Lui donner de nouvelles raisons d’espérer. Nous devons affermir sa foi en notre pays. Nous devons la mettre en confiance afin qu’elle ne soit pas influencée par des discours dont l’objet inavoué est de les éloigner du sentier de la citoyenneté.

Heureusement qu’aux Etats – Unis et ailleurs dans le monde, le il y a des camerounais, scientifiques dans des domaines extrêmement pointus et dont on entend parler qu’épisodiquement et utilement.

Quant à NGANANG lui-même, on nous vante volontiers ses talents de grand écrivain mais en réalité  les livres ne semblent pas particulièrement l’intéresser. On ne l’a pas vu, ni entendu, dans la promotion de ses productions intellectuelles (conférences, dédicaces, etc.). Sincèrement quand je lis par exemple une de ses sorties contre Achille Mbembé en 2015, j’ai du mal à accepter qu’une telle plume puisse rafler des Oscars, à moins que ce soient des prix tropicalisés.

Le livre apparait dès lors comme un tremplin, fabriqué par des réseaux d’un intellectualisme douteux avec pour seul but l’affichage sociale et l’affirmation de la personnalité du concerné. On l’a plus vu, lu et entendu, dans  l’agitation sociale, l’insulte et la vulgarité. Une telle variation entre le grand intellectuel et le vulgaire « quartierzard » peut surprendre. C’est donc le manant, qui fait ici l’objet d’une interpellation ; que certains esprits ombrageux veulent travestir en incarcération politique, pour anoblir ce qui s’apparente visiblement à de la délinquance sénile et primaire.

J’ai écrit et je le réécris, que sa place était dans un Centre de rééducation plutôt que dans une cellule de Police, encore moins à Kondengui.  Je plaide pour qu’il soit libéré. Tout en espérant que cet épisode lui  donne suffisamment à réfléchir.

Joseph Marie Eloundou