Session parlementaire 2018/la danse du sdf : Le nécessaire dialogue

Dossier spécial
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Le SDF, principal parti de l’opposition camerounaise, a décidé de poser un acte pour sensibiliser le gouvernement, le Chef de l’Etat Paul Biya et la nation toute entière, sur l’absolue nécessité d’inscrire la question anglophone à l’ordre du jour de la session parlementaire de novembre 2018, session est généralement consacrée à l’adoption du budget.

 La technique de communication du SDF, consciente qu’il ne peut faire face à la majorité obèse du RDPC, a consisté à bloquer physiquement les travaux.

J’ai regardé éberlué les Députés SDF entrain de faire du chahut, en  dansant et chantant, arbre de « la paix » en main, pour perturber les travaux de l’Assemblée Nationale.

Tout en comprenant cet acte désespéré de ces élus du peuple,  j’ai eu le fâcheux sentiment, d’avoir à faire à des enfants de la maternelle, se livrant à un jeu insolite, et que notre Assemblée nationale avait été transformée en une cour de récréation par des élus, frappés de délinquance sénile. Ce comportement puéril au demeurant, m’a paru très dangereux pour la nation. Tout comme me semble très dangereuse pour la nation, l’attitude des décideurs institutionnels et politiques qui confisquent le dialogue et font la sourde oreille à l’appel du peuple pour un dialogue national

 C’est dans un contexte de crise à la fois politique, économique et sociale que s’ouvre donc la Session parlementaire destinée à l’adoption du budget 2018 s’est ouverte.

Gestion de la crise

Depuis que cette crise a commencé, le gouvernement a pris des mesures qui s’avèrent désormais être des mesures de surface, je dirai même des mesures cosmétiques ; la crise persistante a dévoilé le fond de l’affaire. Il s’agit d’une question liée à la forme de l’Etat.

  Les camerounais dans leur ensemble, ont exprimé et souhaité au moins deux choses : que le Chef de l’Etat s’exprime sur la question anglophone en vue de rassurer et d’apaiser. Qu’il se rende dans les régions mécontentes.

 Le leadership camerounais dans son ensemble a appelé à la tenue d’un dialogue nationale. Qu’est-ce qui justifie cette  attitude du Chef de l’Etat, notamment le silence qu’il oppose à cette crise violente, au cours de laquelle des camerounais ont donné la mort à d’autres camerounais. Pourquoi cette impression d’indifférence que l’on n’hésite plus à assimiler à de la condescendance voire au mépris ? Pourquoi Paul BIYA minimise-t-il cette affaire ? On a envie de dire : « faites quelque chose M. le Président ». Peut-être F.M. MODJOM pourrait nous éclairer, lui le spécialiste des silences du Chef de l’Etat camerounais.

La problématique

Trois concepts se côtoient et s’affrontent dans les débats qui animent l’opinion : Décentralisation, Fédéralisme et/ou Sécession. Si la sécession ne rencontre pas beaucoup d’adeptes officiellement, la décentralisation et le fédéralisme font l’objet de débats houleux au quotidien.

L’on a envoyé des équipes de médiation  dans le Sud et le Nord-Ouest, missions qui connaissent un succès mitigé. La sortie anarchique des députés du SDF montre bien que le problème reste entier. Ces échecs indiquent en réalité, s’il en était encore besoin, que l’affaire n’est plus au niveau des plénipotentiaires. En effet, lorsqu’il s’agit de la forme de l’Etat ou de son intégrité, le mandataire du peuple, légal et légitime qu’est le Chef de l’Etat, doit prendre ses responsabilités, sinon cela pourrait s’apparenter à de la démission et au laxisme. Avec une impression de déficit de pilotage stratégique du pays.

 Nous sommes – là, face à une question de gouvernance stratégique. Que tous ceux qui se bombent le torse en faisant croire au Chef de l’Etat qu’ils peuvent régler ce problème, « que la situation est maîtrisée », espérant en tirer quelques dividendes et strapontins s’écartent.

 La question interpelle les prérogatives constitutionnelles du Président de la République, Chef de l’Etat. Le peuple camerounais attend la réaction de son Chef, surtout une descente dans ces régions avec un discours d’apaisement.

On dit chez nous que celui qui transporte des œufs évite les bagarres.

Au regard des multiples défis auxquels le pays fait face, nul n’a intérêt à laisser perdurer cette autre crise, au risque de la voir dégénérer. La situation sécuritaire du pays est tendue et coûte très cher au contribuable. En effet, la situation économique du pays est très mauvaise. Les citoyens ont de plus en plus du mal à survivre. Les jeunes chômeurs sont massivement dans la rue, le monde rural souffre. On ne peut pas se permettre l’ouverture d’une crise institutionnelle.

Hier c’était des gens disait-on sans légitimité, qui agitent le Nord et le Sud Ouest. Aujourd’hui se sont les députés du peuple. Que va-t-on dire cette fois.

Joseph Marie Eloundou