Jérusalem reconnue comme capitale d’Israël par les USA : Trump reste droit dans les bottes de l’Amérique

Dossier spécial
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 La question du statut et de l'éventuel partage de Jérusalem restée au cœur d’un processus de paix israélo-palestinien à l’arrêt depuis 2005 vient de subir un autre coup avec la décision du président américain de reconnaître cette ville comme la capitale d’Israël.

Le 6 décembre 2017, Donald Trump a annoncé la reconnaissance officielle de Jérusalem, par les Etats – Unis d’Amérique, comme capitale d'Israël. Dans la foulée, il a donné l'instruction de déplacer l'ambassade américaine de Tel-Aviv vers Jérusalem. Cependant le décret signé à cette occasion précise que pour six mois encore, l'ambassade des États-Unis sera à Tel-Aviv.

Cette annonce a déclenché une vague de critiques et de protestations dans le reste du monde. Dans les pays arabes et musulmans du Moyen Orient en particulier, les populations sont descendues dans la rue. En Palestine même, l’indignation est au comble et les observateurs redoutent une Intifada.

 En posant cet acte - Donald Trump inaugure une nouvelle approche de la gestion du conflit israélo-palestinien, en rupture avec la politique de ses prédécesseurs.

 Les personnes non averties pourraient croire que cette décision est sortie de la tête du président américain, tant l’actuel locataire de la Maison blanche depuis le début de son mandat, s’est caractérisé par son imprévisibilité  dans la conduite des affaires.

 Il est important que l’on se souvienne que c’est en 1995 que le Congrès des États-Unis, républicain à majorité sous l’administration démocrate, a voté une loi en  établissant que « Jérusalem devrait être reconnue capitale de l'État d'Israël », la même loi prévoyait le déplacement de l'ambassade américaine à Jérusalem au plus tard le 31 mai 1999. Depuis, le déménagement de l'ambassade a systématiquement été reporté, deux fois par an, par les présidents américains successifs. Les termes de ces reports précisent cependant que l'administration est engagée dans le processus de déplacement de l'ambassade à Jérusalem. Il est donc indéniable que Donald Trump n’a rien inventé : il ne fait qu’exécuter une décision vieille de plus de deux décennies, qui attendait un moment propice.

En effet, en 1995, le Moyen Orient, n’est pas encore tombé en lambeaux comme il se présente aujourd’hui. L’Irak de Saddam Hussein est encore là, quoiqu’affaiblie par la première guerre du Golfe ; la Syrie aussi, ainsi que le Hezbollah, plus loin l’Iran, tous autant de menaces pour Israël le protégé de Washington. Pas question donc de risquer un embrasement dans cette partie du monde tout en se mettant à dos les monarchies arabes, l’Arabie Saoudite en premier.

De 1995 à 2017, vingt-deux années se sont écoulées. La deuxième guerre du Golfe a emporté le régime de Saddam Hussein et installé l’Irak dans une instabilité dont elle a encore peine à se remettre aujourd’hui. Les printemps arabes ont aussi emporté plusieurs régimes arabes à commencer par la Tunisie de Ben Ali, l’Egypte d’Hosni Moubarak, la Libye de Mouammar Khadaffi. La Syrie n’est pas épargnée, elle qui se débat encore dans cette tempête déstabilisatrice soutenue par les pays occidentaux.

Le golfe arabo-persique n’est pas plus tranquille : c’est le cas au Yémen, gouverné par Ali Abdallah Saleh un tiers de siècle durant ; le Bahrein ne devra son salut qu’à l’intervention de l’Arabie saoudite. Aujourd’hui, le Royaume saoudien ne dort que d’un œil face à son voisin l’Iran qu’il soupçonne de vouloir l’évincer au plan régional.

 Bref, en 2017, le Proche Orient présente le visage d’un monde complètement désuni, aux antipodes de l’objectif d’unité prôné par les nationalismes arabes des années 60 et les islamismes des années 80. Un tel Proche Orient, est donc moins dangereux pour Israël, principal protégé des Etats-Unis d’Amérique dans la région, et il ne fait pas de doute que les stratèges américains le savent. Stratégiquement donc, le moment est idéal pour lancer cette annonce.

 La décision de Trump de reconnaitre Jérusalem comme capitale d’Israël intervient donc à un moment que l’Amérique estime opportun pour Israël et les Etats-Unis. Pour le reste et notamment la résolution du conflit israélo-palestinien dont les USA se savent désormais disqualifiés en tant que négociateurs, on verra après.

Oubli ou omission volontaire des stratèges américains, le décret ne parle pas d'une capitale réunifiée, pas plus d’ailleurs qu’il ne détermine les limites de Jérusalem considérée jusqu’ici par la communauté internationale comme ville occupée sous administration israélienne : c’est que la question du statut de Jérusalem, à cause de sa complexité, se situe au cœur même de la crise israélo-palestinienne et l’acte posé par le président américain, loin d’être isolé, apparait à certains égards comme un pavé dans la mare du conflit israélo-palestinien dont les négociations de paix sont au point mort depuis belle lurette. 

Nul doute que la flambée de violence actuellement observée à Jérusalem, en Cisjordanie et les autres endroits du monde se poursuivra au moins pendant quelques jours, des semaines voire des mois.

Beaucoup d’observateurs attendent cependant de voir les suites de la réaction de la communauté internationale qui a d’emblée rejeté la décision américaine, en conformité avec la position de l’ONU. Celle-ci, concernant Jérusalem, est liée à la résolution 181 de l'Assemblée générale ainsi que les résolutions de l'Assemblée générale et du Conseil de sécurité qui en découlent.

Le Conseil de sécurité, dans ses résolutions 476 et 478, déclare que la loi israélienne établissant Jérusalem capitale « éternelle et indivisible » est nulle et non avenue, et constitue une violation du droit international.

En attendant donc, il va falloir gérer les critiques et récriminations internationales ainsi que les mouvements de colère suscités chez les Palestiniens précisément, à Jérusalem et dans l’ensemble de la région du Moyen Orient. Une perspective qui ne semble inquiéter ni Israël, ni son puissant protecteur qui sait toujours compter avec ses alliés occidentaux en temps de crise. La tournée engagée par le Premier ministre israélien n’a d’autre but que leur faire avaler la pilule.

Jean Bosco SIMGBA